‹ Œuvres de MirabeauChapitre 165 sur 168 · A LONDRES · texte numérisé non relu

A LONDRES

M. Dcc. Lxxxvix, in-8, p. 3-61.

2. Théorie de la royauté, d'après la doctrine de Milton, 1789, in-8o, p. j-xxvir.j. 1-96. Sans signature.

Avec la collaboration de Servao, d'après Dumont {Souvenirs, chap. x, p. 172). L'édition fut en partie détruite. Dumont écrit que la Théorie de la Royauté portait le nom de Mirabeau; c'est un des nombreux exemples des inexactitudes de ses Souvenirs.

Correspondance entre M. C... (Cerutti) et le comte de Mirabeau

a. Le titre de ce morceau très singulier, où j'ai suivi de beaucoup plus près mon Auteur que ne voudront le croire ceux qui ne consulteront pas l'original, et où j'ai plutôt retranché qu'ajouté : ce titre est : Areopagitica : A speech for the liberfy of unlicens d printing , to the Parliawent of England.

bl4 œUVRES DE MIRABEAU

Sur la liberté de la Presse, traduit et adapté de Milton, résumait ses idées sur le droit que tous les hommes ont de publier leur pensée, sans autorisation et sans contrainte, ce qu'il n'avait cessé de défendre dans tous ses écrits depuis YEssai sur le despotisme.

C'est au moment où le Roi invite tous les Français à Téclairer sur la manière la plus juste et la plus sage de convoquer la Nation : c'est au moment où il augmente son Conseil de cent quarante-trois Notables appelés de toutes les classes, de toutes les parties du royaume, pour mieux connaître le vœu et l'opinion publique : c'est au moment où la nécessité des affaires, la méfiance de tous les Corps, de tous les ordres, de toutes les provinces; la diversité des principes, des avis, des prétentions, provoque impérieusement le concours des lumières et le contrôle universel ; c'est dans ce moment que, par la plus scandaleuse des inconséquences, on poursuit au nom du Monarque, la liberté de la Presse, plus sévèrement, avec une inquisition plus active, plus cauteleuse, que ne l'a jarnais osé le despotisme ministériel le plus effréné.

Le Roi demande des recherches et des éclaircissements sur la constitution des Etats-Généraux, et sur le mode de leur convocation, aux assemblées provinciales, aux villes, aux communautés, aux corps, aux savants, aux gens de

sur le rapport de M. Necker et sur Varrêlé du Conseil du $9 décembre {1788} qui continue pour six mois force de monnaie au papier fie la Caisse d Escompte, 1789, in-8o, p. 54.

On a attribué une part de collaboration à Mirabeau dans deux recueils : La (ialerie des États généraux, 2 vol., in-S», 1789, et La Galerie des Dames françaises pour servir de suite à la Galerie des États généraux (3^ partie), par le même auteur. Londres, 1790.

C'était une série de portraits rédigés par Luchet et Choderlos de Laclos. On donne comme étant de Mirabeau les portraits de M'^e (iu Barry sous le nom d'Elmire (Voir Mémoires de Brissol, t. 1er, p. 262, et t. II, p. 321), de Necker, sous celui de Narsés, et le sien propre sous le nom d'Iramba {La Révolution française, année 1881, t. I", p. 788, Aulard).

M. Emile Dard restitue le portrait de M'^e du Barry à Ch. de Laclos {Le général Choderlos de Laclos, p. 156).

SUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE Sm

lettres : et ses Ministres arrêtent l'ouvrage posthume d'un des publicistes les plus réputés de la Nation! Et soudain la police, convaincue de sa propre impuissance pour empêcher la circulation d'un Livre, effrayée des réclamations qu'un coup d'autorité si extravagant peut exciter; la police, qui n'influe jamais que par l'action et la réaction de la corruption, paie les exemplaires saisis, vend le droit de contrefaire, de publier ce qu'elle vient de proscrire, et ne voit •dans ce honteux trafic de tyrannie et de tolérance, que le lucre du privilège exclusif d'un jour!

