‹ Œuvres de MirabeauChapitre 27 sur 168 · Les Boswel. — [Ihid · texte numérisé non relu

Les Boswel. — [Ihid

largent aux papetiers; que les Bufîon, les Morveau, les Macquer, en un mot, les physiciens et les chimistes, étaient seuls en (Mat de reculer les bornes de !a théorie de l'agriculture; qu'il était plus nécessaire d'encourager les agriculteurs, que de les enseigner par des rêveries de beaux diseurs, et qu'on jjeut très bien semer et recueillir d'utiles moissons sans connaître comment la sève se filtre et se distribue dans les plantes, pourvu qu'on puisse recnf^iHiret seiwr en paix. Le contrôleur général est le premier, ou plutôt le seul agronome. Le comte de Mirabeau croyait enfin qu'il fallait suivre l'impulsion de son talent, que tout homme qui n'était pas forcé de gagner sa vie, n'était pas obligé de circonscrire ses études, et que le génie même ne prend point un grand essor dans aucun genre, sans avoir fait des excursions dans tous les autres.

Les travaux des économistes étaient les seuls auxquels il lui fut permis de coopérer: mais ce despotisme même qui lui prescrivait exclusivement cet objet d'étude l'en dégoûtait; d'ailleurs cette terminaison iste lui déplut toujours. Il n'était pas dans ses principes de porter la livrée d'une secte fpielconque. Le Pathos pédantesque sous lequel on travestissait un petit nombre de vérités utiles, le rebutait encore. L'esprit enthousiaste, et cependant hérissé de rudesse de quelques-uns des sectaires, ne contribuait pas peu à l'en éloigner; il n'entendait pas pourquoi l'on appelait les immenses commentaires de quelques principes, aussi simples que vrais, la scikxce*.

Pourquoi celui (jui peut-être avait fait des calculs utiles, mais qui ne serait point connu, s'il n'eût jamais produit que le tableau économique, était appelé le C'-NFrcn s de l'Europe-? Le comte de Mirabeau ne comprenait pas ce qu'il y avait de commun entre un philosophe législateur; qui, depuis plus de vingt siècles, est l'objet de la vénéra-

1. Mot sacré des écoDomistes par lequel ils désignent leur doctrine. — {Noie de Mirabeau.]

2. Epithète constamment donnée parles économistes au docteur Quesnay, qu'ils appellent encore le Maître. — {Ibid.)

44 OEUVRES [DE MIIUBEAU

lion et du culte d'un peuple immense, comme il en est le bienfaiteur par sa morale, et un habile chirurgien français, grand physicien, grand métaphysicien, si l'on veut même, irrand politique; m.ais qui, pour avoir montré une dialectique profonde, une étonnante sagacité dans plusieurs sciences, n'aura point d'autels élevés à sa mémoire, ni de sacrifices offerts sur son tombeau. Le comte de Mirabeau sïndignait surtout de ce que les nouveaux philosophes, pour se singulariser, créaient des expressions, ou employaient des moyens très équivoques. L'un d'eux par exemple avait destiné un livre bien épais, bien lourd, bien obscur, bien difficilement fait sous la dictée du maître, à consacrer le despotisme légal'. L'on ne saurait trop se méfier, surtout en politique, des expressions douteuses. Elles doivent être sévèrement proscrites. Tout ce qui intéresse les hommes ne peut être trop clairement énoncé. Il est d'ailleurs de devoir étroit de s'expliquer sans ambiguïté. Les mots vagues et indéterminés ont fait bien du mal aux peuples. Quelles manœuvres n'ont pas été voilées» par exemple, sous le nom de secrets d'Etat! Les jours oui Ion croyait à la nécessité d'une politique mystérieuse, d'un jargon hiéroglyphique, qui ne cachait le plus souvent qu'une vaniteuse ignorance, ou de mauvaises intentions; ces jours sont passés sans retour; les hommes ne reconnaissent plus qu'un art politique (qui malheureusement n'est trop souvent qu'un secret), celui de les rendre heureux. Les Français ne doivent pas oublier surtout que le mot raison d'Etat a toujours été le ralliement, et le voile du despotisme sous lequel ils ont gémi. Au nombre des mots obscurs et dangereux, dont l'autorité sait faire son profit, il faut sans doute ranger ceux-ci Despotisme légal; il est certain que ces mots hurlent d'efjroi de se voir accouplés; qu'on peut tirer de cette union difforme les conséquences les plus bizarres; qu'en vain objecterait-on que despotisme

