‹ Œuvres de MirabeauChapitre 161 sur 168 · Pages · texte numérisé non relu

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vaincus que l'agiotage est, de tous les jeux, le plus malhonnête, le plus inégal, pour quiconque ne professe pas l'indifférence absolue des moyens ; le plus capable d'engloutir en un moment, et sans retour, la fortune la mieux établie, de ruiner les familles, de détruire tout esprit public, de blaser sur toutes les jouissances, d'altérer tous les sentiments, de corrompre toute morale, de faire violer les engagements les plus sacrés, de dissoudre tous les liens sociaux.

A la vérité quelques banqueroutes ont signalé, ont suivi la dénonciation de l'agiotage; mais quand ce ne serait pas une grande et salutaire leçon que la chute de ces fortunes du jeu, de ces trésors d'un jour si soudainement acquis, si hâtivement dissipés; quand il ne serait pas profondément utile que l'événement eût rendu notoire à tous, incontestable pour tous, qu'au sein de l'agiotage, il n'est de profit que pour les usuriers qui prêtent aux joueurs, pour les courtiers qui ramassent l'argent des cartes, et pour les vils objets de la corruption qu'enfante, que nourrit, que soudoie, que multiplie l'ivresse d'un gain subit; ces banqueroutes n'en ont-elles donc pas prévenu de plus affligeantes? Lorsqu'une fois l'ordre social est troublé, quelle autre qu'une main divine pourrait remettre tranquillement à leur place leshommes et les choses? Je ne suis donc pas plus coupable de ces banqueroutes, quoique je les aie prédites, qu'humilié de n'avoir pu convertir un seul agioteur.

Il ne faut qu'un peu d'expérience et beaucoup de philanthropie pour exercer avec succès la médecine préventive. S'agit-il de guérir une maladie invétérée, c'est quelquefois le triomphe, mais plus souvent le désespoir de l'art.

Dans mes premiers travaux contre l'agiotage, il fallait, pour effrayer par l'exemple, buriner le nom des coupables. Il n'en est plus de même aujourd'hui. Les odieuses suites de la démence que je poursuis, sont concentrées dans la capitale; et puisqu'il m'est complètement impossible de corriger les agioteurs de profession, je ne crois plus nécessaire de les nommer. Pourquoi faire le mal même le plus léger à des fous, sans l'espoir de leur être utile? Mais, en épargnant les personnes, je dois dévoiler les choses; en tai-

sant le nom des conspirateurs, je dois éventer leurs complots, je dois poursuivre l'agiotage dans ses derniers retranchements, en dénonçant à l'opinion publique une compagnie avide et exclusive *, dont l'aveugle intolérance attaque, dès son berceau, une association" utile, amie de la concurrence et modérée dans ses prétentions.

Le chapitre VIII contient une déclaration politique de Mirabeau qui est capitale. Il écrivait au major Mauvillon : <( J'ai toujours cru qu'entre le Roi et le parlement, il y avait un pauvre petit parti obscur, appelé la nation, dont les gens de bon sens et de bonne foi devaient être. Mais, mon ami, ce (ue je pourrais dire de plus fort à cet égard ne saurait être lussi décisif que le chapitre VIII de la dénonciation de l'agiolage (c'était la Suite de la Dénonciation dont voulait parler Mirabeau) que je vous ai adressé, avec quelques autres brochures de moi, dans mon avant-dernier, si ce n'est dans mon dernier envoi. Vous y trouverez ma profession de foi précise, et si vous ne la trouvez pas indigne d'être traduite, vous me ferez plaisir de l'adresser au Journal de Berline »

Remède gihi&ral aux maux de CElal \ Lorsque dans un pays extrêmement riche par la nature,

1. La compagnie des assurances sur la vie, établie par arrêt du Conseil du 3 novembre 1787.

2. La Chambre d'accumulation projetée; mais non encore établie par arrêt du Conseil du 29 mars 1788.

3. Lettres du comte de Mirabeau, lettre du 21 août 1788. Dans une lettre précédente, Mirabeau avait écrit au major : « Vous saurez peut-être avant de recevoir cette lettre que nos Etats-Généraux sont convoqués pour le l*i" mai 1789. L'arrêt du Conseil est publié d'hier. C'est un pas d'un siècle que la nation a fait en 24 heures. Ah ! mon ami, vous verrez quelle nation ce sera que celle-ci, le jour où elle sera constituée; ce jour-là le talent sera aussi une puissance. J'espère qu'à cette époque vous entendrez parler favorablement de votre ami. Remarquez ma profession de foi dans le 8« chapitre de la suite de la dénonciation de l'agiotage que je vous fais passer avec d'autres brochures (11 août 1788.)

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