‹ Œuvres de MirabeauChapitre 148 sur 168 · SUR MOSES MENDELSSOHN, SUR LA RÉFORME POLITIQUE DES JUIFS · texte numérisé non relu

SUR MOSES MENDELSSOHN, SUR LA RÉFORME POLITIQUE DES JUIFS

En quittant Paris, Mirabeau avait emporté les éléments d'une lettre extrêmement violente contre de Galonné, lettre dont il avait envoyé des copies à ses amis le duc de Lauzun et Vabbé de Périgord, en les avertissant de son intention de la publier. Ceux-ci l'en dissuadèrent, et s'entremirent auprès (lu contrôleur ^'énéral pour que Mirabeau fût employé à Berlin en qualité d'agent secret. Il fut rappelé à Paris en avril 1786, et après avoir fourni un rapport ^, il recevait un chiffre, des instructions, un traitement pris sur Içs fonds du contrôle ;.'énéral, et il était le 21 juillet de retour à Berlin.

Sa mission officielle ne le distrayait pas de ses travaux. Dès juillet, il poussait très activemeul la rédaction de son

1. Sur Mof^es Menclelsnohn, sur la réforme politique des Juifs et eu particulier sur la Révolution tentée en leur faveur [en 1753, dans la Grande-Bretagne. Londres, 1787, in-S«>, 130 pages, plus une préface de 66 pages sans pagination.

2. La minute de cette lettre est coRservée aux archives historiques du Mi -istère des Affaires Etrangères. Lettte du comte de Mirabeau à M. de Calonne, ministre des Finances de France, i78.o. Ms. 41 p. 1/2, in-40. Cette lettre a été publiée en partie par L. de -Montigny, Mémoires, t. YI, 1. 3. p. 16 et s.

3. C'était une note Sur la situation de V Europe et de la France en particulier Elle a été publiée dans l'Histoire secrète de la cour de Berlin.

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nouvel ouvrage Sur Moses Mendelssohn, aidé par divers collaborateurs, et notamment par le major Mauvillon %qui devenait son principal fournisseur '.

Sur iJoses Mendelssohn subit diverses modifications en cours d'exécution, et il le fit notamment précéder dune très importante préface où il réfutait les critiques adressées à la Lettre (lu comte de Mirabeau à MM. Cagliostro et Larater, par Brissot, Reichardt et le Landgrave de Hesse-Hombourg '. Fort peu connue, elle se termine, après une discussion sur i'illumi-

1. « Cet écrit est, dans sa partie vraimont importante (celle qui traite de la réforme politique des Juifs\ une anal^/se fidèle des deux volumes allemands qu'a écrits M. Dohm sur le même sujet... ..

« L'histoire succincte de la grande Révolution tentre en faveur de la nation juive en Angleterre, dans l'année 1753, m'a paru appartenir d'HUtant plus naturellement à mon plan, que, faute de matériaux, M. Dohm l'a négligée. J'en dois les d* tails à «Icux Anglais dont l'infat'gable philanthropie voudrait concourir d'une extrémité du globe à l'autre, à l'extirpation des préju/^^és ennemis qui arment et divisent les hommes. Leur zèle et leur amitié m'ont, à cette occasion, payé un tribut si généreux, qu'il m'a presque suffi, d'être leur traducteur. Et puissé-je toujours concourir ainsi, aux dépens de mon amour-propre, à la plus grande publicité des livres et des idées utiles, dussent pour prix de mes études assidues, et de mes estimables intentions, de charitables libellistes m'accnser encore de me donner pour l'auteur de ce que j'ai seulement traduit. <> {Sur Moses, préface.

2. « Il est fort question chez un grand prince, à la suite dune lecture, de faire quelque chose en faveur des Juif^; on d'astre l'y exciter par toutes sortes de moyens, et indépendamment d'une certaine ébauche que vous avez vue, indépendamment des deux volumes de notre bon et estimable Dohm, qui lui ont été mi^ entre les mains, j'ai rédigé de mon mieux un mémoire fait pour donner du courage à sa raison, et de l'énergie à son amour-propre...

« Ce qui me manque, et ce que je ne puis tenir que de vous, c'est une notice de ses ouvrages {Moses Mendelssohn). rapidement faite, avec vérité, sans enthousiasme, où le but soit marqué, l'exécution appréciée, et les ditférences. soit dans la manière, soit dans l'investigation, soit dans les principes, d'avec les autres philosophies, clairement assignées; en sorte que ce court {-récis donne en résultat son système de philosophie et la route par laquelle il parait y être arrivé. » (Berliu. 16 août 1786. Lettres du comte de Mirabeau.)

3. Mauvillon travailla à cette réfutation : « A propos d'ouvrage. mon cher ami, mon Mn.ses Mendelssohn a tout à fait changé de face.

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nisme, et une querelle de linguistigue, par un exposé d'idées générales.

