Mirabeau avait pris le parti de sa mère contre son père
il écrivit et fit imprimer en HuJlande un faf^tum en fav- ui de
celle-là : Précis pour la marquise 'le Mirafieau. D'autre pnrt, la
mari|nise publia un mémoire de son fils contre son man pendant
que Mirabeau était à Amsterdam : Mémoire à consul e et co"Sa/-
fations pour M. le co'nte de Mirabeau, interd'l, ro"tre iVessire
Victor de Riquetti, son père et curateur à son interdiction. Paris,
V de l'imprimerie de Granj^é, rue de 1h Parcheminerie, in-4''. — Ce
Jt mémoire écrit par Mirabeau, au commencement de 1776 r.nte-
Br nait des lettres et des mémoires à M. de Malesherbe- et des rcm-
B sultations des avocats de Bévière et Grouber de Groubentall datées
Celte discussion n'est ni de votre ressort, ni du mien^ Messieurs : les tribunaux en retentissent; je ne prétends que vous donner quelques anecdotes sur l'auteur de VEssai sur le Despofisme, fils du despotique Ami des Bonimes^ et sur son ouvrage.
Le comte de Mirabeau, né avec un feu héréditaire dans sa famille, et un amour opiniâtre et profond pour tonte espèce de travail littéraire, avait éprouvé tout ce qu'il fallait pour arrêter et détruire sa curiosité.
Elevé par un éducateur, homme de mérite, mais absolument gêné dans son plan d'éducation, le jeune comte sortit à quinze ans des mains de son gouverneur, sachant mal le latin, n'ayant lu que des livres classiques, et n'ayant pas la permission de produire une idée, ni de donner l'éveil à son imagination par des lectures de son choix. Ëcrasé sous le faix de la morosité paternelle, privé de toute ressource pécuniaire, qui put lui procurer desinstructions, déjà loin de ses foyers domestiques, où il eût trouvé une bibliothèque considérable, quoique composée sans connaissances bibliographiques et sans ordre, il empruntait toutes sortes de livres, les lisait sans méthode et sans autre objet que celui d'assouvir son insatiable soif de savoir. C'était assurément le chemin le plus long qu'il était obligé de tenir. Jeté dans une pension à l'âge auquel on en fait sortir les jeunes gens, il y apprit les mathématiques, et y réussit; étudia superficiellement quelques langues; et enfin sut mettre à profit l'inconcevable bizarrerie de son père, en acquérant quelques connaissances éparses et isolées.
Dépourvu de conseil et de guide, il écrivait; c'était un arbre jeune et vigoureux, qui, tourmenté de sa sève, produisait mille branches gourmandes, qu'un habile jardinier eût élaguées, en veillant avec soin et dirigeant la végétation.
Alors on imprima quelques bagatelles du comte de Mirabeau*. Les journaux applaudirent; sans doute ils voulaient
1. Un éloge du grand Condé, composé pour ime fête publique; quelques pièces de vers, etc. — {\ote de l'éditioti Le Jay.)
ANECDOTE 4i
onoourager un jpiine homme : ils seraient excusables d'avoir cette indulgence, s'ils n'avaient jamais que celle-là.
Enfin, à pins de dix-sept ans. on tire le comte de Mirabeau de la poussière des classes et on le place au service. Vous savez, messieurs, quelle est la vie des garnisons. Un jeune officier, assez tourmenté de son talent, ou de l'envie d'en acquérir, pour échapper à la vie oisive et futile que l'on y mène, et se vouer au travail, est l'objet des jjlaisanteries de ses camarades. Je sais que ce préjugé, reste d'une barbarie dont nous avons été longtemps entachés, se dissipe; mais il n'est pas dissipé. Cependant le comte de Mirabeau lutta contre lui; il brisa ses entraves, et travailla, mais toujours sans méthode ni objet déterminé.
Un irrési-^tible séducteur (Pamourj vint lui donner de [luissanles distractions, et bientôt absorba son esprit et son C(cur. Le mar^iuis de Mirabeau, qui s'embarrassait ai^sezpeu que son fils lui studieux, ne trouva pas bon qu'il lut sensible, et l'envoya -prisonnier à l'île de Ré.
C'est là la première injustice, qui fit penser au comte de Mirabeau, qu'il dait un féroct^ despotisme, fléau de l'espèce humaine, et bourreau des individus.
Le b)pn faisan >t sensible (uni des hommes projetait alors denvoyer son (ils au.\ colonies hollandaises, réceptacle de scélérats, d'où l'on revient rarement. Quelques amis apaisèrent cette sainte colère, et lui représentèrent qu'égorger .>on fils serait un acte moins barbare; que do tels excès, pour punir un j. une homme amoureux, pourraient paraître à ceux qui ne rni^îirdent pas l'amour comme un crime, une atroce sévérité. Le marquis de Mirabeau se laissa convaincre et envoya son Ii!s en Corse.
Ce jeune ollirier, occupé d'objets purement militaires, perdit de vue d(^s idées trop sombres pour la jeunesse, cet âge heureux des illusions, qui se console de tout par la mobilité et l'exhême variété de ses sentiments et de ses sensations.
La campagn<' finie, le comte de Mirabeau aperçoit partout les traces «les dévastations génoises, les vestiges de leurs crimes; et à ce signalement du despotisme, il recon-
naît son ennemi. Son cœur palpitant d'indignation, ne peut se contenir; son imagination, jiressée dMdées, déborde. Il écrit, il trace un tableau rapide des malheurs des Corses et des forfaits génois. Ce travail a élé soustrait par son père; il était tr<'S incorrect sans doute, mais rempli de chaleur, de vérité, de vues et de faits bien observés dans un pays dont on n'a pas donné une notion exacte, parce que de mercenaires écrivains ^ ou de fanatiques enthousiastes ' ont seuls entrepris d'en parler.
Le jeune comte revient en France; un oncle respectable, qui n'a de défaut que d'être soumis au despotisme fraternel, négocie le raccommodement du père et du fils. Le marquis de Mirabeau subjugé, passe d'un excès à Tautre, accorde toute confiance à son fils, lui donne une procuration générale, et renchaîne à la poursuite d'affaires litigieuses. Il n'eut pas lieu de s'en repentir. Novice dans un tel exercice, son fils s'applique avec zèle et succès à de si fastidieuses occupaiions. En 1771, il revint à Paris.
Loin de trouver des encouragements chez son père, il y fut très gêné, même pour le travail. C'est alors qu'oppressé de la vérilé, il disait au marquis de Mirabeau : « Mais, mon père, quand vous n'auriez que de lamour-propre, mes succès seraient encore les vôtres ».
Son séjour dans cette ville immense fut de peu de durée; il y fut trop inspecté, et d'ailleurs distrait par trop de devoirs et doccupations de toute espèce, pour rechercher et cultiver aucun homme de lettres en état de le former. Soyez Irboureur, lui disait son père. Assurément le comte de Mirabeau estime celte classe d'hommes, et regarde le soc de la charrue comme la base du trône ; mais il ne croyait pas que son père, qui sest érigé en législateur des rois et des agricoles, et ne sait pas distinguer un grain de seigle d'un grain de froment, eût bonne grâce de prêcher de tels principes à son fils. Celui-ci pensait que les compilateurs agronomes n'étaient guère bons qu'à faire gagner de