1. M de La Rivière, auteur de V Ordre naturel et essentiel des sociétés pol ligues, d'int chaque chapitre était un ttièoie fourni par M. Quesnay. — (/èirf.)

ne voulait dire dans l'anliquité que souveraineté; les mots n'ont de valeur que celle de leur acception moderne. L'épi- Ihète de sophhip fut très honorable autrefois : le nom de sophiste est devenu si méprisable, que cepx-là mêmes qui le mériteraient le mieux s'en défendent.

Les intrigues de certains économistes paraissaient encore Mil comte de Mirabeau une manœuvre fort répréhensible. Il croyait que le fanatisme en tout genre est mauvais et dangereux; que l'exagération nuit à la vérité, et que c'est i faire un grand mal aux hommes que de les dégoûter de la vérité II ne prévoyait pas, parce que cela n'était pas possible sous le régn«' de Louis XV, que la doctrine éconoiniquf approcherait jamais du trône; mais il a bien prévu depuis, lorsqu'il vil le grand, le sage, le courageux Turgot, qui chercha toujours la vérité où il espéra la trouver; qui ne fut jamais d'aucune secte; lorsqu'il le vit. dis-je, entouré d'économistes, il prévit que la précipitation, les imprudences et les indiscrétions de ceux-ci, ôteraient à la l'rance le seul ministre dont elle pût espérer sa régénération.

Tel était le point de vue sous lequel le comte de Mirabeau envisageait les nouveaux philosophes. Il refusa donc toute espèce d • contribution aux économistes, qui auraient tort voulu le faire passer pour leur élève.

C'était dans ce temps que les maux publics avaient atteint

leur dernier j)ériode. Les vengeances de M. de Maupeou^

les déprédations de l'abbé Terray frappaient tous les

citoyens; l'Etal ét;.it dans un péril qui croissait à chaque

instant. Quand l'abbé Terray avait pris le timon des finances,"

lu dépense excédait la recette de cinquante-six millions, et

les dettes étaient immenses, comme elles le seront toujours

en France, où il y a tant de ministres, de sous-ministres,

et d'avides demandeurs à assouvir. Le chef des finances ne

pensait pas sérieusement à rétablir la balance; il savait

I très bien que b's moyens violents qu'il mettait en œuvre

1 détruisaient toutes les ressources et ne réparaient rien,

I l)uisque les fantaisies du jour absorbaient le pillage delà

\ veille. Uniquement occupé à augmenter son crédit, il ver-

Ui OKU VUES DE MIRABEAi:

sait avec profusion l'or autour de la favorite et de ses créatures Il sacrifiait tout à ses vues : la nomenclature fiscale s'enrichissait sous le règne de cet infatigable exacleur. Son impéniie égalait son avidité et sa mauvaise foi; tontes ses opérations étaient si gauches, qu'elles échouaient d'ellesmêmes, mais après avoir causé des maux incalculables. Cet administrateur sans principes, comme sans délicatesse et sans honneur, semblait un chevalierd'industrie qui s'évertue pour tromper tous ceux qui sont autour de lui. L'abbé Terray n'avait que l'effronterie d'un scélérat qui brave la honte : il n'en avait point les talents; tous les siens consistaient à prodiguer les adulations, les extorsions et les parjures; il faisait le mal avec un sang-froid que n'eurent jamais ni les Séjan, ni lesOlivarès; souple et intrigant à la cour, impassible, opiniâtre à la ville, dans les occasions ^épineus^s il redoublait de bassesse et de dureté; il luttait de méchanceté avec M. de Maupeou (car la méchanceté peut aussi avoir des rivaux : ce couple nous l'a montré), et le surpassait dans sa propre science. Cependant toute sa férocité ne multipliait que pour un instant, les ressources et les besoins renaissaient sans cesse.

