‹ Œuvres de MirabeauChapitre 158 sur 168 · Voir Mémoires, Mallet du Pan, tome I. p · texte numérisé non relu

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de Panckoucke' que du bourdonnement des insectes qui voltigent autour de moi- ».

VAjialyse des Papiers anglais était un moyen pour Mirabeau d'agir sur Topiiiion publique % selon ses désirs, librement, en même temps qu'un instrument destiné à lui sarder les bonnes grâces des ministres. Mais le besoin qu'il avait du ifouvernement n'allait pas jusqu'à l'arrêter dans l'expression de se5 principes.

Il détt-ndait dans Y Analyse '^ le droit des peuples opprimés, soit par les Anglais, soit par le stathouder, il dénonçait les cruautés des troupes prussiennes pendant l'invasion des Provinces-Unies, il étudiait le droit constitutionnel, il prêchait la tolérance et la liberté \

Mirabeau a signé peu de pages dans V Analyse, mais on y sent constamment son influence. Nous en reproduisons quelques-unes signées, et d'autres anonymes qu'on peut certainement lui attribuer.

1. Panckoucke se plaignait que Mirabeau en traitant des affaires étrangères dans ï Analyse n'observait point le privilège qu'il avait d'écrire sur cette matière.

2. Lettre à M. de Montmorin, 22 janvier 1783; Les Mirabeau tome lY, p. 69, 70, en note.

3. u II voulait publier une feuille sous le titre d'Analyse des Papiers anglais. C'était un masque à la faveur duquel il répandait dans le public des vérités hardies; mais il ne connais-^ait malheureusement ni la langue anglaise, ni Tétat de l'Angleterre. Je lui offris gratuitement d'être son collaborateur pour cette partie et il accepta avec son amabilité ordinaire. Hardi dans l'attaque, il eut de violentes disputes avec Mallet Dupan sur le procès d'Hastings et sur la situation des Anglais dans les Indes Orientales. »

Mémoires de Brissol. tome II. p. 385.

4. Le numéro de 24 pages était composé d'une manière très adroite. La plus grande partie était réservée à l'examen de la politique étrangère, sans préjudice pour la politique intérieure, pour des suppléments divers et des variétés. Voici le sommaire du premier numéro :

Débats parlementaires; nouvelles étrangères: Amérique, Provinces-Unies, Irlande; mélanges, sur le livre.

'.). Brissot, qui était son collaborateur avec Clavière. apprécie ainsi l'action de Y Analyse : « Mais chercher à propager la lecture de la feuille de Mirabeau, c'était rendre service à la liberté : l'analyse des papiers anglais était un foyer d'où s'échappaient mille lumières. Tout ami du bien public devait chercher à les répandre, et, loin d'envier lâchement la fortune de ce journaL il fallait

ANALYSE DES PAPIEUS AXGLAIS

A propos dune polémique* « sur un écrit clandestin >> tendant à détourner le roi d'accueillir les réfugiés français, Mirabeau insère dans V Analyse cette longue note sur la calomnie et les gens de lettres.

Si la très tendre estime que nous avons vouée depuis longtemps à riionnêteté et aux talents du défenseur de M..., ne nous imposait pas le devoir d'y répondre, nous croirions avoir rempli religieusement les fonctions de Rédacteur dune feuille périodique, en nous contentant de rapporter cette lettre. Ce genre de recueil ne doit avoir d'autre but que de former les arcbives impartiales dnpour et du contre, et ce n'est ni aux honnêtes gens, ni aux hommes de mérite qu'il peut convenir de leur disputer ce droit, quelque illimité même qu'on veuille le concevoir.

Nous n'en voulons pas ici d'autre preuve que l'exemple de M.... Quelques-uns des faits dont on le justifie dans la lettre précédente, portaient au plus haut degré (et l'Auteur en convient) le caractère de la notoriété publique. S'ils sont faux comme nous le croyons, comme nous aimons à le croire, et si tout honnête homme est intéressé à la réparation d'une injustice, à quelle occasion la fausseté en est-elle dévoilée? On a publié une lettre qui renferme ces assertions. Sans cette lettre, la réponse qui les détruit, qui tout au moins les balancera même pour les gens à prévention, n'aurait pas paru, et l'accusation jouirait longtemps encore, toujours peut-être, d'un grand crédit.

