‹ Œuvres de MirabeauChapitre 154 sur 168 · Pages 56 à o · texte numérisé non relu

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(les étals prussiens, qui ne sont, jusqu'ici, qu'un camp vaste et formidable, une monarchie stable et prospère, fondée sur la liberté et la propriété, votre immense trésor vous rendant ces sacrifices infiniment moins onéreux qu'à tout autre souverain, rechange dont il vous offre le moyen, sera un moyen excellent pour vous, même en y faisant entrer pour rien la jouissance de faire des heureux.

La base du système que vous devez vous former. Sire, c'est une idée juste des métaux précieux qui ne sont qu'une faible partie des richesses d'une nation, et beaucoup moins importante que celles qui renaissent annuellement sur le territoire. L'incorruptibilité et la rareté de l'or en ont fait un gage, un moyen d'échange entre les hommes. C'est la généralité de son usage qui a principalement trompé sur l'opinion qu'on doit se faire de sa valeur ; la facilité de l'emporter, lorsqu'on est obligé de fuir, surtout dans les lieux où la tyrannie s'est fait craindre, a donné à tous les individus l'envie d'amasser de l'or, et les fausses opinions sur ce métal se sont encore renforcées de ce désir universel.

Il n'est pas moins vrai que. For étant un agent d'affaires, et la multiplicité des agents multipliant les affaires, et la quantité des affaires formant la prospérité des nations, c'est une folie d'emprisonner l'or, ou de faire en sorte qu'on l'emprisonne. Que diriez-vous d'un prince qui voudraitètre un conquérant, et tiendrait son armée renfermée dans des casernes? Voilà précisément ce que font les rois qui thésaurisent; ils réduisent à l'inaction ce qui n'a de valeur que par l'action.

Mais une idée juste de l'or se lie nécessairement à celle d'un gouvernement qui respecte la propriété, et qui, suivi des principes de justice très rigoureux, tels enfin qu'une confiance inébranlable, donne à chacun la plus parfaite sécurité; sans quoi le véritable usage de l'or est traversé d'accidents sans nombre, qui lui ôtent son utilité pour la fécondation de l'industrie nationale.

Vous ferez tout pour la confiance. Sire; mais il vous restera à observer que les nations sont liées entre elles par le commerce, et que l'or, à raison de sa nécessité pour les

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opérations du commerce, en est lui-même un des objets. Il faut qu'il afflue ici et là, selon les combinaisons infinies des commerçants. De là vient qu'aucune nation ne peut allier avec les idées saines du commerce les gènes do l'exportation de l'or; car il faut bien que chacun finisse par payer ses dettes, et personne ne donne ni ne reçoit l'or, sur lequel il y a peu à gagner, que lorsqu'on a épuisé les moyens de solder en marchandises qui donnent du profit au vendeur et à l'acheteur. Que penseriez-vons, Sire, d'un prince qui encouragerait les négociants de ses états à établir beaucoup de manufactures, beaucoup de commis par conséquent, et défendrait que ces commis allassent au dehors de ses états acheter les matières nécessaires à ces manufactures? Telle est l'image du prince qui gène ou empêche la sortie de l'or : telle est sa folie. xMais d'où vient cette folie? c'est qu'il craint que l'or ne rentre pas; et pourquoi? parce qu'il a le sentiment secret que ses sujets ne sont pas tranquilles sur leur propriété... Vous le voyez, Sire, justice^ jn^o/ii^iélé, respect des hommes, guerre à la tyrannie des uns sur les autres, sont les conditions indispensables de toute vue de propriété.

Quand vos sujets seront tranquilles sur ces conditions, ne craignez pas de voir sortir votre or; il ne soitira que pour en aller chercher et pour en rapporter davantage. Ne l'oubliez jamais. Sire, la valeur s'enfuit sans retoui' avec lui, lorsqu'on ne le laisse pas absolumentsoumis aux volontés du commerce, qui est son seul monarque. J'entends ici par commerce le mouvement général de toute industrie productive, depuis l'agriculteur jusqu'à l'artisan.

