DOUTES SUR LA LIBERTÉ DE L'ESCAUT
landais, dont les richesses et les vices contractés par la soir et laffliience de l'or, ont diminué la considération que méritent leurs mœurs, leur sagesse et leur industrie; les Hollandais vont obtenir des Puissances étrangères, ce que des millions d'hommes opprimés par leur gouvernement n'obtiendraient pas pour améliorer leur sort. Et qui sei'a leur principal agent? Le ministère de France ; le même, qui pour ennoblir rajipui donné aux Insurgens Américains, a proclamé partout qu'il avait combattu pour la liberté des mers. Le roi de Prusse agira de son côté. L'objet du séjour de son frère à Paris a été, dit-on, de prendre des arrangements pour la conduite de cette guerre, dont il aura le principal commandement. On Ta bien applaudi aux spectacles, bien accueilli, bien caressé en tous lieux, parce que ce sera pix>bablement sous ses ordres que se feront égorger une grande partie de tous ces Héros à cinq sols par jour, qui ne savent ni ce <]ue c'est (\ue l'Escaut, ni ce que vaut la Hollande, ni ce que c'est que commerce; et qui même, ainsi que leurs pères, leurs frères, leurs mères, leurs femmes, leurs sœurs, seraient fort embarrassés, bien qu'ils constituent essentiellement le corps politique dont on balance les intérêts, de dire en quoi il serait malheureux pour eu.^ que FKmpereur fût plus puissant que leur Maître ; car, qu'ont-ils à perdre, si ce n'est leur misère !... Encore une fois, on ne peut que gémir à ces tristes pensées qui en éveillent tant d'autres ; mais qui, communes à toutes les guerres modernes, ne doivent pas a\oir une influence particulière sur la question dont il s'agit. Nous ne sommes point arrivés aux temps, où des idées et des procédés philosophiques pourront gouverner les empires. Nos sociétés gangrenées par une politique astucieuse et avide, ne peuvent pas subitement abandonner leurs maximes. Les événements nous entraînent, et dans la circonstance ils doivent nous entraîner.
EnefTet, lobjet et le devoir de tous les gouvernements est la durée. Sans doute leurs intérêts, au moins tels qu'ils les entendent, sont rarement d'accord avec ceux des peuples qu'ils régissent. Mais ce n'est pas lorsqu'il s'agit de
prévenir des invasions armées et les révolutions que méditent des voisins turbulents, agités de leur fougue intérieure, ou des intrigues qu'ourdissent les ambitieux subalternes dont ils sont entourés. De tels Princes veulent s'agrandir ; ils veulent peser sur les hommes, et non pas les rendre heureux. S'ils voulaient leur bonheur, si leur ambition ne tendait quà l'amélioration du sort des humains, leurs Etats leur offraient un assez grand théâtre sans convoiter ceux des autres.
L'intérêt des peuples est donc rarement de changer de maîtres, ou du moins d'en recevoir des mains de la victoire. S'il est des révolutions utiles, ce sont les secousses intérieures, qui forment des hommes, qui les mettent à leur place, qui donnent de grands exemples, qui instruisent les nations et même leurs chefs, qui rarement, mais quelquefois, écrasent le despotisme, ou du moins le rendent circonspect.
Voilà les révolutions utiles, et non pas les conquêtes, et les traités de partage qui lèguent des peuplades entières comme de vils troupeaux à d'impitoyables bouchers. Une émeute chez un peuple libre dont on menace les droits, fait plus de bien au cœur de l'honnête homme, que toute cette imbécile subordination, ou ces déplorables succès dont on se vante ailleurs '.
Mirabeau étudie l'origine de rinterdiction de la liberté de la navigation sur l'Escaut, discute le traité de Munster conclu entre Philippe IV et les Etats-Généraux (30 janvier 1648 , qui Ta établie, découvre les dangers essentiels dont cette liberté menacerait les Hollandais, démontre la nécessité pour la France de les soutenir, et termine ainsi sa première lettre :
Je ne vois pas bien. Monsieur, ce ({ue répondront les prétendus interprètes du droit naturel à ces considérations : car il n'est que deux droits sur ce globe : celui de la force, et celui des conventions; celui de la force qui n'en impose qu'aux lâches, et d'où peut naître la nécessité, jamais