XI Y
Après avoir obtenu la revision du procès de Poiitarlirr en rapt de séduction et adultère, Mirabeau partit en I^rovence chez son oncle le bailli, où il arriva le 19 octobre 1782, dans le dessein de demander la réunion avec sa femme, de bon gré ou par des Ju^ies. Il échoua auprès de M™° de Mirabeau et devant le tribunal d'Aix, malgré ses tentatives de rapprochement, si's mémoires et ses plaidoyers -, et le 5 judlet 1783, la sépa-
1. Considéra lions inir l'ordre de Cincinnatus ou Imitnlion d'un pamphlet anglo-amét icain, par le comte de Mirabeau, suivies de plusieurs pièces relatives à celte institution ; d'une lettre signée hi général Washington, accompagnée de remarquespxw l auteur vrai^çais; et d'une lettre de feu Monsieur Turgot, ministre dÉt"t en France, nu docteur Price sur les législations américaines; à Londres, chez .1 .Johnson, Saint-Pauls Church-Yard, 1784, in-S», 20.3 pnges. 11 y ejit une seconde édition en 1784, in-8'\ 385 p., comprenant en plus, « et de la traduction d'un pamphlet du docteur Price, intitulé : Observations un t/ie importance of the american l'évolution, a-d the means of making it a henefit to Che world, accompagnées de réflexions et de note? du traducteur ». Cetti' édition est signalée par Loméuie comme la première.
2. 11 publia successivement : Observations pour le comte de Miraljeau, signé : Honoré-Gabriel de Riqueti, comte de Mirabenu, et Sicard, procureur, Aix, chez Joseph David, imprimeur du Roi, 1783, in-i*^, p. 73; Plaidoyer prononcé par le comte de Mirabeau à Vaudience de M. le lieutenant général, le 20 mars 1783, in-4o, p. 45; Précis "ur la demande de madame la comtesse de Mirabeau en sursrance, Aix, Joseph David, in-4o. Requête du comte de Mirabeau
ration de corps, entn' les époux, était prononcée. Mirabeau n'accepta pas l'an et; il revint à Paris pour présenter nn recours auprès du Cnnseil dÉlat, mai? la commission chargée de l'examiner ne l'admit point. Son Mémoire fut, en ouf le, supprimé parle ;iarde d' s Sceaux, et Mirabeau le fit imprimer à Mœstricht •, autant pour se venger de la suppression que pour résumer publique ment les élément^ de son procès.
Dans la crainte d'une veng ance de M. de Miroménil, et sollicité par Ilngh Klliot, qui avait été son condi-^ciple à la pension de l'abbé Choquar l, il décida en août 1784 un voyage à Londres, en compagnie de M™^ de Nehra % î^a nouvelle compagne. Il y ptiblia le premier ouvrage qu'il signa de son nom, Considérations sur l'Ordre de Cincinnatus, commencé à Paris, avec la collabor^ation de ChamToit, sur la deman<le de Franklin, qui désirait combattre l'Ordre naissant ^ Mirabeau estimait cet ouvra^f* : « J'avou*^, mon très cher, écrivait-il au major Mauvillon, que Je fais quelque estime de mes Considérations sur VOrdre de Cmcinnatm. Il me semble qn'il y a dans cet écrit un bon sentiment philosophique et un bou m<.uve-
présentée à Nosseigneurs du Peuplement et signifiée le 3 avril^ en réponse à la requête de la damp comtesse de Mirabeau sig'nfiée la veille, in-4o, p 39^ Aix, J. David. 1783; Observulions sur un li^>elle diffamatoire intitulé : Mémoire à consulier et consultations pour madame la comtesse de Mirab-au, in-4o, p. 202, Aix; 0^-servations du comte de Mirabeau sur une f-artie de sa cause, in-40, p. 13, Aix.
1. .\/ewo?Ve du comte de Mirabeau supprimé au moment mrtne de sa publication par ord-e p irticulier de M. le Garde des Sceaux, et par respect pour le Ho\ et la Justice, arec une conversation de M. le Gar'ie des Sceaux et du comte de Mirabeau à ce sujet, HS», in-8. p. 180.
2. Henriette van Ilaren, fille naturelle de Guillaume van Haren. homme politique, historien e» littérateur, était née le 15 mars 1765. Elle avait connu Mirabeau au cummenrement de 1784 et elle ne s'en sépara qu'en 1789, a la suiie de querelles intimes dues à une nouvelle maîtresse, M^e I e Jay.