Mais que fait-on dans les états où la sécurité du citoyen est parfaite, et où l'on a senti que l'or ne peut jamais être ni fixé, ni acquis en quantité suffisante pour les échanges? On a imaginé des caisses d'escompte, des banques de secours. Les billets qu'elles mettent dans la circulation deviennent, par la confiance où l'on est de pouvoir toujours les réaliser à l'instant même, une monnaie, qui, n'étant pas universelle, rernpiace l'or au dedans, et fait qu'on ne s'inquiète pas de seB excursions au dehors.

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Voilà, Sire, les établissements que vous devez ambitionner. Heureux Télat où le souverain, qui, ayant habitué ses sujels à ro|»inion d'une grande sécurité intérieure, pourrait faire sortir de son trésor de quoi fonder de tels établissements à son profit! Que d'inventions fiscales produites par la filouterie, sous la protection de Tignorance et du gouvernement, que d'impôts absurdes et tyranniquesil éteindrait, en gagnant l'intérêt de l'argent représenté par cette monnaie de confiance! Eh! quel iujpôt plus doux, plus naturel, plus fécond, percevra jamais un prince, que l'intérêt de l'argent, lorsqu'il peut le gagner par une monnaie qui ne lui coûte rien? Un tel impôt se paie avec joie; car l'industrie est emprunteuse, et partout où elle appartient à son maître, chacun voudrait être industrieux.

L'aperçu que je viens de vous tracer, Sire, et que vous pouvez appuyer de tant de détails que j'ignore, et de tant d'autres qu'il serait trop long de vous rappeler ici, vous conduira naturellement :

1° A la distribution de vos immenses domaines entre des cultivateurs auxquels vous fournirez les avances qui leur sont nécessaires, et qui deviendront de vrais propriétaires, moyennant un cens perpétuel, et payable en productions de la terre, afin que vos revenus augmentent avec la progression du numéraire.

2° A une modération convenable (en attendant le bonheur de pouvoir les abolir) des impôts indirects, des droits d'accises et de douanes, etc., dont le produit croîtra toujours en raison inverse de la quotité du droit et de la rigueur de la perception; caria contrebande, excitée par un plus grand appât, sait trouver des protecteurs parmi les hommes dont le devoir est de la réprimer, et des agents parmi ceux dont le métier est de les poursuivre. On peut remplacer d'ailleurs en grande partie ces impôts désastreux par l'augmentation naturelle et très juste de l'impôt direct, de l'impôt sur la terre, dont aucune terre ne doit être franche; sur la terre, qui porte en dernière analyse tous les impôts et d'une manière d'autant plus onéreuse qu'ils sont plus détournés. Que de chicanes, que d'entraves, que

d'inquisitions, que de gènes, que de désordres s'évanouiront alors!... Fléaux plus odieux, plus oppresseurs que le fardeau même de Fimpôt, toujours plus terrible par sa mauvaise assiette que par sa quotité! Alors disparaîtra ce vice artificiel, inconnu dans vos états avant le dernier règne ; le vice de la contrebande, qui donne la mauvaise foi pour base au commerce, qui déprave les mœurs, et fait naître le mépris général des lois. Alors sera relégué dans les enfers ce droit épouvantable attribué par votre prédécesseur à l'adminislraliou des accises et péages, d'aggraver arbilrairement la punition des contrebandiers et de multiplier leurs amendes.

3" Vous arriverez à la ferme résolution, au système invariable de favoriser de toutes les manières po.ssibles le commerce de transit, qui va se dérouter si l'on vexe plus longtemps les étrangers, ou plutôt qui s'est déjà sensiblement dérouté? Les tracasseries et les détails causés par les formes de la perception des droits sur ce commerce, la fatale vigilance à ne pas laisser introduire de contrebande par la foire de Franclbrt-sur-rOder, ont produit cet effet funeste, que les Polonais, qui faisaient autrefois un commerce très important dans cette ville et à Breslau, les évitent entièrement aujourd'hui, et se condamnent à un détour de près de cent milles d'Allemagne, par une grande partie de la Pologne, de la Moravie et de la Bohême, pour arriver à Leipzig. Aussi cette ville, bien moins favorablement située que Francfort-sur-FOder, qui possède un grand fleuve, est-elle depuis quinze ans devenue florissante, en raison de ce que l'autre a déchu. Cette décadence va toujours en augmentant, ^t cela au moment où la révolution de l'Amérique menace le Nord d'une si puissante concurrence. Profitez, Sire, du dernier période peut-être où le commerce de transit- sera pour vous un objet de quelque importance; favorisez-le par l'allégement de laplusgrande partie des droits qui le repoussent; favorisez-le par la simplicité de la perception, par la confiance qu'inspireront votre candeur et votre bienveillance généreuse. Ah! quel moment plus heureux pour manifester vos intentions en ce

