Hist., liv. IV, chap. ii
10 ŒUVliES DE MIRABEAU
pas voulu que toutes les passions pussent être dirigées vers le bien général, elle n aurait pas voulu la société; car les passions, ennemies les unes des autres, et dans un état perpétuel de guerre, nécessitent la destruction de la société.
Ces principes, que je crois vrais, qui, du moins, ne sauraient être dangereux, et sur lesquels je reviendrai souvent dans le cours de cet ouvrage, une fois posés, je reviens au despotisme, et je ne crains pas d'avouer :
Que le dpsir d'être despote est aussi naturel à l'homme réuni en s ciété que la haine des despotes Test à celui que la servitude n'a point dénaturé.
J"ai dit réuni en société \ en effet, on peut croire que rhomme, dans Fétat de nature, ne veut ni commander ni dépendre, jusqu'au moment du besoin, qui n'est qu'une fougue purement physique, nullement raisonnée, et aussi passagère que violente; mais, dans l'état social, les idées s'étendent, les désirs s'aiguisent, les passions se développent, et celle de dominer est l'une des premières qui germent dans le cœur humain, comme elle est la plus rapide à s'accroître, c'est la soif inextinguible de Ihydropique.
Voyez l'enfant au collège : observez-le même au berceau* : vous reconnaîtrez déjà les traces de ce sentiment, que nos institutions nourrissent avec soin ; car la première éducation de ihomme semble également arrangée pour le disposer à être esclave et tyran.
Suivez le citoyen dans sa domesticité; le colon du Nouveau-iMonde dans son habitation; le guerrier dans les camps; l'homme de lettres dans le silence du cabinet; le ministre de la religion au pied des autels : vous verrez chacun de ces êtres luttant pour s'arroger une autorité despotique sur d'autres individus. C'est le vœu constant de l'humanité.
1. LVnfaiit à six mois D'est pas aussi machine que l'on pense. Ses langes gAnent sa liberté : vous choj-ez ses pleurs. 11 vous importunera sans doute pour être obéi; voilà la première leçon et le premier acte du despotisme.
Considérez tous les peuples; parcourez l'histoire : on n'y trouve guère que des noms de conquérants et de despotes.
Les républiques, sorte de confédération peut-être la plus despotique de toutes, mais dont l'amour de la liberté et les vexations d'un pouvoir abusif donnèrent sans doute la première idée, les républiques maintiennent avec soin leur indépendance, augmentent avec ardeur leur puissance, leurs richesses et leurs forces, dans le seul objet d'asservir.
Les Romains, exaltés par l'esprit patriotique le plus étonnant, dont ils ont seuls donné l'exemple à ce degré de succès et d'activité, ravagèrent et conquirent tout ce qu'ils connaissaient des trois parties du monde alors découvert. (Les malheurs de l'autre hémisphère n'étaient que différés.) L'honneur de subjuguer et de conquérir fut le seul objet de la politique, de la liberté, de l'émulation de ces républicains trop fameux ', que des barbares, plus philosophes en cela que les historiens, appelaient à si juste titre If's fléaux de V Uniocrs^ brigands de io.ntes Us lerrefi et pirates de toutes Ips mers'.
Les Anglais, idolâtres de leur liberté, qu'ils ont acquise et défendue par les armes du fanatisme même, étendent sur l'Asie un sceptre de fer, s'efforcent d'asservir l'Amérique septentrionale, et tyrannisent implacablement tout ce qui approche leurs possessions. Bientôt, pour échapper à la tyrannie, elles seront forcées de se séparer absolument de la métropole, et peut-être de lui donner la loi '.