3 « L'ouvrage qui occu[>ait Mirabeau était celui sur l'Ordre de Cincinnatus, donr on craignait en Amérique des conséquences fâcheuses pour la litierté Franklin lui avait communiqué un petit pamphlet dont il désirait une traduction : au lieu d'un traduction, Mirabeau en fit une imitation, il y ajouta ses propres id<-es sur la noblesse hérédit ure, sur les ordres en j^énéral, et fit de rett^ bagatelh- un livre excellent. (N.tice "le M"« de Nehra, p. lt>. Esquisses historiques et littéraires, Louis de Loménie, in-8, Paris, 1879).
ment oratoire. Il me semble que ce m-Tceau du patiic-iat décoté est neuf, il me semble enfin que le .""UJet a été bien envi>npé sous toutes ses tares. De tout rp que j'ai éciii, c'est ce dnntje suis lp moins mécontent*» El, d'autre part, il répondait, au reproche de n'av'ir que traduit une brochure ;tméricaine : « J'ai donné mon livi e sur l^s Cincinnati pour Tiinitation d'un pamphlet an:.'lo-am<irirain. C'^st dans ma pr^ftce que se trouve rindicaii-m de la feuille «le cet Aldanus Burke qui, dit-on, léclarae mon ouvrage. Et si ceux qui U citent aujonuThui, l'avaient seulement lue, ils auraient compris qu'ils réussiraient ditficile'ment à faire passer un gros volume, deux fois traduit eu anglais (à Londres et en Amer que), et qu'on va publier en allemand, pour la traduction de 16 pages in-8 ou de 24 pages in-i2; car le tiès ^stimabl^' pamphlet d'Aldanus Huike a été imprimé sf»us ces deux foi mats Au reste, et pour ne pas me faire plus modeste que je ne suis, j'estime (|ue si je savais tra^luire ainsi, je ne ferais lamais que traduire *. »
Quelle a été la collaboration de Chamfort? Certainement importante % mais il n'est pas contestable que Mirabeau lut le
1. Lettres du comte de Miraheau à un de ses amis d' AU^mayne écrites durant les années 1786. 1787, 1788, 1789 et 1790. Hambourg. 1792 (Berlin, o sept. 17S6, p. 28.)
2. Sur Moses Mendelssohn. sur la réforme politique des Juifs, préface, p. 3, note.
3. « Pour votre intérêt, dépêchez-vous donc, mon ami; mais que diable vous parlé-je «le votre intér't. tandis que vous savez que le ménage ln^'urt de faim et sjjécule sur la brochure. » (Lettres à Cham'ort, 22 juin 1784.)
« V"tis êtes bien aimable de m'avoir sacrifié Navarre, mais vous le seriez il;i\9nt:(£:e de [>onsser votre t>esogne : 1» Parce (|ue vous êtes digne de mettre la t-loire à régner chez nous; 2» parce (]ue la besojfne presse et tellement qu'il ufa fallu entrer en txplication avec F..., pour expUrj ler le retard. Ne vous fit-z pas sur le temps qu'il me faut à moi. car si j'avais le U'anuscrit que M. Thomas a gardé pour y faire ses notes, tout serait refondu, attendu q 'e les morcenux de ra(>port, et même les soudures, sont prêts. San- doute, c'est un ouvrage nouveau, mais ce n'est pas une raison pour qu'il s'éternise, surtout Hepuis quon en p^rl^, car 1 attente à remplir est toujours une pénible destinée (Lettre lY, sans date.)
Lettres de Mirabean à (^h'imfort imprimées sur le<i originaux écrits d- la -niain de Mirabeau^ et suivies d'une traduction de la dissertation allemande sur les causes de V Universalité de la langue
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metteur en œuvre, et qu'il écrivît les morceaux oratoires qui portent sa marque, dans cette compilation grossie de pièces diverses, plutôt pour former un volume que nécessaires à l'argumentation contre la noblesse récente des Cincinnati *.
Je n'ai jamais rien imprimé sous un nom que mon père a rendu difficile à porter. J'ai cru jusqu'ici pouvoir me permettre de ne point avouer les premiers essais d'un homme jeune encore, et qui plus qu'un autre a besoin de maturité.
J'aurais plus longtem[)s, et peut-être toujours fait de même; mais des circonstances très connues m'ayant forcé de quitter mon pays, je crois me devoir de ne publier désormais que des écrits avoués. On ne manquerait pas, si je négligeais cette précaution, de me donner pour Tauleur des ouvrages les plus capables de me compromettre. Je proteste donc que tout ce qui désormais ne portera pas mon nom, me sera faussement attribué, et j'espère que ceux qui mhonorent de leur haine, s'apercevront que pour avoir pris un tel engagement, je n'en serai pas plus timide.
française qui a partage le Prix de l'Acade'yyiie de Berlin ; traduction attribuée à iMirabeau et imprimée sur le manuscrit corrigé de sa main. Pans, chez le. directeur de la Décade philosophique, an V de la République françai-e.
(( Je travaille, et cela ne vient pas mal, je vous en souhaite autant; mais c'est une chose très pénible que de changer l'ordonnance de son ouvrage sans le refaire, et je serais très fâché que cette contrariété-là vous arrivât, car vous enverriez promener votre besogne. » (Lettre V, sans date.)
