homines ad servitutern paratos! (Tacite
2 Ghailemagne fut le premier qm employa ces mots : GraUa Dei rex ; il eût été noble, juste et digne de ce grand homme d'ajouter, et consensu populorum.
3. Le céièbie Canut, \c plus puissant prince de son temps, se laissa mouiller par les vagues de la mer, aux yeux des flatteurs qui vantaient sa puissance illimitée : belle Itçon pour l'orgueil des humains.
ESSAI SUR LE DESPOTISMlil 29
car aucun homme ne voudrait être opprimé; et si l'on tire un droit de la force, un autre plus fort pourra toujours revendiquer le même droit.
Que le citoyen peut et doit défendre sa liberté avec courage et opiniâtreté; que celui même qui la défendrait avec frénésie, ne serait pas plus coupable que celui qui se précipiterait avec rage sur le ravisseur de sa femme et de ses enfants, sur l'assassin qui en voudrait à sa vie ; car l'une et l'autre défense sont pour lui les plus sacrés des devoirs. Que l'homme n'a pas le droit d'apprécier pour un autre homme le prix de la liberté ou le poids de la servitude'.
Mais qu'il doit toujours assistance à son semblable, pour recouvrer celle-là et briser celle ci ; car son intérêt et la nature lui en imposent également le devoir.
Que celui qui regarde avec inditïérence l'intérêt général de la société, renonce à la protection de la société. Que celui qui n'aide pas ses semblables renonce à en être aidé, qu'il s'isole au milieu du monde.
Que les houmies ne doivent plus reconnaître'' une puissance qui ne les nourrit fias, et qu'ils doivent par conséquent renverser la puissance qui les pille et les opprime. Dans les contrées infortunées où s'exerce une telle autorité, on défend sous des peines afflictives, la poursuite des sangliers qui ravagent les moissons. Le gouvernement est en effet trop ressemblant à ces animaux voraces et destructeurs, pour ne pas les prendre sous sa sauvegarde \
1. Nous craignions la mort et l'exil, disait Gicéron, « et combien donc deoons-nous redouter lu servitude, le pire de tous les maux qui affligent l'humanité. » Mortem et i^jectionem quasi majora tnnemus quœ ntulto sunt ininora.
2. Les Chinois, dit l'auteur de l'histoire politique et philosophique du commerce des deux Indes, ne reconnaissent plus une /niissance qui ne les nourrit pas.
3. Suu> Guillaume-le-Conquérant, qui dépeuplait de vastes territoires pour planter des forêts, on crevait les yeux à quiconque tuait un sanglier, un cerf, ou même un lièvre, dans le même temps où l'on payait une ameude modérée pour le meurtre d'un homme. {'Voyez M. Hume.) Louis XI aimait passionnément la chasse, il la défendit. Tous nos règlements barbares de chasse ont été faits par des tyrans.
Que le despotisme qui s'est introduit généralement dans presque toutes nos constitutions européennes a dénaturé toutes les langues, toutes les idées, tous les sentiments même.
Que l'intérêt personnel, devenu le mobile et le juge de toutes les actions humaines, a reculé sans cesse les bornes de l'autorité, pour recevoir le prix de ses ménagements.
Que pour pallier à leurs propres yeux leur faiblesse et leur lâcheté, les esclaves ont multiplié continuellement les acceptions, et augmenté la force des mots, devoir, obéissance, soumission-^ mais que ces mots sont abusifs et ne renferment aucun sens, lorsqu'ils ne sont pas le résultat des principes dont la connaissance des droits de l'homme est la base.
Que les prêtres, dans tous les âges du monde, partisans et fauteurs du despotisme, caractère distinctif de leurs prétentions et de leur esprit, soutiennent en vain le dogme de V obéissance passive; mensonge stupide, fausseté monstrueuse, imputée à Dieu, attribuée à l'Écriture.
Que de tels principes sont une injure faite à la Divinité et qu'un tyran ne saurait être Voint du Seigneur.
Que la religion chrétienne enseigne une morale absolument contraire*. « Les grands, disait un de ses plus respectables ministres à un redoutable despote, qui avait tant sacrifié d'hommes et de récoltes à sa gloire, « les grands (( ne doivent leur élévation qu'aux besoins publics; et loin '( que les peuples soient faits pour eux, ils ne sont eux- ( mêmes tout ce qu'ils sont que pour les peuples. Quelle ( affreuse Providence, si toute la multitude des hommes < n'était placée sur la terre que pour servir aux plaisirs c d'un petit nombre d'heureux qui l'habitent... Ils pero dent, ajoute-t-il, le droit et le titre qui les fait grands u dès quils ne veulent l'être que pour eux ».
Que toute autre morale est impie, car elle est inhumaine ; que tout autre langage part d'un lâche adulateur, ou d'un fanatique forcené.