Laissez donc tout écrire, laissez tout publier, o vous ! qui

l'augmenter de ses efforts; aucun de nous ne devait donc être étranger à son succès. Ceux qui le connaissaient avaient dû voir qu'il était alors le seul consacré à naturaliser insensiblement parmi nous ces grandes vérités politiques qui avaient assuré une constitution à l'Angleterre, et qui devaient en donner une à la France; que c'était le seul où ces vérités fussent développées avec autant de force que de clarté. »

Mémoires de Brissot, tome III, p. 63.

aimez la vérité; croy«z qu'à la longue elle seule surnage ; croyez que les libelles ne sont à craindre que là où la liberté de la presse n'existe pas. Les restrictions en ce genre, ainsi que dans tous les autres, ne gênent que les honnêtes gens, comme la contrebande ne sert que les fripons. Il en est de cette précieuse liberté comme de la lame célèbre qui seule pouvait guérir les blessures qu'elle avait faites.

Mais si ces principes sont vrais pour toutes les classes de citoyens, combien ne le sont-ils pas davantage pour les Gens de lettres I Objets d'une ardente rivalité, persécutés par les uns, enviés par les autres, haïs de leurs confrères, tour à tour satellites et victimes d'un amour-propre, avec lequel il est presque impossible de composer, que n'aurontils pas toujours à reprocher aux on dit qui circulent dans les cercles? Et comment pourraient-ils désirer de n'être jugés que là?

Etrange détour de l'amour-propre ! ils veulent la célébrité, et ils craignent les rumeurs dont se compose la célébrité, jusqu'à ce que, purifiée par le temps, elle conduise à la gloire. Et qu'est-ce que ces on dit perfides^ mais passagers auprès de la gloire qui attend infailliblement le vrai mérite qui s'est manifesté? L'harmonie la plus parfaite est toujours troublée plus ou moins par des sons discordants; mais quelle que soit leur intensité, de tels sons n'arrivent qu'à l'oreille obtuse de l'ignorant qui se tient trop près du concert. Les autres, plus faibles à leur naissance, mais forts dans leur union, produisent un charme irrésistible sur les amateurs sensibles qui se tiennent à une juste distance.

Ah 1 les calculs de la Justice sont les seuls bons ; que les Gens de lettres, comme tous les hommes publics, soient comptables de leur morale privée uniquement à ceux qui ont des rapports privés avec eux : mais qu'ils ne se refusent pas à défendre publiquement la morale de leurs écrits. Eh! s'ils n'ont rien à craindre de l'épreuve de la discussion, quelle terreur lescalomniateurs pourraient-ils leur inspirer? Vaudrait-il mieux que ceux-ci frappassent en silence'^ Non,

non, Phomme pur ne saurait jamais ni redouter, ni récuser le tribunal du public. Et certes, il se manque à lui-même, l'Homme de lettres, qui, dans quelques suppositions, dans quelques circonstances que ce soit -désire de supprimer un livre, un libelle, une satire, une imputation, une calomnie imprimée. Il doit trop bien savoir que les avantages innombrables de la liberté de la presse, sans laquelle il ne peut exister ni instruction, ni constitution, ni nation véritable, ne lui permettent pas d'y admettre la plus légère restriction, sous le prétexte de la licence qui en peut résulter. Ces ménagements coupables ne conviennent qu'à ceux qui veulent hébéler l'espèce humaine.

Nous ne croyons donc, ni que M... ait à se plaindre de nous, ni même que la lettre insén'e dans notre Recueil tloive lui paraître un mal, quand nous y admettons avec empressement sa réfutation d'une main faite pour l'honorer, comme pour servir utilement toutes les causes dont elle se charge. Les Rédacteurs d'un Journal ne sauraient être comptables des personnalités indirectement attachées à de graves reproches, fondés sur une sorte de notoriété publique î Sans doute ils ne peuvent eu aucun cas attaquer la morale privée. Due telle juridiction serait aussi inique qu'absurde; mais la morale publique de l'Écrivain doit toujours être soumise à leur censure. Ses principes sont-ils bons? Ils n'auront pas la force de les détruire ; funestes? Ils doivent user, abuser même s'il est possible des armes de la vérité. On leur adresse une lettre, qui défend avec énergie les droits de l'humanité contre un Livre profondément coupable et dangereux, écrit avec adresse, avec astuce, par un homme qui ne s'est point nommé, mais que la notoriété publiquedésigne. Faudra-t-il attendre avant d'imprimer la Lettre utile, que <:ette notoriété, qui n'est qu'une très grande probabilité, se soit tournée en certitude? Mais le mauvais livre produira son effet, servira les méchants, séduira les faibles, et son auteur jouira impunément de son crime ; que doivent donc faire en pareil cas les Rédacteurs d'un Journal? Admettre la Lettre, puisque les principes en sont sévèrement honnêtes, et quant à l'imputation indirecte du Livre,