genre, que celui où quelques-uns de vos voisins se signalent par tant de folies prohibitives!

A'' Vous aurez l'honneur vraiment unique et réservépour vous, Sire, d'abolir les monopoles, qui ne heurtent pas moins le bon sens que l'équité, et sont dans vos états une source si féconde de malédictions et de haines. Les commerçants prussiens, aiguillonnés par le spectacle des compagnies monopoleurs (la nature veut conserver Tespèce humaine; elle fait toujours sortir du mal quelque bien), et, grâce à l'excellente position de vos états, ont fait quelques progrès malgré tous les efforts prodigués pour étouffer leur industrie : au premier rayon d'espoir de voir disparaître les monopoles, ils remplaceront, par des contributions volontaires, une bonne partie du déficit qu'un nouveau système peut opérer d'abord dans vos revenus.

5" Vous arriverez enfin au plus grand des bienfaits, à la plus utile des spéculations politiques et financières. Vous affranchirez l'industrie, les arts, les métiers, le commerce; le commerce, qui ne peut vivre qu'à l'ombre de la liberté, le commerce, qui ne demande aux rois que de ne lui pas faire de mal. Quand vous examinerez sérieusement si ces manufactures puériles, qui ne peuvent jamais soutenir la concurrence des étrangers, valent la peine d'être encouragées si chèrement, les prohibitions auront bieutôt disparu de vos états. On n'a favorisé les toiles de Silésie qu'en exemptant les fabricants de la conscription militaire; et ces toiles sont l'objet le plus important de votre commerce. Dans aucune de vos provinces on ne trouve de fabriques plus florissantes que dans celles de Westphalie, nommément dans le comté de Marck, et jamais le gouvernement n'a rien fait pour encourager cette industrie, que de ne pas la tourmenter au-dedans. Je dis au-dedans, car toute production de l'industrie des sujets prussiens au delà du Weser est réputée étrangère et contrebande dans les autres provinces, etcela aussi est une iniquité odieuse et absurde, que vous ne laisserez pas subsister. Vous affranchirez tout, Sire, et ne donnerez point de privilèges. Ceux qui les demandent sont presque toujours des ignorants ou des fri-

pons; et il n'est pas un moyen plus sûr de tuer l'industrie (jue d'en accorder; s'ils sont connus en Angleterre, c'est que la forme qu'ils y ont reçue les rend presque nuls. Les Irlandais n'en admettent plus; le gouvernement et la société de Dublin donnent des encouragements, des secours; mais à condition quon ne demande pas de privilèges. Sire, le plus beau, le plus sûr moyen d'avoir tout ce que la nature ne défend pas, c'est la liberté; c'est la prodigalité de tout ce qui attire l'homme par les sentiments moraux, et par le bien-être physi({ue: tout privilège blesse les premiers, isole le second.

Je vous supplie d'observer, Sire, que je ne vous propose point de couper tout à coup, et sans précautions, toutes ces branches parasites qui défigurent et achèvent d'épuiser le tronc que vous devez embellir et fortifier : mais je vous conjure aussi de ne pas vous arrêter à la crainte des vides de perception que vos fermiers, uniquement occupés de leur existence, ne manqueront pas d'exagérer. Le seul d'entre eux qui ait véritablement une grande connaissance des rapports généraux du commerce, et dont vous puissiez attendre des opérations vraimenthabiles, le jour où votre systèmeserainvariablement dirigé versunautreordre dechoses que celui auquel on a prostitué ses talents. Struensée, signerait tous mes principes; il. indiquerait à Votre Majesté vingt moyens de suppléer aux extorsions de la fiscalité. Et, par exemple, les commutations de droits sont un art nouveau qui, dans les mains d'un homme aussi éclairé, pourrait accroître vos revenus en allégeant le fardeau public.