Le Roi a donné des assemblées à la plupart de ses Provinces, et le précis des procès-verbaux de ces assemblées, ouvrage indispensable, pour en saisir l'ensemble^, et pour «n mettre les résultats à la portée de tous les Citoyens, ce précis, d'abord permis, puis suspendu, puis arrêté \ ne peut franchir les barrières dont la police, à î'envi de la fiscalité, hérisse chaque province du royaume, où l'on semble vouloir mettre en quarantaine tous les livres pour les purifier delà vérité.

Le Roi, par cela même qu'il a consulté tout le monde, a implicitement accordé la liberté de la presse : et l'on redouble toutes les gênes de la presse !

Le Roi veut connaître le vœu de son peuple : et Ion étouffe, avec la plus âpre vigilance, les écrits qui peuvent le manifester!

Le Roi veut réunir les esprits et les cœurs : et la plus odieuse des tyrannies, celle qui prétend asservir la pensée, aigrit tous les esprits, indigne tous les cœurs!

Le Roi veut appeler les Français à élire librement des représentants, pour connaître avec lui l'état de la nation, et statuer les remèdes qu'il nécessite : et ses ministres font

1. C'est M. Levraut, imprimeur de Strasbourg, qui éprouve en ce moment cette iniquité. Cet artiste, recommandable par ses talents, et surtout par sa probité délicate, a, indépendamment de ses principes, trop à perdre pour rien hasarder dans son état. Il n'a donc imprimé ce très innocent Recueil, qu'après avoir rempli toutes les formalités qui lui sont prescrites, et il n'en souffre pas moins une prohibition absolue, et une perte considérable, (N. de M.)

tout ce qui est en eux pour que les Français ne s'entendent pas, pour que les mille divisions dont la nation inconstituée est viciée depuis plusieurs siècles, viennent se heurter sans point déraillement, sans moyen d'union et de concours, pour qu'en un mot l'Assemblée nationale soit une malheureuse agrégation de parties ennemies, dont les opérations incohérentes, fausses et désastreuses, nous rejettent, par la haine de l'anarchie, sous la ve^ge du despotisme; et non un Corps de frères, dirigés par un intérêt commun, animés de principes semblables, pénétrés du même vœu, qui fasse naître un esprit public fondé sur l'amour et le respect des lois!

Certes, ils commettent un grand attentat ceux qui, dans la situation où la France se trouve plongée, arrêtent l'expansion des lumières. Ils éloignent, ils reculent, ils font avorter autant qu'il est en eux le bien public, l'esprit public, la concorde publique. Ils n'essaient d'aveugler que parce qu'ils ne peuvent convaincre ; ils ne s'humanisent à séduire que parce qu'ils ne peuvent pas corrompre ; ils ne songent à corrompre que parce qu'ils ne sauraient plus intimider : ils voudraient paralyser, mettre aux fers, égorgertout ce qu'ils ne pourraient intimider, corrompre ni séduire: ils craignent l'œil du peuple, ils veulent tromper le prince; ce sont les ennemis du prince, ce sont les ennemis du peuple'.

Mais les ennemis du prince et ceux du peuple n'osent ourdir leurs machinations, et tramer leurs complots, que parce qu'il existe des préjugés qui leur donnent des auxiliaires parmi ceux-là mêmes qui ne sontpas leurs complices. Tel est le plus fatal inconvénient de la gêne de la presse, de rendre, par l'ignorance ou par l'erreur, des cœurs purs, (les hommes timorés, les satellites du despotisme en même temps qu'ils en sont les victimes.

Et, par exemple, une foule d'honnêtes gens, oubliant que le sort des hommes est d'avoir à choisir entre les inconvé-

1. Cet alinéa est presque litléralement dans les questions à examiner avant l'assemblée des États-généraux^ par M. le marquis de Gasaux, penseur profond , et excellent citoyen dumonde. (N. de M .)

nients, seraient sincèrement alarmés de la liberté de la presse, grâce à la prévention qu'on a su leur donner contre les écrivains qui ont paru les apâtres intéressés de cette liberté, parce que quelquefois ils en ont abusé... La liberté de la presse enfante de mauvais livres, donc il faut la restreindre. Ceux qu'on appelle philosophes invoquent la liberté de la presse,' et souvent ils l'ont portée jusqu'à la licence, donc il faut se garder de leur doctrine... Tel est l'argument favori de ceux qu'on appelle les honnêtes gens, et dont en effet la morale privée, la probité de détail, est trèsesti/nable; mais qui, faute de généraliser leurs idées, et de saisir Lensemble du système social, sont vraiment de dangereux citoyens, et les plus funestes ennemis peut-être de l'amélioration des choses humaines.