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et à toutes celles qui pourraient en dériver; les admettre encore, puisqu'ils ne peuvent rester dans Terreur à cet égard, que par la faute de l'homme, qui rougit de se voir adresser mal à propos de tels reproches, et ne rougit pas de les laisser sans réponse. Celui-ci, nous l'avons vu, celui-ci peut même y gagner ; comment ne lui serait-il pas agréable d'être défendu contre des assenions odieuses qui ont pris de la consistance? Car enfin, ces bruits sourds que sème Tenvie, et que Toisiveté propage, forment trop souvent les réputations, et le plus malheureux à coup sûr n'est pas celui qui, provoqué publiquement, quoique d'une manière indirecte, peut saisir une occasion publique de se justifier, quand toutefois, ce qui vaut mieux encore, il n'est pas prévenu par ses amis.

Quoi qu'il en soit, nous acceptons le désaveu de l'abominable ouvrage imputé à M.... Nous croyons ce désavpu aussi convaincant que sincère, puisque la théorie de la tolérance concorde parfaitement avec les principes répandus dans les divers écrits de l'accusé. Mais quand bien même quelque malveillant ne serait pas aussi facile que nous à persuader, nous croirions encore devoir accepter avec empressement le désaveu de M.... A Dieu ne plaise quenons ressemblions à ces dévots, qui ont eu la slupide maladresse d'accuser d'irréligion les Hommes les plus célèbres, lors même que ceux-ci étaient innocents; ce qui a prodigieusement nui à la saine Doctrine du Christianisme, et fait imaginer aux Incrédules la ridicule et scandaleuse distinction, entre la foi et la bonne foi.

Nous méprisons, nous abhorrons les fraudes pieuses. Nous nous trouverons toujours heureux de compter un talent de plus dans la bonne cause, et soit que le repentir, dont le souverain Juge a fait la verfu des mortels, nous ramène un écrivain recommandable, soit qu'il n'ait jamais cessé de combattre sous les drapeaux de la justice et de la raison, nous serons ses frères d'armes, nous nous unirons à lui de toute la chaleur de notre âme.

M... est certainement un homme très capable d'influer sur l'opinion publique ; et nous en félicitons la Patrie,

depuis que nous savons qu'il est le premier même d'entre les premiers, dans les ouvrages duquel on trouve un mot profond et sentimental d'un prince cher à la Nation, de M. le Dauphin, père du Roi : on parlait de faire acquérir à la France quelques petits Etats ; la France, dit-il, la France n'a besoin que d'EiATS généraux... Son auguste fils paraît l'en avoir cru ; et certes il n'éprouvera jamais mieux, qu'en exécutant son projet sublime, que la justice est prudence, et la bienfaisance richesse.

Que M... persévère dans de tels principes; et c'est avec la fervente sincérité qui nous caractérisera toujours, que nous formerons des vœux pour qu'il conquière de toutes les manières les plus chères à son amour-propre, l'estime universelle, le suffrage de ceux qui ont le droit d'en donner, et qu'il ne croie jamais avoir à se plaindre de nous*.

V Analyse des papiers anglais ayant publié une lettre sur les Etats-Généraux, Mirabeau fit une réponse brève et forte.

Sur les Etats-Généraux de France.

Paris, l«i' avril 1188.

Je fis, il y a cinq ou six ans, monsieur le Comte, l'acquisition d'un manuscrit en trois volumes, in-folio, contenant un répertoire alphabétique de Jean Gourcau, sei;:neur de Palluaux, mort subitement à Angers, le 6 novembre 1698, âgé de 75 ou 78 ans, comme on l'apprend par un avis qui est en tête du premier volume, enrichi d'un beau portrait de l'au-. leur, dessiné à l'encre de Chine. Dans soa répertoire, Goureau a rassemblé, sous difîérens titres ou articles, une multitude de remarques curieuses et d'anecdotes sur l'histoire et la littérature, sur le droit public, la morale, la physique, etc. Le premier article de ce Dictionnaire est Abstinence; le second, Action ou Geste; le troisième. Admiration; le quatrième. Adoption, etc. Dans les circonstances présentes, vous jugez bien que j'ai «uvert mon livre au mot Etats; et comme il m'a paru assez curieux, j'ai l'honneur de vous en faire passer une copie fidèle que voici...

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