‹ Œuvres de MirabeauChapitre 25 sur 168 · AUX AUTEURS DE LA « GAZETTE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

AUX AUTEURS DE LA « GAZETTE LITTÉRAIRE

'ai lu, messieurs, dans votre Gazette du mois de novembre, une récapitulation bien faite des nouvelles productions des littérateurs français. Cette notice judicieuse est d'autant plus intéressante qu'elle embrasse plusieurs ouvrages, dont il n'est pas permis de s'occuper dans un pays où les brigands publics font trop bien leurs affaires dans les ténèbres, pour souffrir (ju'on apporte impunément la lumière.

J'ai trouvé dans la lettre que je vous rappelle, Messieurs, un article qui m'intéresse beaucoup, parce (ju'il est relatil à l'ouvrage, ou plutôt à l'essai d'un jeune homme mon parent et mon ami, dont on s'efforce depuis longtemps d'étouffer les talents et l'existence.

Je crois, messieurs, pouvoir vous entretenir pendant queltpies moments du nom et du sort de l'auteur de V Essai sur le Des/'Ot'SJue:, i\ mérite quelque intérêt, jtuisqu'un bon ■critique a hasardé à son sujet des conjectures, et dit dr son livre : C'pst le plus fier ouvrage qui ait encore été écrit, sur celte matière'^ et ailleurs : Les injustices^ les vexations, les atrocités du ministère de Louis XV y sont peintes avec une plume de fer.

Certainement le despotisme est le plus grand malheur qui puisse affliger les hommes. Certainement, le règne d^ Louis XV tient sa place dans les fastes de la tyrannie. L'écrivain qui ose s'occuper de pareils objets mérite bien

1. Anecdote à ajouter au volumineuj: recueil des hippocrisies philosophiques (sigoé S. M.), Londres, 1777, petit in-8. Epigraphe : Veritas filia temporis, non auc'.oxifatis.

des hommes sans doute, surtout s'il parvient par l'énergie de ses pinceaux à augmenter la haine due aux despotes, et la mas-e de l'instruction, qui seule peut servir de digue coutie le despotisme. Sans doute un historien po?'/e avec lui un intprH bien /dus puissant quun moraliste^ par les faits dont découlent, où sont appuyées, les vérités hardies et utiles (fiCH y entremêle. Mais n'est-ce pas précisément parce que le travail du moraliste n'est point aidé d'un tel intérêt qu'il y a plus de mérite à réussir dans son genre? Ce genre est d'ailleurs infiniment plus utile ; car le développement des vérités philosophiques, qu'on n« peut placer dans une histoire, puisqu'il serait une digression choquante, est l'unique objet du moraliste, qui ameute au moins les opinions contre le despotisme et les despotes, harcèle leurs intâmes partisans, et les réduit au silence, ou à l'absurde; tandis que l'histoire ne profite qu'à ceux qui ont des principes avant de la lire, et n'est pour tous les autres qu'une stérile compilation; tandis que Tacite, c'està-dire le plus grand des historiens, offre autant de moyens et de ressources aux despotes que de raisons aux honnêtes gens pour abhorrer le despotisme. Je ne sais si les succès, dont on voit, dans l'histoire, le crime, les attentats publics, trop souvent couronnés, ne sont ])as dun exemple pernicieux. Les victoires de César ont plus excité d'usurpateurs que la mémoire des Cassius et des Brutus n'a produit de défenseurs de la liberté... Eh! que craindront les cupides ambitieux, qui vaudront se gorger du sang d'une nation, lorsqu'ils verront les Terray, les Maupeou, longtemps absolus, et toujours impunis!

Je reviens, Messieurs, à l'objet de cette lettre.

Les éloges donnés dans votre Gazette à l'auteur de VEssat sur le D^^spoiisme, sont d'autant plus flatteurs, que cet ouvrage est d'un jeune homme qui n'avait pas plus de vingttrois ans lorsqu'il l'écrivit en trois mois, dans l'enthousiasme de la haine du despotisme et de la persécutionsous laquelle on l'opprimait alors.

Ce jeune auteur est le comte de Mirabeau.

A ce nom, vous vous rappelez sans doute, Messieurs,

l'Ami dps Hommes, ta Théorie de Cimpôt, et quelques autres écrits patriotiques qui oui tait-pardouner au marquis de Mirabeau d'immenses volumes de rapsodies que M, de Lavraguais a appelés avec beaucoup de finesse et de vérité, rAi'OCALYPSK de l'Économie politique.

Vous vous rappelez encore, Messieurs, à propos du Philosoi lie économiste, le passage de voti;^ Gazelle relatif au jtrocès que cet auteur, autrefois célèbre, soulienl aujourd'hui contre sa femme*.

Il est de notoriété publique, grâce à ce procès, que VA^i'i des Hommes ne fut celui ni de sa femme ni de ses enfants; qu'il prêcha la vertu, la bienfaisance. I'Ohdhe et les mœurs ; tandis qu'il était à la fois le plus mauvais des maris, le plus dur et le plus dissipateur des pères.

Il est tout aussi vrai, xMessieurs, que ce défenseur zélé de la liberté des hommes, du respect dû aux propriétés, a invoqué le despotisme trente fois dans ss^ vie, et ne s'est servi de sou crédit que pour écraser tout ce qui lui déplaisait ou le gênait.

C'est ainsi que, non content d'avoir écarté de sa maison une épouse qui lui avait donné deux millions et dix enfants, de la retenir sinon dans la misère, au moins dans Télat le plus disproportionné à sa fortune et à son nom; il intentait encore à sa liberté, et lai imposait silence par d^s lettres de cachet réitérées, obtenues sur de faux prétextes, ou plutôt par un crédit puissant, dont le marquis de Mirabeau ne s'est jamais servi que pour de pareils usages.

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