C'est donc à eux surtout qu'il importe de s'adresser; et comme je leur suppose de la bonne foi, même avec leurs adversaires, j'ai cru 'qu'il serait utile de mettre sous leurs yeux une réfutation de leur argument, poursuivi dans toutes ses conséquences morales, par un homme, au moins dans cette matière, très imbu de leurs principes. Il écrivait il y a cent cinquante ans. dans un siècle tout relisiieux, où, bien que l'on commençât à discuter les grands intérêts de cette vie, en concurrence avec ceux de l'autre, les raisons théologiques étaient de beaucoup les plus efficaces. On n'a point accusé cet homme d'être un philosophe : et si, dans quelques-uns de ses écrits, Milton s'est montré républicain violent, il n'est dans celui-ci, où il s'adresse à la législature de la Grande-Bretagne, qu'un paisible argumentaleur.

Je ne prétends pas, milords et messieurs, que l'église et le gouvernement n'aient intérêt à surveiller les livres aussi bien que les hommes, afin, s'ils sont coupables, d'exercer sur eux la même justice que sur des malfaiteurs; car un livre n'est point une chose absolument inanimée. Il est doué d'une vie active comme l'àme qui le produit; il conserve même cette prérogative de l'intelligence vivante qui lui a donné le jour. Je regarde donc les livres, comme des êtres aussi vivants et aussi féconds que les dents du serpent de la fable; et j'avouerai que, semés dans le monde, le hasard

peut faire qu'ils y produisent des hommes armés. Mais je soutiens que Texistenced'un bon livre ne doit pas plus être compromise que celle d'un bon citoyen ; l'une est aussi respectable que l'autre; et Ton doit également craindre d'y attenter. Tuer un homme, c'est détruire une créature raisonnable, mais étouffer un bon livre, c'est tuer la raison elle-même. Quantité dhommes n'ont qu'une vie purement végétative, et pèsent inutilement sur la terre; mais un livre est l'essence pure et précieuse d'un esprit supérieur, c'est une sorte de préparation que le génie donne à son àme, afin qu'elle puisse lui survivre. La perte de la vie, quoique irréparable, peut quelquefois n'être pas un grand mal; mais il est possible qu'une vérité qu'on aura rejetée, ne se représente plus dans la suite des temps, et que sa perte entraîne le malheur des nations.

Soyons donc circonspects dans nos persécutions contre les travaux des hommes publics. Examinons si nous avons le droit dattenter à leur vie intellectuelle dans les livres qui en sont les dépositaires ; car c'est une espèce d'homicide, quelquefois un martyre, et toujours un vrai massacre, si la proscription s'étend sur la liberté de la presse en général'.

De la page 11 à la page 23, étude historique de la censure chez les divers gouvernements, jusqu'à Tlnquisition.

Mais laissant là l'érudition, les autorités, les exemples, et remontant à la nature des choses, je dirai : lorsque Dieu permit à l'homme d'user modérément de toutes les productions de la nature, il voulut aussi que l'esprit jouît du même privilège, et, quoique la tempérance soit une des plus grandes vertus, Dieu la recommanda simplement aux hommes, sans rien prescrire de particulier à cet égard, afin que chaque individu put la pratiquer à sa manière.

