Pa^es 16 à
Tout le rè^'iie de Guillaume II se ressentira de la manière dont il auia commencé. C'est donc aussitôt parvenu au trône qu'il doit bien administrer son royaume. Plan de travail pour le roi : confier les petites affaires à de bons ag^^nts, se réserver les capitales, et surtout éviter la réglementation à outrance.
Souffrez (|ii"un homme qui vous aime, pardonnez cette expression libre, nmis profonde, souffrez qu'un homme qui vous aime pour le bien que vous pouvez faire, pour le grand exemple que vous allez donner du mal que l'on peut épargner, vous indique quelques-unes de ces choses qu'un seul acte de votre volonté peut opérer, qui ne produiront que du bien sans nul mélange d'inconvénients, et feront des premiers moments de voire administration, l'aurore du règne le plus paternel qui ait jamais embelli la terre.
Au nombre de ces choses. Sire, et la première au premier rang, je compte l'abolition de l'esclavage militaire, c'est-à-dire de l'obligation imposée dans vos états à tout homme de servir depuis l'âge de dix-huit ans jusqu'à celui de soixante et plus, s'il le peut, pour huit gros tous les cinq jours.
Cette affreuse loi, née des nécessités d'un siècle de fer et d'un pays à demi-barbare, cette loi qui dépeuple et dessèche votre royaume, qui déshonore la partie la plus nombreuse, et la plus utile, d'une nation sans laquelle, vous et vos ancêtres, n'auriez été que des esclaves plus ou moins décorés; cette loi <|ue vos officiers aggravent encore en levant plus d'hommes que la conscription militaire ne le permet, ne vous vaut pas un soldat de plus que ceux que vous auriez sans elle par une augmenlation de paie dont vous trouverez facilement l'économie dans la juste réduction des ruineux enrùleurs que Frédéric II entretenait dans les pays étrangers, et par un arrangement sage pour recruter l'armée prussienne d'une manière qui élève les âmes, qui ajoute à l'esprit public, qui ait les formes de la liberté au lieu de celles de l'abrutissement et de l'esclavage.
Dans toute l'Europe, Sire, et chez vous plus qu'ailleurs.
on a eu la stupidité de laisser perdre un des plus utiles instincts sur lequel puisse être fondé l'amour de la patrie. On a exigé des hommes d'aller à la guerre comme de vils troupeaux à la boucherie, lorsqu'il n'y avait rien de plus facile que de faire pour eux du service public un objet d'émulation et de gloire.
Vos sujets sont obligés de servir depuis Tàge de dix-huit ans jusqu'à celui de soixante, et regardent avec raison cet assujétissement comme une très dure servitude. Il en est de même des milices en France, qui, moins cruelles, y sont très odieuses. Eh bien! les Suisses ont une obligation semblable qui commence deux ans plus tôt (dès l'âge de seize ans), et ils se croient des hommes libres.
En effet, la confédération naturelle qui engage les citoyens d'un même état à repousser l'ennemi, à défendre leur héritage et celui de leurs voisins, est si manifeste, et son exercice présente un tel attrait aux jeunes gens, qu'il est inconcevable que la tyrannie ait pu être assez imbécile pour en faire un fardeau.
Donnez, Sire, à cette obligation une forme libre et glorieuse, en la liant à l'exercice de quelque volonté, à la nécessité de mériter quelque estime, à un point d'honneur, et votre armée sera encore mieux composée, et vos sujets se croiront et seront réellement soulagés d'un grand joug '.
Réduction de la durée du service mi itaire : organisation de compagnies nationales d'où sortiront les recrues.
Les rois, créateurs d'une puissance, impatients de jouir, ne se fient pas aux principes généreux; ils craignent ({ue les hommes qu'ils appellent ne soient rebutés par les rigueurs des commencements. De là ces disciplines tyranniques par lesquelles ils pensent fixer sur leur sol les infortunés qui s'y trouvent. Il n'y a plus de prétexte à cette erreur dans l'état actuel de votre royaume. Il est temps de lui ôter ces formes repoussantes qui en éloignent les bons sujets, ou qui leur donnent envie d'en sortir; bannissez