L'Angleterre, faite pour donner des leçons à tout l'univers, faite surtout pour étonner l'esprit humain, en lui dévoilant les ressources infinies d'une confiance au maintien de laquelle on fait tout recourir; l'Angleterre vient de tenter une belle et heureuse expérience en ce genre; elle a commué les droits sur le thé et un droit sur les fenêtres, et le succès est prodigieux. Faites-vous rendre compte. Sire, de cette opération; elle est consignée avec tous ses etîets dans un ouvrage qui vous ouvrira de grandes vues. Votre esprit généralisateur prendra confiance dans l'industrie de

Ihonnête homme, et dans les ressources de sa sensibilité, aidée d'expérience et de talent, lorsque le malheur des impositions exagérées doit durer encore, et que leur assiette est vicieuse. Mais, Sire, quand vous seriez obligé, pour remplacer des droits incommulables, et cependant destructeurs, d'aller chercher les gros intérêts que paient les puissances emprunteuses, où serait le malheur? quel avantage ne résullerait-il pas pour un pays qui a des trésors, de les employer à pomper ces mêmes intérêts qui affaiblissent des états rodoulabies? Pourquoi ne pas saisir les moyens qu'ils fournissent ainsi à leurs dépens de ne pas les craindre? Ne voyez-vous pas, Sire, que ce serait là vous faire payer un tribut, et sans danger? car les gouvernements mêmes qui seraient assez insensés pour vouloir voler leurs créanciers, ne le peuvent plus, grâce à l'arrangement général du commerce.

Il reste à savoir à qui vous confierez des travaux si délicats, si intéressants. Ce n'est pas à un étranger qu'il convient d'apprécier vos sujets : cependant, Sire, il en est un dont les talents sont très estimés en France, en Angleterre, et qu'ainsi je puis oser vous nommer; c'est le baron de Knypliausen, qui connaît bien les hommes et les choses des pays où il a servi, et principalement la théorie des fonds publics. Mais, Sire, appelez surtout des négociants; c'est chez eux que se trouvent le plus communément les talents, la probité; c'est d'eux qu'est venue la théorie de l'ordre; et que ferait-oo sans ordre? Au reste, ils sont en général modérés; ils ne sont jioint fastueux, et sous ce rapport ils méritent encore la préférence. Croyez, Sire, que les plus éclairés, les plus sages et les plus humains s'éloigneraient de vous si leur récompense devait être dans les décorations de la vanité. On ne peut les accepter sans fouler aux pieds les principes auxquels on doit la gloire d'avoir mérité des récompenses, sans payer de mépris la classe qu'on honore; et le négociant digne de votre confiance craindrait de devenir coupable d'une telle ingratitude envers ses semblables. C'est là même un des caractères auxquels vous pourrez le reconnaître. Le 2:ra[id Pitt mourut dans le Lord

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Chalam; et celui-ci ne sest jamais consolé d'avoir ainsi trahi sa gloire. Les services des négociants que vous emploierez, loin de multiplier les inégalités monstrueuses qui désorganisent vos états, doivent les détruire. Voilà la récompense de tels hommes, et non de vains titre? de noblesse, ou de plus vaines décorations.

Mais, Sire, c'est trop longtemps abuser des moments précieux où le sceptre vient de tomber dans vos mains.