1. Mirab'-au et Gliamfort avaient formé des projets de collaboration : «< Au reste, mon ami, jai pensé comme vous, que nous pourrions nn jour et à chaque belle saison, faire de fort jolis mman-i ensemble; ainsi, je garde l'historiette; je garde vos lettres ■ lussi, gardez les miennes, si vous voulez, nous les ferons copier quelque jour ensemble et en alternant. 11 se trouve dans les lettres une foule de choses d'autant mieux dites, qu'e'les le sont avec liberté, qu'on ne retrouve plus, et qu'on est f;\ché d'avoir perdues. Et puis, comme monument d'amitié, n'est-ce pas une assez douce chose? ') Lettre 111. Paris, sans date.
CU-\^lDiiilATlUA.> SLU L JUl-: DE Cl-XCI.N.XATLS 263
L'institution de lOrdre de Gincinnatus, à l'occasion de laquelle l'écrit suivant a été composé, vient d'éprouver une assez grande révolution, dont nous rendrons un compte détaillé à la suite de cet ouvrage.
La Société des Cincinnati, instituée héréditaire, l'était encore, lorsque j'ai pris la plume. Les associés ont renoncé depuis à cette partie de leurs statuts, on le verra dans le post-scrip'urn. Mais comme je crois y avoir démontré que les conséquences de leur institution sont précisément les mêmes, que leur dignité continuera d'être héréditaire au moins dans l'opinion, véritable siège de la noblesse, et qu'en laissant subsister les Cincinnati, on ne saurait les empêcher d'être au moins perpétuels, comme d'ailleurs la partie de cet ouvrage qui concerne l'hérédité contient peut-être quelques vérités neuves ou dites d'une manière nouvelle, et des déductions importantes, j'ai cru devoir laisser cet écrit dans l'ordre qui lui avait été destiné avant l'abolition de l'hérédité, laquelle ne change point l'état de la question autant qu'on affectera de le croire.
Le titre de cet ouvrage n'est point une iraude officieuse. Il a paru Tannée pass.ée à Philadelphie, chez Robert Bell, in Third-slreet, un pamphlet écrit en anglais sous ce titre : Consid^^rations outhcsociet;/ or order of Cincinnati, latelij instiluted by the Major-gmérah, B rigadier-g énérals , and ûther officers of the American army, proving that il créâtes (I race of hereditary Putricians or IS'obility, intersperfed ii'ith remarks on ils conséquences to the freedom and hapr' piness of the Republic : addressed to tlie /'Cople of South Caroliu'i, and their représentatives : by Cassius. Supfiosed to be irritten by ALldanus Burke, esquire^ one of the chief justicps of the state of South Carolina. Avec celte épigraphe : Blow yethe frumpet in Zion.
Ce pamphlet, peu ou point connu en Europe, contient en substance l'ouvrage que nous rendons public. Si je me suis permis de changer l'ordre des idées, d'élaguer des longueurs, de supprimer quelques détails relatifs à la Caroline méridionale, qui m'ont paru trop particuliers à cet Etat pour ne pas faire digression dans des observations gêné-
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raies, c'est ce que je pense, qu'en transportant dans notre langue des écrits étranf^ers. il faut les rendre les plus faciles à lire qu'il est possible. Or chaque langue et chaque nation a des manières différentes d'arranger et d'énoncer ses idées-
Au reste, j'ai cru pouvoir me permettre, pour prix de mon travail, de m'abandonner à quelques-uns de mes mouvements*.
A Londres, :20 septembre 1784.
C'est à la fin du xvin^ siècle, au moment où l'Amérique semblait ouvrir un asile à l'espèce humaine, au momrnt où la révolution la plus étonnante, la seule peut-être qu'avoue la philosophie, aj)pelle tous les regards sur l'autre hémisphère, que la Société des Cincinnati s'établit sur le continent entier de l'Amérique régénérée, sans que le Congrès qui représente et régit la Confédération américaine, sans qu'aucun des Etals-Unis, sans qu'aucun Corps dans ces Etats, y forme la plus légère opposition, sans qu'aucun particulier ose adresser à ses concitoyens la moindre observation sur cet ordre, d'un genre absolument nouveau, qui doit infailliblement et bientôt, changer la face du pays qui l'a vu naître.
Plus je réfléchis sur cette Institution, et sur les suites politiquesqu'elle aura inévitablement, plusjem'étonue que, créée, d'elle-même, profondément conçue, secrètement et rapidement exécutée, se présentant sous une apparence à la fois hardie et douteuse, elle n'excite pas l'attention générale. S'il était en moi d'envisager un seul instant cet ordre avec indifférence, si mon esprit et la philosoj)hie du moment commandaient à ce pointa mon cœur, je ne pourrais pas m'empêcher de sourire en voyant ces Américains, qui dans leurs assemblées générales et particulières déclament avec aigreur contre de petits maux, s'acharnent .sur les faibles restes d'un parti qui n'a plus d'importance, chassent