‹ Œuvres de MirabeauChapitre 145 sur 168 · Texte de l'édition originale, p. 3 à · texte numérisé non relu

Texte de l'édition originale, p. 3 à

LETTRE SUR MM. DE GAGLiOSTRO ET LAVATER 367

ficatif. Il s'appuie sur l'opinion de M. Meiners, professeur à (iottingen, sans pourtant le suivre jusqu'à croire avec lui que Cagliostro est un agent d^s jésuites.

Je le répète : cette opinion sur les prétendues machinations jésuitiques, que tout homme sensé, qui n'habite pas les pays situés entre le Rhin el le Danube, prendra peut-être pour une vision absurde, est cependant celle d'un grand nombre d'hommes sages, modérés, instruits, auxquels on ne saurait contester un caractère très moral et de la vraie philosophie. Et comme ils ont rencontré, quoiqu'en très petit nombre, quelques contradicteurs qui méritent des égards, il en est résulté une polémique singulière et piquante à laquelle ont pris j.art d'un bout à l'autre de l'Allemagne des hommes sensés, des écrivains estimés, de bons citoyens. J'ai peine à croire qu'après avoir lu attentivement leurs écrits, tout homme de sens ne soit pas obligé de convenir, que le nombre des visionnaires et des superstitieux augmente plutôt qu'il ne diminue, et que le fanatisme et 1 intolérance ne dorment jamais. Vérilé trop négligée, trop méconnue peut-être, depuis qu'on nous a prodigué jusqu'à la satiété tant de plaisanteries bonnes ou mauvaises, tant d'écrits estimables ou méprisables sur l'abus des opinions religieuses, et les conséquences du prosélytisme. On écrit pour les philosophes; on écrit pour les savants; on écrit pour les beaux esprits; on n'écrit ni pour bs grands, ni pour le peuple ; cependant les pbilosophes savent à quoi s'en tenir, les savants aiment mieux être doctes qu'instruits; et les beaux esprits veulent plutôt briller qu'apprendre et surtout qu'être utiles. Ce sont les grands, c'est le peuple, auxquels il faudrait enseigner ; mais les livres élémentaires n'existent pas, ou, pour la plupart, ils sont des écrits très méprisables ; et quand les académies, quand les gens de lettres montrent quelque instruction, on vante les lumières d'une nation, qui cependant étouffe, ou se débat inutilement dans ses langes au bruit des contes dont la bercent ses nourrices*.

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