Campagne d'Italie. [Note de Mirabeau
s'étant présenté pour recevoir Uordre, le duc de Médina s'av.nça pour le lui donner. Après avoir fait le sourd de la manière la plus niar(|uée, il se redresse, et déclare que le roi de France faisant Thonneur aux colonels qui sont à sa porte de leur donner Uordre de sa propre bouche, il ne le recevra que de celle du roi. L'alarme est aussitôt dans toute la cour espagnole. On sait ce qu'est pour cette nation V> tif/upttf ; et il était surtout recommandé au jeune roi d'avoir les plus grands égards pour les formes et les manières espagnoles. Ce fut, de toutes les leçons qu'on lui avait faites, celle dont il se souvint le mieux, et elle lui fut très utile. Toute sa cour s'opposa donc à la dérogeance proposée, et les soilii-itations se tournèrent vers le colonel prétendant. Généraux et ministres, tout vint à lui, on lui demanda la chose en grâce. Il répondit qu'il pouvait tout, si ce n'est de laisser humilier sur sa tète le grade dont le roi l'avait honoré.
On lui représente les ordres précis et répétés d'éviter et d'écarter tout ce qui pourrait le moins du monde mécontenter les Espagnols ; les consé(iuences d'une querelle de préséance ; les provinces suspectes, les royaumes ébranlés... Il assura qu'on lui prodiguait trois fois plus de politique qu'il n'en pouvait entrer dans sa tête, et qu'il se bornait à ce point que le roi lui donnerait l'ordre, ou qu'il n'en recevrait pas. Assez d'officiers qui le connaissaient, avertirent que c'était une tête invincible, et l'on prit le parti d'ouljlier de donner l'ordre. 11 s'en aperçut, et ayant demandé deux fois, à voix haute, s'il ny avait //oint d'ordie, voyant que chacun baissait la tête, il descend et dit : Tambours, rappeAez! Tous les rois de la terre n'auraient pas empêché son régiment de lui obéir, quand il était à la tête; il lève la garde et se met en marche. Voilà les senores en émoi, comme si tons les houzards de la Hongrie eussent été là. On le rappelle, eiPhïHnpo f/uinto vient lui souffler dans l'oreille : Sa nt-Amhroise et Milan. Quand tout fut apaisé, il dit aux olficif^rs généraux que, s'ils eussent pn le renvoyer à son état-major, qui était son poste naturel, son commandant de bataillon, demeuré seul, eût
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reçu l'ordre d'un valet de chambre, si l'on eût voulu. Le lendemain, le roi lui tourna le dos, quand il se trouva sur son passage; mais on se tint pour dit, désormais, qu'il no fallait pas tenter de faire reculer un tel homme.
Jean-Antoine de Hitjueli guerroie en Italie. II est au combat de Ghian, à la bataille de Luzara, au siè^^e de Mantoue, • nfin. grièverueut blessé à Caî«sano, il fut lais>p pour mort près du pont qu'il défendait. Lt'S cliiiiir^'it^ns le guérirent, mais la gorge à demi-iraijchée, il dut porter un support, d'où son surnom de noi ifargent. Il se retire dans ses terres, se marie avec M"'' de Castellaiie, retourne au service comme biigadier, malgré ses blessures, est employé, en 1707, à l'arrivée du Dauphin, prend part à la compagne de t7IO en Flandre. Jean- Antoine dégoûté des pa>se-droits, des intiigues, quitte le service et vt-nd son régiment. Il se retire dans ses terres. Jean- Antoine a SIX garçons et une fille. Il améliore ses domaines, mais il est en partie ruiné par la chute du Système dont il possède pour cent mille écus de bilets. Cependant avec de l'économie il refait sa fortune.
Voici la tin de la notice de Mirabeau.
