Texte de la première édition, p. 1 à
DOUTES SLU LA LIBEUTE DE LESCAUT 3U'.J
l'obéissance; celui des conventions, que tous les hommes ont intérêt de faire respecter, puisque nulle société n'existe qu'à Fabri des conventions. Sans doute, ce qu'on entend par le droit naturel, même considéré dans ses rapports les plus abstraits, ordonne de veiller à sa conservation : il admet donc Lenipire de la force... Et bien ! que la force ouvre encore la scène aux jeux sanglants qui désolent l'humanité (ce n'est pas heureusement la première fois qu'une poignée d'hommes libres aura repoussé les torrents d'esclaves armés que le despotisme vomit sur la terre i ; mais que la force n'insulte pas l'équité en usurpant son langage.
LkTTRES II ET III.
Mirabeau examine la politique russe, tendant à former une Confédération du Nord avec TAutriche, et démontre que la liberté de lEscaut la favorisera, au détriment non seulement des Hollandais, mais de la France, on donnant à la Hussi<^^ la base navale qui lui manque. Dans le cas d'une guei le entre la France, soutenant les Hollandais, et Josepti II réclamant la liberté de FEscaut, l'Anglerre serait-elle neutre, ou se déclarerait-elle contre les Hollandais et son alliée? L'intérêt des Anglais est de rester neutres dans le conflit, et plus encore, en n'espérant pas la ruine de la France, de s'allier avec cette puissance et les Hollandais. Dans la lettre III, Mirabeau combat les arguments exposés par Linguet dans les numéros 88 et 89 de ses Anjvdefi politiques en faveur de Joseph II et de ses prétention?.
Lettre IV.
Comment on peut ouvrir la navigation de V Escaut sans danger pour ta Hollande et pour l'Europe.
Je finirai, Monsieur, en abandonnant aux réflexions des Amis de la Liberté un projet simple et infaillible pour ouvrir sans injustice et sans danger la navigation de l'Escaut, et pour porter au plus haut degré la prospérité dos Pays-Bas Catholiques.
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Qu'elles se forment en Etats fédératifs ces dix provinceslavorisées de la Nature, qui leur destina surtout la liberté!
Qu'elles s'affranchissent du joug des Rois, de la nécessité déplorable d'être mêlés dans leurs querelles sanglantes, detre agités de leurs délires! et qu'à ce prix les rivières et les mers leur soient ouvertes! Si elles eussent embrassé plus tôt cette résolution noble et sage, que de sang humain eût été épargné ! Si les dix-sept provinces des Pays-Bas se fussent atfranchies à la fois, elles auraient formé une République capable de résister au reste de l'Europe, et tout le commerce de l'univers lui eût appartenu.
Que les Pays-Bas catholiques soient indépendants, et puisque les Flamands et les Brabançons veulent à tout prix de ce commerce extérieur qui a perdu tant d'Empires, et qui n'a pas encore rendu heureux un seul peuple; puisqu'ils veulent du commerce, ces agriculteurs honnêtes, paisibles, aisés, opulents même, qui fertilisent un des .plus beaux pays de l'univers et celui où toutes les nations de l'Europe ont puisé les premières notions de bonne agriculture; puisqu'ils veulent du commerce, ces heureux colons ennuyés de leur bonheur, ils en feront un grand, et peut-être le plus grand qu'il y ait sur la terre. Ils feront librement avec leurs voisins des traités de paix, d'union, de sûreté, de navigation, d'échange : ils ne seront plus assujettis aux vues partielles et légionnaires du Cabinet Allemand : ils jouiront d'une paix profonde que la politique du roi de Hongrie ne pourra pas troubler : ils ne connaîtront plus la guerre; ils en préserveront toute la partie de l'Europe qui les avoisine.
Les Pays-Bas sont dans une situation plus favorable que les Hollandais eux-mêmes pour former une République. Ils ont sur eux l'avantage de trois siècles d'instruction et d'expérience. Eclairés par leur exemple et par celui des Américains, ils parviendront aisément à se donner une Constitution qui l'emportera sur toutes les institutions humaines : ils combineront mieux qu'aucune autre ne le fit jamais, les droits et les devoirs, l'ordre et la liberté, les lois et la puissance ; ils organiseront avec plus de pré-
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voyance et d'égalilé le pouvoir législatif; ils en sépareront avec plus de soin le pouvoir exécutif : ils le détermineront avec plus de précision; ils débarrasseront sa marche, et prescriront ses limites : ils parviendront surtout à faire de l'union générale des Provinces entre elles une coalition, une fusion de toutes les parties, qui forme un corps un et homogène, dont aucun état fédératif nolTre encore de modèle.
