Ïhomas-Eucher. mort en leil. Sole de Lucas de Monligny
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liques assez bizarres, de la part des oncles dont je viens de parler.
Il me sera diflicile de rendre compte avec ordre des différentes époques de la vie de mon grand-père. J'ai ouï dire à mon père et à plusieurs de ses contemporains, que co n'éLiit point un homme que Ton questionnât, imp'^sant à tous égards par sa réputation, ses services, sa haute et noble figure, son éloquence rapide, son humeur fière, ses ([ualités, ses vertus, et jusqu'à ses défauts ; quoiijue d'une très grande politesse, il était d'une vivacité si prompte et si susceptible que le tout ensemble en faisait un homme rriloiitahle, qu'on ne se familiarisait point avec lui, et que ses enfants n'auraient pas même osé lui adresser un culte direct*.
\. On peut en juger par Textrait suivant des mémoires Homestiques in'dits du marquis de Miabeau : <« Les mœurs imp santés dalors, et dès ce temps-là mAnie bien changées, car l-- système fit une révolution absolue, et boule ersa tout, âges, mœurs, fortunes et conditions; ces mœurs, dis je, pai .lîlraient bien étranges aiijouid'hui» que tout est dehors, semblant et alV.terie, et oii l'Htiectation et la prétention de sensibilité a pris la place de toi. te aflection raisonnable, solide et sensée. Je n'ai jamais eu Thonnenr de toucher la ctiair de cet homme r»^speclable, de ce père essent ellement bon, mais dont la dignité comeria t la bonté, qui se faisait toujours sentir, 8ans se montrer jamais en dehors. Il nie fit partir très brusquement à la fin de 1729, sur (pielque nouvelle de revue. Je me rappelle que devant partir m «tin, Ion me dit qu'il était jour chez lui, et je m'y rendis. Comme la voiture n'était pas arrivée. lie crainte de s'impatienter, il me fit prendre et continuer une lecture de «tévolion qu'on lui faisait; et quand il fut temps : Voiliî, (lit-il, votre voilure, adieu mon fils, soyez sage, si vous voulez êlre heureuzy et je sortis comme j'aurais fait un autre jour...
J'étais parti enfant (*), pour ainsi dire, en 1729, de la maison paternel'e. J'y levdns pour la première fois en 1733, après lé siège de Kell, à la première guerre de Louis X'V, pour faire un équipage; je fus pareillement très peu de temps auprès de lui. Je me rappelle que le lendemain de mon arrivé^^, comme il allât à la messe de très botme heure, il était sorti avant que je pusse lui rendre mes devoirs. Je le joignis sur le c-urs d'Aix, comme il revenait, et j'avais mou habit uniforme, le mei leur que j'eusse en ce moment Monsieur, me dit-il. quand on doit paraître devant gens à qui Von
(*) Le narrof our était né en 1715. {Note de Lucas de Montigny.)
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Ce que je sais sur sa première jeunesse, c'est qu'il l'ut mousquetaire avant làge de dix-huit ans ', }3uisqu"il se trouva dans ce corps au siège de Luxembourg, que l'incendiaire Louvois entreprit, en 1684, en pleine paix.
Il est difficile d'être plus favorisé de la nature que ne l'était ce beau jeune homme. Il avait cinq pieds dix pouces et la taille parfaite. Adroit à tous ses exercices, il avait le talent de se mettre comme personne ne l'eut jamais. Sa figure, noble, militaire et charmante, exprimait tout le feu qui dévorait son àme. Généreux et même fastueux, fier mais humain, obligeant, poli, ingénieux, il était fait pour
doit (la respect, on quitte son habit de caporal, qui ne va nulle part quà la tête de la troupe; allez quitter cet habil .
Ni mes frères ni moi n'eûmes jamais d'entretien suivi avec mon père. li observait, je crois, de dire devant nous de bonnes ctioses. au moins autant que devant tous les autres : mais, à cela près, il nous faisait peu ou point de leçons directes ; il n'en avait pas besoin pour nous inculquer ses principes, et s'il est vrai que initium sapientix timor Domini. il nous avait inspiré tout ce qu'il fallait pour nous rendre sages; et franchement, s'il n'eût pas été craint de ses enfants, ils auraient eu un privilège particulier, car il l'était de tout autre. Je me rappelle bien, du moins, qu'à l'Académie, étant à deux cents lieues de lui, son seul souvenir me faisait craindre toute partie de jeunesse qui pouvait avoir quelque suite un peu bruyante. Et comme, faute de bras, il n'écrivait plus, et faisait écrire par ma mère, j'avais été si accoutumé à craiudre, en recevant ses lettres, que de ma vie. alors, comme quarante ans après, je n'en ai pu ouvrir de ma mère sans battements de cœur. {Mémoires domestiques inédits du marquis de Mirabeau.)