Mon père a raconté, dans l'éloge historique de sa mère. la résolution qui fut jjrise alors', entre ces deux regrettables époux ; avec quelle délicatesse et quelle hom)rable confiance le mari consulte sa femme sur le parti qu'il avait à prendre, avec quelle sympathie noble, vraie et naturelle cette femme excellenle répondit à une telle marque d'estime, sans se méprendre au motif de cette déférence, sans se parer d'un sentiment qu'elle eut l'air de faire naître, sans mettre un moment en doute que le parti d un homme digne d'elle ne fût invariablement arrêté. On lit avec plaisir des traits de générosité et de désintéressement dans l'histoire, on les admire, on en est touché ; et quoique chacun n'en prenne que selon les proportions de son caractère, les âmes même les plus étroites ne peuvent pas s'empêcher de sentir que la générosité est la racine des
l. Au moment de la chute du Système. [Noie de Mirabeau.^
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vertus, de la véritable élévation et de la gloire réelle, qu'on demande en vain à la fortune. Mais ces traits historiques sont saillants, ils sont célèbres, ils ont des spectateurs et des partisans liés par Tintérêt et la reconnaissance. Il demeure à ceux qui ont fait ces sortes de sacrifices Ihonneur d'une action d'éclat, et même les ressources morales qui peuvent s'ensuivre. Mais ici il s'agissait de tout perdre, seulement. pour être juste, sans y obliger personne, sans être vu de qui que ce fût. Il fallait passer de la gêne à la pauvreté, car quinze mille livres de rente distraites d'une fortune épuisée par trente années de guerres mettaient notre aïeul désormais hors d'état de sortir de chez lui, d'aller où il était mandé, d'obtenir la récompense de ses services, l'avancement, les grâces, les dédommagements mêmes, qui ne manquèrent point aux officiers notables, et à portée, qui perdirent quelque chose au Système. Il fallait dire adieu à tout cela, ou aller vivre d'emprunt et s'établir sur l'espérance. Quelle fin à proposer à un homme de ce caractère ! Il fallait renoncer à tout dans le temps où il voyait une famille nombreuse croître et s'élever. Il faljait s'enfermer pour sa vie sur une roche pour y payer des dettes quil pouvait effacer en un jour, des legs aux hôpitaux, aux créanciers inconnus, plusieurs même qui auraient reçu et payé leurs propres dettes avec ces effets véreux. u N'importe, dit-il ; à la fin, ces remboursements seraient forcés pour le dernier au moins de ceux qu'ils pourraient atteindre; et l'injustice partirait toujours de moi ». Il ne remboursa donc personne, il garda ses billets, et se résigna. Ses succès domestiques firent voir, dans la suite, ce que peuvent la constance, l'ordre et la régularité : à peine vécut-il dix-sept ans depuis cette époque ; il tint toujours un état honorable, et dans cette période, non seulement il paya ses dettes et liquida tous les engagements de sa maison, les passages de ses fils à Malte ; mais à sa mort, il laissa pour deux cent mille francs de contrats sur la ville de Marseille, sur la province, ou sur des particuliers. Or, il est à noter que ses épargnes ne pouvaient grossir d'elles-mêmes, ctir on était alors dans le principe que les dettes à jour,
c'esl-à-dire remboursables à terme, et dont le capital nost engagé, ne pouvaient, en conscience, porter intérêt. Et l'on sent bien qu'un tel homme pensait qu'en matière d'intérêt, ce qui blessait la conscience blessait l'honneur. vSon argent demeurait donc inerte dans les mains de son homme d'alfaires, jusqu'à ce qu'il eût de quoi fairo un remboursement ou un remplacement.
Désormais fixé dans sa province, l'archevêque d'Aix, Viiitimille, et M. Le Bret, premier président et intendant, le sollicitèrent de se mêler des affaires municipales et de se laisser nommer premier procureur du pays ; il s'en défendit avec ténacité, et leur répondit en badinant : <« Vous m'honorez l'un et l'autre de quelque estime, et moi je vous respecte également. Au bout de quinze jours, si j'étais là, vous me prendriez pour un fou, et si j'osais je vous prendrais })Our des fripons. Ainsi, demeurons comme nous sommes ; la charité y gagnera, et la province n'y perdra rien. »
Au reste, làge ne l'affaissa pas plus «lue ne le hrent les malheurs, et il conserva toujours le feu de son caractère. J'en ai ouï citer une anecdote qui fit grand bruit. Des gardes du tabac, sur (juelque dénonciation fausse, vinrent tout à coup faire une descente et fouiller chez le curé do Mirabeau; ils ne trouvèrent rien et partirent au plus vite ; mais aussitôt que notre aïeul en fut averti, il ordonna qu'on les poursuivît: et montant lui-même achevai, chose qu'il ne faisait plus, il les suivit à la piste dans les friches et dans les bois, oîi la frayeur les avait jetés et les lança jusqu'au bord de la Durance, ijue ces gens gayèrent' €omme ils purent, attendu qu'heureusement pour eux elle se trouva basse alors. Il ne s'en tint pas là, il écrivit si fortement, demandant !a révocation de tous les chefs, et assurant que s'il ne recevait pas cette réparation, tous les employés des Aides de la province iraient dans le Rhône ou dans la mer, qu'il fallut négocier avec cet homme redouté qu'on ne voulait pas et qu'on ne pouvait pas cabrer