« Voilà le peu de lignes que je consacrerai jamais à cette pitoyable controverse, écrit Mirabeau. Le temps s'envole, la vie est courte, il ne faut pas la consumer en de vaines clameurs. Eh! quel dégoûtant ergotage que des disputes grammaticales sur un jargon souvent barbare (je parle du style de M. Lavater), ou sur Textrava^'ante théorie d«-s visionnaires? quelle perte de temps pour celui qui a le courage et peut-être la force de concourir à Finstruction publique? Quel intérêt peut prendre à Lavater démasqué l'écrivain incessamment occupé de travaux utiles, et qui dans le moment même où il s'abaisse à écrire cette préface, atin que Ton sai?he une fois que s'il s'abstient désormais de répondre aux enthousiastes de l'apôtre des visions, le dédain seul lui inspirera silence, aspire à rapproclit^r une partie considérable du genre humain d'un état mom- infortuné qui la rende plus utile à ses semblables?

« Puissent-ils ne combattre jamais leurs ennemis qu'avec de telles armes ceux que la nature a doués des talents qui dirigent et dominent les opini-ns humaines !. Ah! s'ils se dévouaient loyalement au noble métier d'être utiles! s'ils avaient le courage de preurlre pour devise, amis jusqu'à la VÉRITÉ, si leur indomptable amour-propre pouvait composer avec lui-même, et sacrifier la «l->riole à la dignité! >i, au lieu de s'avilir, de s'eniredéchirer, de détiuire réciproquement leur influence, ils réunissaient l^urs efforts et leurs travaux, pour terrasser l'ambitieux qui usurpe, l'imposteur qui égare, le méchant qui intri;.'ue, le lâche qui se vend; si méprisant le vil méti^^r de gladiateurs littéraires, ils se croisaient en véritables fières d'armes contre les préjugés, le mensonge, le charlatanisme, la super>tjiion, la tyrannie de quelque genre qu'elle soit, en moins d un siècle, la face de la terre serait changée.

et moitié M. Reichardt, moitié um critique plus honnête qui vient de m'assaillir à Francfort, me fur' ent à une vigoureuses préface, qui va mattirer un beau renfoit li'ennemis. Cela mest tout à fait égal pourvu que j'aie raison; ma. s ii faut avoir raison, et c'est à votre vigilante et sévère amitié que je m'en rapporte; ainsi voilà ma conscience appuyée de tout son poids sur la vôtre; prenez garde à vous! » (Berlin, 4 novembre HSti.)

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« Décevante illusion I âge d'or delà raison humaine! ne ' rez-vous donc jamais qup le rêve des gens de bien! mais qu'importe? Pourquoi n'oserait-on pas soi-même ce que l'on conseille inutilement aux autres?. Le bien que chaque individu peut faire, est-il donc sans prix parce qu'une confédération d'hommes en ferait mille fois davantage?... Ames sensibles! âmes ardentes ! que l'indignation du mal porte à l'exagérer, et, ce qui est mille fois plus funeste, à re;^arder comme impossible et chimérique un meilleur ordre de choses, gardez-vous de cet écueil où vont se briser l'énergie des âmes fortes, le courage de la bienfaisance, l'amour de la vertu; ne calomniez pas la nature humaine, n'en désespérez pas... Eh! si l'on se laissait aller à la coniraotion violente que la seule approche d un homme de bien fait jaillir du sein de la corruption, où conduirait la morosité «ju'épaissil chaque jour et teint du noir le plus sombre, le sp'*ctacle des choses humaines?... à haïr tout ce qu'il y a d'excellent sur la terre: la beauté qui rassérène les climats de fer et fléchit les cœurs de tigre, mais sur les traces de laquelle l'enfer vomit ses serpents : la bonté douce, facile, indulgente, généreuse, prospère, mais qui fait naître \e^ ingrats : I'amitié qui console la douleur, adoucit l'infortune, prodigue des plaisirs purs; l'amitié que la bienl'aisance du riel inventa pour nous faite supporter et chérir la vie, mais dont le méchant dérobe le masque pour mieux affiler le stylet de la perfidie : le génie près duquel veille l'impudente calomnie et l'envie implacable : la liberté, cette âme de l'àme, celte divinité de tout ce que la nature fit paraître de grand sur la terre, mais qui tient sans cesse le poignard levé sur son propre cœur.

« Mauilirons-nous ces dons du ciel, parce que la main des hommes peut les empoisonner? Oh! non: Ne donnons pas ainsi prise sur nos sentiments à tout ce qui nous entoure, perfectionnons notre raison, affermissons notre volonté ; agrandissons notre âmp; croyons que si l'on exc^^pte les accidents, suites inévitables de l'ordre général, il n'y a de mal sur la terre que parce qu'il y a des erreurs; que le jour où la lumière et la morale avec elle, pénétreront dans les diverses classes de la société, les àm^s faibles auront du courage par prudence, les ambitieux des mœurs par intérêt, les puissants de la modération par prévoyance, les riches de la bienfaisance par calcul, et qu'ainsi l'instruction diminuera tôt ou tard, mais infailliblement, les maux de l'espèce

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humaine jusqu'à rendre sa position la plus douce dont soient susceptibles des êtres périssables '. »

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