1. Jai ouï raconter qu'un jour de revue il se trouva tellement serré dans des souliers neufs, qu'il les coupa avec un rasoir; mais à peine il eut fait jour au pied captif, que le bas rouge contrasta fort avec la couleur de l'empeigne. Le roi était très mijmtieux dans ses revues. Le jeune mousquetaire se procure de l'encre, et croyant noircir son bas. il ne fait qu'une place couleur de sang de bœuf. Le roi arrive, et le jeune homme troublé pose le talon de son pied droit sur la solution de son pied gauche. Louis XIV, attentif, et dans toute sa pompe, sarrête et dit : « Mousquetaire, vous n'éles pas bien sous les armes. » Il fallut se remettre en pied, et ce mouvement guida droit au défaut: et toute la suite de rire autant que la majesté du maître le permettait. Combien de gens découvrent ainsi leur endroit faible, par les précautions mêmes qu'ils prennent pour le cacher! {Note de Mirabeau.)
attirer tous les regards, et sa dignité personnelle les fixa toute sa vie.
La jeunesse de ce temps était très vive et peu disciplinée. Les mousquetaires. «luoiqu'ils fussent alors l'initiation nécessaire de la jeune noblesse, quoiqu'ils fussent commandés par de dignes chefs, et sous l'inspection immédiate de Louis XIV, qui les aimait, étaient une assez mauvaise école, comme le sera du plus au moins, mais toujours, toute réunion déjeunes gens. Celle mélhode d'entasser la jeunesse, la dispense de toute décence, de toute tutelle domestique, et c'est, selon moi, un des plus prompts moyens de conduire à la corruption absolue toute civilisation amenée par la progression naturelle des choses, et non méditée par des têtes fortes et perspicaces.
Mon grand-père échappa à ces dangers, qu'il connaissait tellement, qu'on lui a entendu dire plusieurs fois. Tahnernis mieux étouffer mes enfants que de les placer aux mousquetaires. Il était très gai et très vif dans sa jeunesse; mais jamais le jeu, les femmes ni le vin n'eurent sur lui aucun empire. On ne soupait qu'entre hommes alors ; il portait le vin, mais il n'allait pas à sou tempérament, et jamais la chaleur des repas ne tira de lui que des espiègleries, qui se trouvaient sans cela dans son caractère. J'ai entendu faire de lui des contes singuliers, mais agréables et jamais méchants. On exagère toujours les ouï-dire anecdotes, et comme cet homme rare, en arrivant à l'tàge mûr, ne devint que plus audacieux, plus original et plus élevé, les histoires que Ton faisait de lui, jointes à celles de ses oncles, avaient fait une telle impression, que notre nom, lorsque mon père entra dans le monde, était, pour les singularités tranchantes, aussi noté que celui de Roquelaure pour les bons mots ; avec cette différence que ces notes, toutes dans le genre noble, étaient comme une sorte de porte-respect et de chasse-coquin, si l'on peut ainsi parler.
Mon grand-père fut quatre ans mousquetaire; dès l'année 1687, où il perdit son père, la guerre recommença pour
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durer jusqu'à la fin du siècle. A la paix* le roi avait réformé toute sa cavalerie, ne gardant que la compagnie mestre-de camp de chaque régiment, laquelle conserva les étendards. Il fallut alors ramasser hommes et chevaux, et mon grand-père, avec toute la jeunesse brillante de son temps, eut une commission pour lever une compagnie de cavalerie. La sienne fat incorporée dans le régiment de Bezons, et les choix furent tels quant à la naissance et au mérite, que sept de ses camarades eurent la même année que lui, un régiment. Ce fut en Provence qu'il fit sa compagnie. Il lui fallait quarante hommes; il choisit sur quatre-vingts bourgeois de ses terres qui s'offrirent sans engagement et sur quarante qu'il emmena, onze furent depuis officiers; soit que les appétits belliqueux fussent tout autres alors en France qu'ils ne Pont été depuis; soit que le peuple fut moins pauvre, soit aussi moins de goût dans la jeunesse pour les emplois de finance et de gratte-pnpier, soit, comme je le crois, ces trois raisons ensemble.
Louis XIV était encore dans toute sa pompe : à peine âgé de cinquante ans, il avait déjà quitté les plai>irs et la galanterie; il n'avait pas renoncé au goût du faste et de la magnificence, qui se combinant avec les décences de l'âge auxquelles il fut toujours exact, s'était tourné eu dignité majestueuse sur sa personne et ses entours. 11 aimait l'éclat de la dépense, et les livrées et les plumes, et les rubans dans le militaire et dans la noblesse. Personne n'eut comme lui l'art d'assortir la dignité et la grâc ■, l'ostentation et le naturel; et la nation, avide de faveur, facile à l'imitation, flexible dans ses goûts et ses manières, était devenue pimpante, pour ainsi dire, et donnait tout à l'extérieur. Lors de la conquête de la Lorraine, en 1733, les vieillards qui se souvenaient encore des Français du siècle précédent, assuraient ne pas les reconnaître dans leurs enfants. « Autrefois, disaient-ils, les cors, les trompettes, les valets de livrée, les chevaux, les piqueurs, les voitures