Cette République nouvelle n'aurait pas besoin du Stathouderat, de cette institution fatale qui a causé toutes les divisions intestines de la Hollande; divisions qui l'ont mise à deux doii^ts de sa perte en 1G72; qui Tont engagée dans une multitude de guerres iniques et ruineuses, et notamment dans la dernière, où son honneur, ses intérêts et sa sûreté ont été sacrifiés avec la plus lâche perfidie : divisions, qui. pour n'en pas dire plus, aujourd'hui même, font tous ses dangers.
Ces grands malheurs de la Hollande tenaient étroitement à la nature des choses. Une guerre presque éternelle qui! n'est plus possible de craindre aujourd'hui, surtout pour les Pays-Bas, si éloignés du souverain, dont ils ont à secouer le joug; une guerre presque éternelle contre l'Espagne rendait un chef militaire absolument nécessaire aux Provinces-Unies. La Maison de Nassau-Orange, qui, jusqu'à iuillaume III, offre une suite non interrompue d'habiles guerriers et de profonds politiques, avait, plus qu'aucune lutre, assuré et défendu la liberté des Hollandais. Riche, laissante, respectée, en quelque sorte l'égale des Rois, lie voulut s'arroger et se perpétuer leur pouvoir. De là, les partis, les intrigues, les cabales, la discorde, l'assassinat légal des vrais patriotes; les vengeances nées des vengeances; l'affaiblissement de l'Etat et de la Liberté.
Les habitants des Pays-Bas catholiques, qui abondent en noblesse, n'y comptent heureusement aucune famille pareille, et c'est un avantage immense qu'ils ont sur les Provinces-Unies. La hiérarchie sociale est plutôt fondée hez les Flamands sur les mœurs et sur les usages que sur .es lois oppressives; la féodalité - ^ ' ' peine connue. Le
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peuple et les aristocrates, réunis sous des lois uniformes, ont presque également à gagner à la liberté, et c'est la première fois, peut-être, que la noblesse héréditaire n'y aura pas nui. La frénésie des querelles religieuses est passée pour eux : elle ne l'était pas pour les Provinces-Unies lorsque leur confédération a pris naissance. Les préjugés des catholiques môme, pressés de la tolérance universelle, sont affaiblis; et c'était un motif de plus de ne pas heurter par la violence ce que la raison allait détruire à l'aide de la douce persuasion. Les Pays-Bas catholiques sont peuplés, riches et bien cultivés, du moins relativement aux autres contrées de l'Europe : les mœurs y sont simples et pures. Ainsi la pauvreté et la corruption du peuple ne viennent ni de la superstition, ni d'une surabondance de monastères, d'abbayes et de chapitres \ comme on l'a tant dit et répété. D'ailleurs, l'envie de s'ensevelir dans les cloîtres passera bientôt, lorsque les peuples ne connaîtront ni l'esclavage, ni la misère, ni les conscriptions militaires^ ni la surcharge des impôts. Il y a dans les Pays-Bas catholiques des privilèges, des franchises, du courage, des principes de liberté :
1. J'aime encore mieux un couvent de religieuses qu'un régiment de soldats. Si les premières contrarient la nature, elles no la déchirent pas. Si elles violent leur institution, c'est en perpétuant l'espèce; les seconds font serment de la détruire au premier signal du despote. On a beaucoup applaudi aux révolutions intérieures que rÈmpereur a opérées dans ses Etats. Que de choses il y aurait à reprendre daus ces éloges ! Mais du moins les Panégyristes de Joseph II devraient-ils nous apprendre quelle justice ils trouvent à expulser de sa profession un citoyen qui la embrassée sous la sanction des lois. Je le dis nettement, il y a autant d'injustice à chasser un moine ou nnn religieuse de leur retraite, qu'à chasser un particulier de sa m.iison. Méprisez les moines tant que vous voudrez, mais ne les persécutez pas, et surtout ne les volez jamais; car il ne faut persécuter, ni voler personne, depuis l'athée le plus déterminé jusqu'au capucin le plus crédule. Un des plus grands malheurs de ces maîtres du genre humain, c'est de vouloir toujours que le peuple qui leur est soumis soit heureux lou plus heureux comme ils disent), à leur mode. Quand il ne faut que vouloir pour être obéi, on s'égare dans un labyrimhe de contradictions. 'Voyez l'instabilité et la multiplicité des ordonnances de Joseph 11 et de tous ses frères les despotes (Note de Mirabeau).