Le bien et le mal ne croissent point séparément dans le champ fécond de la vie ; ils germent l'un à côté de l'autre,

i. Paojes 3-11.

et entrelacent leurs branches d'une manière inextricable. La connaissance de l'un est' donc nécessairement liée à celle de l'autre. Renfermés sous l'enveloppe de la pomme dans laquelle mordit notre premier père, ils s'en échappèrent au même instant ; et, tels que deux jumeaux, ils entrèrent à la fois dans le monde. Peut-être même, dans l'état où nous sommes, ne pouvons-nous parvenir au bien que par la connaissance du mal, car, comment choisirat-on la sagesse? comment Tinnocence pourra-t-elle se préserver des atteintes du vice, si elle n'en a pas quelque idée ? et puisqu'il faut absolument observer la marche des vicieux pour se conduire sagement dans le monde, puisqu'il faut aussi démêler l'erreur pour arriver à la vérité, est-il une méthode moins dangereuse de parvenir à ce but. que celle d'écouter et de lire toutes sortes de traités et de paisonnements? avantage qu'on ne peut se procurer qu'en lisant indistinctement toutes sortes de livres.

Craindra-t-on qu'avec cette liberté indéfinie l'esprit ne soit bientôt infecté du venin de l'erreur?

Il faudrait, par la même considération, anéantir toutes les connaissances humaines, ne plus disputer sur aucune doctrine, sur aucun point de religion, et supprimer même les livres sacrés ; car souvent on y trouve des blasphèmes ; les plaisirs charnels des méchants y sont décrits sans beaucoup de ménagements , les hommes les plus saints y murmurent quelquefois contre la Providence, à la manière d'Epicure ; il s y rencontre une foule de passages ambigus et susceptibles d'être mal interprétés par des lecteurs vulgaires. Personne n'ignore que c'est à cause de toutes ces raisons que les papistes ont mis la Bible au premier rang des livres prohibés.

Nous serions également obligés de défendre la lecture des anciens pères de l'Église, tels que Clément d'Alexandrie et Eusèbe, qui, dans son livre, nous transmet une foule d'obscénités païennes, pour nous préparer à recevoir l'Evangile. Qui ne sait point qu'Irénée, Epiphane, Jérôme, etc., dévoilent encore plus d'hérésies qu'ils n'en réfutent ; que souvent ils confondent l'hérésie avec l'opi-

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iiion orthodoxe ? Et qu'on ne dise pas qu'il faut faire grâce aux auteurs de l'antiquité, parce qu'ils ont écrit dans un langage qu'on ne parle plus, puisqu'ils sont journellement lus et médités par des gens, qui peuvent en répandre le venin dans les sociétés, et même à la cour des princes dont ils font les délices ; des gens peut-être, tels que Pétrone, que Néron appelait son arbitre, et qui avait l'intendance des plaisirs nocturnes de cet empereur ; ou tels que TArétin, ce fameux impudique qu'on redoutait, et qui, cependant, était cher à tous les courtisans de l'Italie; je ne nommerai point, par respect pour sa postérité, celui que Henri YIII appelait, en plaisantant, son vicaire de Venfer\

Si donc il est démontré que les livres qui paraissent influer le plus sur nos mœurs et sur nos opinions, ne peuvent être supprimés sans entraîner la chute des connaissances humaines, et que lors même qu'on parviendrait à les soustraire tous, les mœurs ne laisseraient pas de se corrompre par une infinité d'autres voies qu'il est impossible de fermer; enfin si, malgré les livres, il faut encore l'enseignement pour propager les mauvaises doctrines, ce qui pourrait avoir tout aussi bien lieu, quoiqu'ils fussent prohibés, on sera forcé de conclure qu'envisagé sous ce point de vue, le système insidieux des approbations est du moins parfaitement inutile ; et ceux qui le mettent en pratique dans un sincère espoir d'élever une barrière contre le mal, on pourrait les comparer à ce bon homme qui croyait retenir les corneilles en fermant la porte de son parc".

Démonstration de Tinutilité de la censure et développement de cette proposition : « Si la censure est appliquée aux livres, il faudra l'appliquer à toutes les actions de la vie », ce qui est impossible et absurde (p. 27 à 39).

Un homme qui écrit appelle toute sa raison à son secours. Après avoir pris tous les renseignements possibles

1. Cromwell, uq des ancêtres du Protecteur par les femmes. (N. de M.)

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