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Mirabeau combat ensuite Lavater, lié secrètement avec Caglio^tio, el si celui-ci est un fripon et un charlttan, celuilà est un illuminé intolérant, un mystique dang- reux, un chef de secte, qui croit aux miracles et au magnétii-me, contre la raison. 11 cite une lettre de Lavater à Marcard, médecin de la Cour (le Hanovre, où sont relatés et certifiés par deux témoins les effets du magnétisme. L'influence de Lavater est pernicieuse, en ce qu'elle développe Tinlolérance religieuse, accrédite les rêveries les plus fausses et les plus extravagantes, et d'autant plus dangereuses qu'elles atteignent les cours et les princes.
Mais je voudrais surtout, je voudrais armer la raison, et s'il le faut, l'amour-propre de ceux d'entre les princes, que les Lavater et autres adeptes, trompeurs ou trompés, fanatiques ou fripons, sont parvenus à séduire, contre les extravagances honteuses et les fascinations grossières qui les ont infatués... Ehî que gagneront- ils donc à cette pitoyable facilité, à ces déplorables faiblesses?... La perte d'un temps plus précieux pour eux que pour les autres mortels ; le vide du repentir et des regrets, et la chute de leur considération personnelle...
Quoi donc ! Taccumulation des fourberies de tous ces jongleurs, copistes plus ou moins adroits, mais toujours copistes les uns des autres, et leur éternel non-succès, ne disent-ils donc pas assez que leurs promesses sont menteuses? que pour les Princes il n'y a de trésor que dans une sage économie et la bienfaisance éclairée qui multiplie au sein de leurs Etats les riches et les heureux; de boy\heur que dans la paix d'une bonne conscience et l'acquit de leurs intéressants devoirs, seule jouissance sur laquelle il est impossible qu'ils se blasent ; de divination que dans la prévoyance et dans la connaissance des hommes; de magie que dans le grand art d'inspirer la confiance et de se faire aimer...
Et si ces misérables charlatans, toujours poussés par la soif de l'or ou celle de l'intrigue, éloignaient des cours
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qu'ils obsèdent, les sages et les bons citoyens toujours peu curieux de se compromettre avec des aventuriers et des charlatans ; si distrayant l'attention des princes des véritables sources de la prospérité publique, ils parvenaient par la force presque irrésistible de l'habitude, ou par les séductions de Tamour-propre qui ne veut pas avoir été trompé, s'ils parvenaient à les circonscrire, à les enchaîner, à les hébéter dans le cercle hideux et stérile de leurs déceptions et de leurs prestiges ; si la haine pour la résistance, cette maladie contagieuse et mortelle de tous les princes absolus, allait changer ces rêveries ténébreuses en un système d'intolérance et de persécution... Ahl que deviendriez-vous? les jouets et les victimes, les prédicanls et les satellites des superstitions les plus honteuses qui aient jamais infecté la terre !...
Dira-t-on que mon imagination s'exalte, et que je franchis les bornes du possible?... les bornes du possiblel... Eh ! connaissez-vous donc les bornes de la superstition, du fanatisme, des rêves, des délires de l'imagination? Pauvres humains! dont le sort, d'un hémisphère à l'autre, dépend uniquement du petit nombre d'êtres auxquels sont livrés comme autant de troupeaux vos peuplades asservies ! Pauvres humains! qui prodiguez tous les efforts de l'adulation, et les philtres de la corruption, pour gâter, pour aveugler, pour paralyser le sens et les facultés morales de vos conducteurs !... croyez-vous donc que la tolérance même religieuse (toute autre est à peine connue) soit si avancée sur la terre?
Je connais quelque tolérance en Angleterre, où sans doute encore elle est loin d'être, ni parfaite, ni complète. J'en connais à Berlin, où l'homme supérieur qui tient les rênes de l'Etat a su mépriser la plupart des hochets de la folie humaine. Partout ailleurs, j'ai vu l'intolérance religieuse diminuer avec le zèle religieux, mais je n'ai pas vu la tolérance. J'ai vu les hommes combattre pour les opinions, et les gouvernants se passionner pour les opinions même les plus plus folles des gouvernés, qui le plus souvent n'étaient que leurs stupides échos, et les imbéciles émis-
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sairesde l'autorité usurpatrice contre leurs propre^ droits... Vous croyez à la tolérance ! et votre héros de tolérance, Joseph 11 , fait la guerre aux Théistes c'est-à-dire à des hommes qui, adoptant la croyance d'un Dieu rémunérateur, ce dogme fondamental de toutes les religions, le seul peut-être qui soit utile, et certainement le seul qui soit sans danger, abjurent toutes ces folies monstrueuses qui ont ensanglanté et déshonoré la terre ! Les théistes sont persécutés et l'on croit à la tolérance!... Les Rose -Croix, les cabalistes, les illuminés, les alchimistes ont trouvé partout soutien, appui, protection, faveur; et à Berlin même, sous le règne de Frédéric-le-Grand, le sage, le philosophe, dont les Sociniens ont obtenu une existence légale, qui leur est refusée dans tout autre pays, à Berlin, les Théistes n'ont pas osé se réunir en communion, et demander la permission d'élever à l'Eternel le seul temple peut-être digne de lui... Et Ton croit à la tolérance !... Pauvres humains qui disputez sur tout, qui repoussez avecviolence la contradiction la plus légère, vous parlez de tolérance ! et il n'est pas un pays sur la terre, je n'en excepte pas les nouvelles républiques américaines, où il suffise à un homme de pratiquer les vertus sociales pour participer à tous les avantages de la société. Ah! parlez de tolérance, comme vous parlez de patrie, de lois, de constitution, de liberté, sans avoir ni lois, ni constitution, ni liberté, ni patrie. Peut être à force de répéter ces mots, finirez-vous par désirer de savoir ce que c'est ; peut-ê»re en viendrez-vous même jusqu'à n'être pas fâchés de jouir enfin d'une vraie tolérance, d'avoir une constitution, des lois, une liberté, une patrie... Parlez-en donc ; prononcez ces mots sacrés que votre légèreté profane, mais souffrez que ceux qui leur donnent un plus grand prix, une étendue plus vaste, qui se dévoueraient pour réaliser ce qu'ils expriment, qui voient dans la tolérance et la liberté les sauveurs du monde, et ne les voient que là ; souffrez qu'ils veillent de près sur les ennemis que voudraient leur susciter les jongleurs de tous rangs, de toutes les professions, de tous les genres. Tolérez Gagliostro, tolérez Lavater, tolérez Sailer, mais tolérez aussi ceux qui les déaon-