CHAPITRE VUI
De l'opinion qu'on doit avoir du sort futur de la Banque de Saint-CIiarles.
La Banque d'Espa^ine repose sur le mauvais principe de maintenir le crédit des billets d'État par Témi-^sion «le billets de banque, or, il convient de savoir si les billets de banque sont nécessaires à TEspagne.
Quel est Tobjet des billets de banque? C'est de multiplier les éciianges en suppléant avec du papier à la disette du numéraire. C'est, en multipliant ces échanges, de ranimer les arts, l'industrie, le commerce.
S'ils languissent en Espagne, quelle en est la cause? Est-ce la disette des monnaies? Ce moyen d'échanger est-il épuisé dans le pays de l'Univers le plus riche en mélaux? Y voit-on les entreprises expirer par la difficulté des échanges? Certes, si la circulation des monnaies manque en Espagne, il est bien à craindre que ce ne soit par une cause à laquelle les billets de banque ne remédieront pas.
L'Espagne fournit à l'Europe la matière première des monnaies, elle l'apporte du Pérou et du Mexique toute fabriquée en espèces.
Mais pour employer la monnaie, il faut des objets d'échange; car la monnaie ne se donne pas pour rien. Si ces objets d'échange ne sont pas abondants, la monnaie dont la propriété est de faciliter l'échange, reste sans usage et sans utilité; alors^Ile surabonde et doit aller hors du pays chercher des productions ou des marchandises qu'elle puisse payer.
Telle est précisément la situation de l'Espagne; et c'est parce qu'elle a de la monnaie surabondante, principale récolte de son territoire, et qu'elle a un besoin perpétuel de la débiter au dehors, qu'on chercherait à augmenter cette surabondance par une monnaie fictive !
La periection des billets de banque est de servir lieu de monnaie; mais quand la monnaie ne peut elle-même trouver son usage et circuler suffisamment dans un pays,