‹ Œuvres de MirabeauChapitre 108 sur 168 · DOUTES SUR LA LIBERTÉ DE L'ESCAUT · texte numérisé non relu

DOUTES SUR LA LIBERTÉ DE L'ESCAUT

Déçu dans ses ambitions diplomatiques % Mirabeau se livra en Anuletei re à son métier d'homme de lettres avec Fardeur que lui 'ommandaient son activité naturelle et le manque perpétuel d'argent. Il élabora de nombreux projets qui n'aboutirent point, mais où l'on découvre l'ingéniosité de son esprit et sa connaissance de la littérature.

« L'ouvrage que l'on me propose, mon cher ami, écrivaitil à Chamfort, est une entreprise considérable : il ne s'agit pas moins que de mettre et de tenir ces messieurs au courant de tontes les saines idées d'économie qu'ils ont traitées jusqu'ici de vaine métaphysique. L'ouvrage paraîtrait en anglais et en français; le plus ou moins de succès n'importerait qu'à ma conscience et à mon amour-propre, car j'aurais une rétribution fixe par mois; mais j'ai cru devoir leur

1. Douti's sur la liberté de l'Escaut, réclamée par l'Empereur: sur les causes et sur les conséquences probables de cette réclamation, par le comte de Mirabeau, avec une carte du coiu^s de l'Escaut., dep'iis Anvers jusqu à la mer\ à Londres, clîez G. Faden, géographe lu roi, Gharing-Cross, et se trouve chez J. Robson. New Bond-Street, et P. Emsley, dans le Strand, in-S. Bellum jure genfium perpétuée, juris causas movetur. Gravina, de 0. ig. Jur. liv. II. 14; I-V!, p. 168 et appendice I à XL. La première édition ne porte pas de date, mais elle parut en 1783, fin janvier ou commencement de février.

2. Cf. la lettre de Mirabeau, publiée dans Memoir of the riglit honora^de Hugfi Elliot, London, 1860. Mirabeau espérait que soi) ami Hiigh Elliot lui ouvrirait la carrière diplomatique, soit à Copenhague, soit dans une autre cour du Nord.

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observer que cet ouvrage n'était point de nature à piquer la malignité : parce que je ne dois ni ne veux parler que des choses, et encore avec circonspection; je leur conseillais d'adopter un plan qui éveillât la curiosité. Consulté sur cela, j'ai dit que le plus grand service, selon moi, à rendre aux lettres aujourd'hui, était d'abréger, et de guider un choix dans 1 immensité des mensonges, des erreurs et des vérités imprimées; qu'en conséquence, un conservateur qui donnerait en tout genre des analyses, et non pas des extraits des bons livres ; qui tirerait du fumier des ouvrages périodiques, les paillettes qui peuvent y être tombées, et qui deviendrait le dépôt des morceaux détachés qui, par leur brièveté, c'est àdire par un de leurs plus grands mérites même, sont bientôt oubliés et perdus, serait un ouvrage très précieux, et qui, fait avec scrupule, sans complaisance, sans négligence, sans précipitation, serait à peu près sur d'un succès d'estime, moins rapide que les succès d'éclat, mais durable et toujours croissant. On délibère sur cette idée, je la crois bonne : et si elle l'est, faites des vœux pour qu'elle soit acceptée; car elle me vaudrait cinquante louis par mois, et c'est plus qu'il ne me faut, môme ici. 11 est vrai que ce revenu serait acheté par un travail excessif et désagréable, en ce qu'il m'ôlerait le temps nécessaire pour la culture de mes propres idées, mais je le regarderais comme un cours à linir, lorsque la fortune voudra me rendre indépendant' ».

Le Conservateur ne réussit point à paraître, et il en fut 'de même des autres projets", à l'exception des Doutes sur la liberté de V Escaut"' que Mirabeau publia peu après les Consi-

1. Lellres de Mirabeau à Chant forl. Londres, 10 novembre 1784.

2. « Croyez-vous qu'un choix des comédies anglaises réussit en France, c'est-à-dire (|u'un libraire voulût l'acheter ». Lettres de Mirnlteau à Cliamforl. Londres, 4 février IT^'J.

D'autre part, Duniont écrit sur le séjour de Mirabeau à Londres : ' Il y fit la connaissance avec un géographe dont j'ai oublié le nom, et il médita aussitôt le plan d'une géographie universelle. Si quelqu'un avait voulu lui donner les éléments de la grammaire chinoise, il aurait fait un traité sur cette langue ». Souvenirs sur Mirabeau, p. 6 et 7.

3 « Les miens (car il me faut bien comme un autre parler de mes talents) viennent de faire un tour de force dont je ne puis rien vous dire autre chose, sinon qu'un livre singulier et rempli de recherches aura été fait et imprimé en un mois, ici où l'on

dérations. C'était la défense des droHs des Hollandais contre Joseph II, et par généralisation, un examen de létat politique de l'Europe, des alliances entre les divers gouvernements, et de la conduite que la France devait y tenir.

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