Qu'ajouterais-je à cet écrit que vos propres réflexions, nourries de faits (jui vont frnpper journellement vos regards. ne vous diront pas mille fois mieux que moi? J'ai cru qu'il pouvait n'être pas inutile d'éveiller ces idées au moment où une existence si nouvelle, une si grande variété d'affaires, et la multitude des intérêts et des intrigues qui vont se croiser et se heurter autour de votre trône, pourraient vous ravir le calme d'esprit nécessaire pour résumer et choisir. J'ose espérer que ma franchise ne vous déplaira pas : si elle vous touche, ô Frédéric! méditez sur ces lignes libres et sincères, mais respectueuses, et dites, daignez dire :

« Voici ce qu'on ne m'avouera pas, et peut-être le contraire de ce qu'on me dira tous les jours. Les plus courageux n'offrent aux rois que des vérités voilées; icijevoisla vérité toute nue... Ah! cela me vaut mieux que l'encens vénal dont me suffoquent les faiseurs de vers, les panégyriques d'académie qui m'ont saisi au berceau, et qui me laisseront à peine au cercueil. Je suis homme avant d'être roi. Pourquoi m'offenserais-je parce qu'on me traite en homme, parce qu'un étranger, qui ne me demande rien, qui bientôt quittera ma cour pour ne me revoir jamais, me parle sans fard? Il m'apporte ce que ses yeux, son expérience, ses études, son entendement ont recueilli; il me donne gratuitement ces vrais et libres avis, dont nulle condition d'homme n'a si grand besoin que ceux qui soutiennent une vie publique; il n'a aucun intérêt à me tromper; il ne peut avoir que de bonnes intentions... Examinons attentivement ce qu'il nous propose; car le simple bon sens, la candeur naïve d'un homme qui n'a d'autre métier que de cultiver sa raison et sa pensée, pourraient bien

valoir et la vieille routine, et les ruses, et les formules, et les chimères diplomatiques, et les dogmes ridicules des hommes d'état par métier. »

Que Téternel moteur des destinées humaines veille sur vos jours; qu'il vous les accorde doux et actifs, c'est-à-dire remplis par le travail consolateur, qui élève et fortifie Tàme! Et puissiez-vous goûter, jusqu'à la dernière vieillesse, la pure félicité d'avoir tout fait pour la prospérité d'un peuple du bonheur duquel vous êtes responsable, puisqu'il vous est confié*!

1. Mail Villon avait blâmé la publication de la Lettre remise à F rédéric-Guillaume II\ Mirabeau lui répon lit vertement comme à son habitude : « Faites donc sur Zimmermann ce que votre amitié vous dictera; faites-le avec la prudence personnelle que vousdevez à vous et aux vôtres; mais av^nt de passer condamnation sur ma lettre en elle-même, sou venez- vous qu'un de mes écrits les plus estimés en Europe est incontestablement celte lettre à Frédéric- • liuillaump, que vous ne voudriez pas que j'- usse écri'e.Et sur le tout demandez-vous à vous-même si quand vous avez écrit celte phrase de préji.gé: Un élranQer qui veut en/teigner un roi à gouverner son royaume donne toujours prise, vous avez détiattu cette question : un roi de Prusse qui voudrait sincèrement et dans toute son étendue le bien de ses sujets, ne prendrait-il pas pour ministre principal l'étranger auteur de l'ouvrage intitulé: Delà monarchie prussienne. Lettres du comte de Mirabeau à l'un de ses amis d'Allemagne, 8 novembr.- i!b;8).

Frédéric-Guillaume H remercia Mirabeau par un billet gracieux, le 20 a. -lit 1786, de la lettre qu'il lui avait adressée avec le mémoire publié sous le titre de Lettre remise, à la mort de Frédéric II (17 août 178C).

Mirabeau publia à nouveau cette Lettre en 1788 : Conseils à un jeune prince qui sent la nécessité de refaire son éducation et Lettre remise à Frédéric-Guillaume II, roi régnant de Prusse, le jour de son avhiement au trône, par le comte de Mirabeau, 1788. in-S», p. 1-88, Conseils; p. .3-84, Lettre, plus 2 pages d'avis.

Dan> la pré'ace de la Lettre, Mirabeau se défend de l'accusation qu'on avait pt.rtée contre lui d'avuir adr. ssé une critique de Frédéric II à son successeur.

D'aprfs Diimont, Mirabeau se serait servi pour la Lettre d'un écrit de Clavière et d'après R.mcke d'un mémoire de Hertzberg.

Les Conseils n'étaient que la reproduction d'un manuscrit peu modifié du marquis de Mirabeau.

