‹ Œuvres de MirabeauChapitre 134 sur 168 · DE LA BANQUE DESPAGNE · texte numérisé non relu

DE LA BANQUE DESPAGNE

comment espérer que les billets y parviendront mieux qu'elle? Quand on a les meilleurs billets de banque possibles en bonnes pièces d'or et d'argent, qui portent en eu\-n)èmes leur caution, comment imagine-t-on d'en faire de papier ? Comment envie-t-on cette ressource aux nations qui ne possèdent pas les métaux et qui sont obligées de les tirer d'ailleurs? Enfin, quand on peut attacher à une quantité suffisante de gages d'échanges une valeur intrinsèque qu'ils portent avec eux par toute la terre, qu'est-il besoin d'avoir recours au papier, qui n'a de valeur que dans le lieu où la banque qui le crée est établie?

Ce papier, bien moins puissant que l'or qui brille (et briller, c'est tout pour les yeux vulgaires), fera-t-il dans les esprits et dans les arts une révolution que l'or n'a pu opérer? Animera-t-il ce que l'or n'a pu ranimer? Guérira-t-il ce que l'or n'a pu guérir? Non, si l'industrie, si les arls. si le commerce laniïuissent en Espaijne, il en faut chercher d'autres causes qu'une disette de moyens intermédiaires d'échanges, et c'est à son Gouvernement à rechercher ces causes.

M^is si, par exemple, il se trouvait que la superstition, ce poison mortel, qui tue les facultés de l'homme par la torp'ur, ou par la frénésie, a, dans un des plus beaux pays du monde, et chez une nation pleine de grandes qualités, resserré l'essor dii génie et Tactivité des travaux, croit-on que des billets de banque, ou des caisses d'escompte la fer.iient cesser? Croit-on qu'ils fussent plus efficaces pour détruire une indolence naturelle dont la chaleur et la richesse du climat seraient la cause? Croit-on qu'avec des billets de banque, on compenserait l'influence des mauvaises lois? Croit-on qu'ils détruiraient des préjugés défavorables au commerce, et inspirés par l'orgueil de la paresse ?

Non, sans doute, il faut le répéter, les monnaies et les banques qui font circuler des billets, ne sont utiles que dans les pays où les préjugés et les lois ne concourent pas pour enchaîner l'activité et l'industrie; et si même une circulation des monnaies serait, dans l'état actuel des choses,

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impuissante pour ranimer en Espagne l'industrie agricole, manufacturière et commerçante, à plusf forte raison une . banque et ses billets n'y sont pas nécessaires'.

Le fonctiounement de la Banque Saint-CHarles, dans l'état présent, économique et politique de l'Espagne, ne peut qu'être nuisible à sa prospérité, parce qu'elle est incapable d'activer la circulation et qu'elle tend à déprécier les métaux précieux, première richesse de l'Espagne, d'où limitation de durée.

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