PRÉFACE
Quand je me suis imposé le devoir d'approfondir ces funestes secrets de banque, de finance et d'agiotage, que tant de bons citoyens se font un point d'honneur d'ignorer, certes je n'avais pas un attrait naturel pour ce genre d'étude, mais le délire de l'avarice tourmentait les esprits. L'introduction des hauts dividendes dans le régime de la caisse d'escompte, systématiquement liée avec tous les agioteurs, soit nationaux, soit étrangers ; la dangereuse prépondérance de cette compagnie colossale, qui, viciée jusque dans ses principes, pouvait décourager toutes les industries honnêtes et productives, et dépouiller la France d'une importante partie de son numéraire, enfin le rétablissement de la compagnie des Indes, nous menaçaient des mêmes excès qui avaient troublé la France, lors de la création de la Banque Law et de la compagnie du Mississipi.
Le danger était pressant et le devoir impérieux. Dans la détresse publi(jue, tout citoyen est orateur, tout citoyen est magistrat. Plaignons celui qui, consterné de l'étendue des maux, les croit inguérissables ; mais maudissons l'homme insouciant qui pense avoir trouvé le remède, et n'ose le publier. Fontenelle et surtout Voltaire ontpeut-ètre regretté, tonte leur vie, de n'avoir pas combattu, dès l'origine, ce système désastreux qui fit le malheur de cinq cent mille familles. C'est parce que je n'ai pas les talents de ces hommes célèbres que j'ai dû enchérir sur leur courage. Il est des palmes pour le courage, comme pour le génie.
Mes espérances n'ont pas été entièrement déçues. Les provinces se sont préservées de la contagion. Un grand nombre d'hommes qui allaient céder au torrent, ont été con-