Méconlent du rôle diplomatique, très suballerne, qu'on lui maintenait à Berlin, mal;,'ré ses efforts pour obtenir un poste avouable, endetté, par insuffisance de traitement, Mirabeau se tournait vers la France, lorsque Tannonce de la convocation de l'Assemblée des Notables * le décida subtement à quitter la Prusse. De retour à Paris, le 29 janvier 1787, il hésita quelques semaines sur l'atlHude à prendre envers le ministère, espérant être employé à Nimègue, ou bien recevoir un poste de secrétaire à l'Assemblée des Notables', mais lorsqu'il comprit qu'on avait seulement l'intention de se servir de son talent de polémiste en faveur des projets du Gouvernement, il reprit sa liberté.

(( Lors donc, écrit-il à Mauvillon, que le ministre des

1. Dkno.nciatkin de l'agiotage ait hoi et a l'assk.mblke des notables. par le comte de Mirabeau, iii-8, M. DGG. LXXXVll, p. lu-vnj, 1 à 14.'), avec un doublement de pages de 123 à 128, que ne signalent pas les errata. Epigraphe :

Peiisais-tu qu'un instant ma vertu démentie Mettrait dans la balance un homme et la patrie.

(Voltaire).

Parut le 6 mars 1787.

2. Talleyrand deman lait à Mirabeau d'en célébrer les avantages dans des communiqués aux journaux allemands. (I>ettre du l^"" janvier 1787, Archives historiques du Ministère des Atïaires étrangères).

3. Voir Lettres du comte de Mirabeau à Vun de ses amis d'Alle- )nnr/ne, lettres du 20 janvier 1787 et du 24 mars.

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finances me fit tàter par nos amis communs, je demandai nettement à m'absteiiir, et comme, dans l^s circonstances, cela m'était à peu prè> impossible, moi présent, je réitérai la demande de voyajL'er.

« De ce moment M. le contrôleur gercerai, qui croyait me tenir par nos amis connnuns et la nécessité, comme s'il y avait jamais nécessité d'obéir contre sa conscience, m'a regardé comme nul et n-m avenu ; et !« manquant à sa parole formelle; 2" me laissant dans des embarras de tout genre ; 3° élud.mt mes Hemand s les plus simples par un silence bien ou mal C'»loré ; 4° répondant a nos amis communs, qui lui disaient fréquemment qun je néiais pas bon à mécontenter : f arrangerai tout cela arec de Cargent; il m'a successivement, et surtout par ces derniers mots qui m'ont semblé un outrage inexpiable, non seulement dégagé de tous liens envers lui, 'mais donné' toutes les raisons j>ossibles de passer dans l'opposition.

« Je ne l'ai pas voulu faire, et je. ne l'ai pas fait ; j'ai voulu rester moi, et n'être que mm. Miis j'ai cru pouvoir et devoir me permettre de l'être tout entier; et ne voulant pas que la seule assemblée, en quelque sorte nationale, qui peut-être aura lieu de mon temps, se passât sans que je payasse mon tribut à la chose publique, je me suis emparé du sujet le moins à la portée des hommes capables de se faire lire, et sur lequel, à mon avis, il im|)ortaii le plus de diriger en ce moment la puissance de l'opinion publique; et j'ai dénoncé l'agiotage au liai et à l'Assemblée des NntaftUs dans un livre qui n'est pas bon, qui a été et dû êtie fait trop vile pour pouvoir être bon, qui est surchargé de choses, parce qu'elles ne sont pas à leur place, et ou j'ai plus médité mon sujet que mon plan, mais quia été dicté par un sentiment lort et pur, qui enseigne des vérités saisissantes et impor tantes, qui mettra de bons esprits sur la voie, et qui, s'il ne lue pas l'agiotage que le gf.uvernement seul peut extirper, fera qu'on ne pourra plus sans infamie agioter ni protéger les ag'Oleurs; car les hommes de bon sens et de bonne foi doivent être convaincus, et les sophi>tes ne peuvent plus échapf)er* ».

Mirabeau, avant de publier son ouvrage, essaya cependant une dernière tentative de conciliation, en faisant présenter son manuscrit à de Galonné, par l'abbé de Périgord, mais la

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