‹ Œuvres de MirabeauChapitre 23 sur 168 · Paiientia servilis, dit Tacite · texte numérisé non relu

Paiientia servilis, dit Tacite

4. Auguste fut empoisonné par Livie sou épouse; Tibère fut étouffé par Macron son favori, pour frayer le chemin du trône à Caliqula, qui périt par la main des officiers de sa propre garde ; Agrippine empoisonna Claude son mari, Néron termina lui-uiénie sa vie; Galba périt aussi bien que Mlellius parla main des soldats; Othon enfin se poignarda lui-même.

L'Asie, en proie au fléau destructeur, nommé despotisme^ dont elle fut le berceau, nous offre le théâtre des révolutions les plus fréquentes et les plus sanglantes.

On compte les tyrans qui sont morts dans leur lit d'une mort naturelle.

L'injustice en un mot^ a bit^n souvent détrôné des souverains^ mais elle n'a jamais affermi les trônes*^. »

0 rois, qui vieillissez dans une longue enfance ; vous, que la facilité, plus que l'intérêt, mène à la tyrannie, tremblez : que votre propre intérêt, votre plus chère idole, dessille vos yeux, et réveille en vous la crainte prudent-^ et les remords effrayants. Les mains du fanatisme attentèrent sur les princes les plus chéris et les plus dignes de Têtre. Quel despote osera dévaster ses États sans crainte ! Quel tyran peut espérer d'opprimer impunément vingt millions d'hommes!

Le citoyen honnête, à qui l'amour de la liberté donne le courage d'écrire et de publier cet ouvrage, aussi estimable pour les principes que faible par son exécution ; le citoyen honnête, qui ose se plaindre à vous de vous, abhorre les assassins, et se précipiterait au-devant de l'esclave forcené, qui lèverait une main criminelle sur votre sein.

Mais ce même citoyen serait aussi le premier à repousser vos cohortes mercenaires, et crierait à ses compatriotes :

Le monarque n'est respectable qu'alors qu'il est le père,, le défenseur, l'organe de la patrie, pour l'avantage de laquelle il fut élevé.

Le devoir, l'intérêt- et l'honneur ordonnent de résister à

1. Massillon. Sur les obstacles que la vérité trouve dans le cœur des grands. (Petit Carême.)

2. 11 existe en Angleterre une loi obtenue par la Chambre des communes, sous le règne de Tusu-pateur Henri IV, par laquelle il est porté qu'aucun juge, convaincu d'avoir prévariqué dans ses fonctions, ne pourrait être excusé sur Tallégilion justificative d'un ordre et même d'une menace du roi, quand il aurait risqué sa vie en y résistant. (Voyez M. Hume, Hist. de Phinlagenet.)

Cette loi, belle et sage dans ses dispositions, est, dans tous les sens et tous les cas possibles, conforme à l'exacte équité; car celui qui ne se sent pas la force de remplir un devoir, quelque risque qu'il court en s'en acquittant, ne doit pas se l'imposer. Les juges, dit l'Ecriture, ii exercent pas la justice de la part d'un

ses ordres arbitraires, et de lui arracher même le pouvoir dont l'abus peut entraîner la subversion de la liberté, s'il n'est point d'autres ressources pour la sauver.

Vous devez tout à l'observation des lois, et vous n'êtes tenu à V obéissance et au reS'iect que relativement à elles \

Oui, princes, vous êtes assez malheureux pour ne l'avoir jamais entendu ; mais il est temps de l'apprendre.

« Où la liberté perd ses droits, là se trouve la frontière de votre empire. »

Puissiez vous, en entendant ces vérités nouvelles, vous réveiller du profond assoupissement dans lequel vous êtes plongés, ranimer votre âme à la véritable gloire, je veux dire à celle de réparer ses fautes, et vous écrier : « Soulageons mon peuple ; relevons ma nation; il en est temps encore, car j'aperçois quelques traces de la liberté mourante ".

homme, mais de la part de r Éternel. Leur conscience est donc leur Ijremier souverain, et la justice leur unique devoir.

On conuait la vile sublilité du car.iinal de Birague, chancelier sous Henri III, qui s'excusait de ses lâches déFérences, sur ce qu'il iVélail pas chancelier de France mais chancelier du roi de France. Ainsi il préférait être le valet ou le satellite d'un mauvais prince, à remplir le devoir d'officier public, et de défenseur des droits des hommes et de la nation.

1. Ce principe est évident et doit servir de base à toute la science de la morale. La Majesté du souverain, dit la loi positive, ne s'explique jamais plus dignement que lorsqu'il reconnaît hautement que son pouvoir est borné par les lois. Se soumellre à leur empire, c'est quelque chose de plus grand que l'empire même. — Bigna vox est majestate regnantis, legibus alligalum se profîterî : nleo de auclori/ale juris noslra pendet aucioritas et rêvera majas mperio et submittere legibus principatunx, et quod licere nobis non

i>ati"iur, aliis indicare, disaient les empereurs Vaientiaien et Théo- .lose II dans leurs lois.

Phne disait à Trajan : « Tu nous gouvernes, et nous t'obéissons mais comme nous obéissons aux lois ». (Regimur quidem a te et subjecli tibi, sed quemadmodum legibus sumus.)

Trajan recevait ces principes comme l'éloge le plus Qatteur ; nos ministres d'aujourd'hui font brûler les livres qui les contiennent ■t enfermer leurs auteurs, quand ils les connaissent.

2. Manebant etiam tum vestigia morientis libertatis. (Tacite, Annales.) — Pages 282 à 306, fin.

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