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<^n un mot peu de contrées sont mieux préparées pour jiroduire des hommes parfaitement libres.
Qu'ils aspirent donc à cet honneur, ces anciens Belges que César distinguait parmi tous les Gaulois; qu'ils soient sûrs que, pour être libres, il ne faut que le vouloir fortement, et qu'un peuple ne fut jamais conquis malgré lui.
D'ailleurs, ils seront aidés et secourus. Tous leurs voisins ont intérêt à leur indépendance, ou n'ont pas un intérêt contraire.
L'Allemao:ne trouverait incontestablement les plus grands avantages dans lalVranchissement des Pays-Bas. Les deux grandes puissances qui menacent sa liberté, alors à peu près égales, se tiendraient en équilibre. L'Empereur, une fois affaibli par la séparation des Pays-Bas, l'organisation du corps germanique, sans laquelle il ne saurait longtemps subsister, serait plus' facile; et c'est peut-être le seul moyen de l'établir. Les états qui se trouvent situés sur les routes de la Bohême, de la Moravie, de l'Autriche aux Pays-Bas, seraient délivrés pour toujours du passage des tntupes impériales qui les ravagent quand l'Empereur veut porter son armée en Flandre, malgré la discipline tant vantée des troupes autrichiennes; les Cercles ne redoutent j);ts moins ce passage que les habitants des campagnes, parce que, le plus souvent, on remplit mal les stipulations convenues avec eux, et que le pays, n'ayant que les provisions nécessaires à sa population, le passage des troupes, y produit la cherté, quelquefois la disette.
Les voisins faibles des Pays-Bas, l'évêque de Liège, les électeurs de Cologne et de Trêves, l'Electeur Palatin, ont un intérêt direct très réel à cette révolution. Ils acquerraient une puissance relative par une foule d'avantages de commerce et de liaisons politiques, qui n'auraient plus pour base les intérêts particuliers de l'Empereur.
C'est surtout à la France, c'est à l'Angleterre, c'est à la Hollande, c'est à la Prusse à opérer cette grande révolution.
La maison de Brandebourg y gagnerait un commerce Hlile, et une paix durable pour ceux des Etats Prussiens
qui sont voisins des Pays-Bas autrichiens. Elle donnerait une base éternelle à sa puissance, et diminuerait pour jamais celle du formidable ennemi qui, depuis tant d'années, amena dans son cœur la vengeance.
L'Angleterre se ménagerait et s'assurerait les traités de commerce les plus avantageux et les plus étendus. Elle se procurerait de vastes ressources pour supporter et diminuer l'intolérable fardeau de la dette, qui l'accable et la consume. Elle éloignerait pour toujours, comme inutiles désormais, et même impossibles, du moins pour elle, les guerres du Continent, qui l'ont ruinée et qui tôt ou tard détruiront sa liberté civile, comme elles ont fait crouler sa liberté politique. L'Angleterre enfin expierait, autant qu'il est en elle, pour un si grand bienfait envers la nature humaine, tant de forfaits politiques dont elle s'est sonillée, et qui creusent et doivent creuser le précipice où sa prospérité, sa gloire, son existence peut-être seront tôt ou tard ensevelies.
Les Provinces-Unies n'auraient plus rien à craindre de Touverture de l'Escaut. Ce serait alors l'objet d'une négociation, et non pas une loi imposée par le plus fort. Les Provinces-Unies, en accordant cette navigation aux Etats Belgiques, n'auraient du moins à craindre ni invasion, ni conquêtes, ni introduction des vaisseaux d'une puissance étrangère, les Pays-Bas donneraient un équivalent dans le commerce de leurs Provinces, qui dédommagerait la ville d'Amsterdam, d'un léger sacrifice. La République Hollandaise conserverait à jamais sa liberté : elle centuplerait sa puissance.
La France, à qui l'humanité doit enfin des actions de grâces et des éloges, pour avoir fondé les Etats-Unis d'Amérique, mettrait le sceau à sa gloire, en favorisant l'établis- - ment de la nouvelle confédération Belgique : elle y gagnerait une tranquillité permanente sur ses frontières si souvent dévastées, et qui, désormais à l'abri de toute attaque, n'auraient plus besoin de cette triple enceinte de places fortes, dont l'entretien et les garnisons coûtent [des] sommes mmenses, et sont un objet d'inquiétude perpétuelle : elle