Un lri(»on subalterne, dont les ancêtres étaient notoires, il y a eu deux cents ans, qui n"a ni grandes vues, ni audace, ni caractère, ni considération, regardé comme uu coquin par le roi, comme un mauvais sujet plus méprisable que dangereux par les magistrats, faisait ce que n'imaginèrent, ni le chancelier Duprat, ni le chancelier Poyet, ni le chancelier Eiislache,ni Bussy le Clerc, ni le duc de iMayenne, ni Isabelle de Bavière, ni Catherine de Médicis. Son opéraiinn^ dit l'auteur des Mémoires de l'abbé Terray, //reua^/ le fisc pvblic déplus de quai e-nmgts millions de C'piiaux et ût' plus de six millions d'av' érnges-^ on ne peut calculer ce que l'entretien de ses délateurs, de ses espions, de se*s apologistes daujourdhui ajoutait à cette masse.

C'est par de tels moyens que le règne de Louis XV devint, dans la main des Terray et des Maupeou, l'époque la plus désastreuse de la monarchie. Le désespoir était au comble. Le suicide s'introduisait dans la patrie de la gaieté,

AMiLDUlE 't'i

dos plaisirs. Quelques particuliers élevaient leur taible voix, et plaidaient la cause de la nation avec plus d'esprit que de force: on persiflait, on plaisantait, et la France était h deux doigts de sa perte.

Quel spectacle pour un homme ([ui, dans le premier feu de sa jeunesse, croit qu'il est impossible d'être le com|)lice des méchants, lorsqu'ils sont dévoilés ! espère que des raisons repousseront des coups d'autorité! étrange mécompte sans doute, dont il s'aperçut bientôt.

Cependant il affichait hautement les principes les plus lit^rs, le patriotisme le plus zélé. Son courage eût été une l-mérité bien dangereuse, si sa jeunesse n'eût été sa sauvegarde. Il ne craignait rien : il s'indignait de voir lous les ordres trembler ; la magistrature faiblir; le mililaire se vanter d'être le mercenaire, l'aveugle satellite du despote; les princes du sang perdre le temps en de vaines paroles, lorsque la chose publique croulait de toute part; la pusillanimité lui semblait dans de telles circonstances la plus vile des faiblesses, peut-être même un crime de /' ze-patiie. Le marquis de Mirabeau lui criait en vain: ^os jirres furent toujours rot/alisles; le jeune patriote sentait qu'un honnête homme ne pouvait être royaliste, lorsque toute la nation était du parti de Topposition.

Sur ces entrefaites le comte de Mirabeau part pour la Trovence, et porte dans ce pays, qui n'est pas assurément c.'lui de la liberté, puisque l'homme en place est toujours l'idole du jour, les mêmes principes, la môme audace. Il exhala sans ménagement son mépris pour ces vils siri/eurs de la magistrature, qui, après avoir dépouillé leurs conci-' toyens, osaient les juger sans savoir les lois. Ou ne peut dans un état, où tout rampe sous le despotisme, penser librement et mépriser la servitude, sans s'attirer des nuées d'ennuis: car tous les esclaves sont intéressés à repousser, ou tout au moins à haïr leur détracteur. Les plus modérés, ou ceux qui sont de meilleure foi, regardent comme un fol celui qui ose élever la voix pour défendre ou réclamer les droits de l'homme; car selon eux, il n'y a rien à gagner à se vouer à celte périlleuse fonction. Le comte

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lie Mirabeau eut donc bientôt un grand nombre d'ennemis.

L*ami des hommes était aussi Vintime ami des nouveaux juges. A Paris, silencieux et réservé, parce que d'un côté il ne voulait pas se faire honnir, et que de l'autre il craignait qu*on ne lui interdît les assemblées d'éroyiomislesl qu'il reçoit religieusement tous les mardis et auxquelles il promet modestement plus de célébrité que n'en obtint jamais le lycée d'Athènes; en Provence, bas flatteur de tout le tripot, parce qu'il avait besoin de ces dignes inamovibles, il voyait avec plaisir se former l'orage qui ne tarda pas à fondre sur son fils.

Il ne faut qu'avoir lu le livre du comte de Mirabeau pour juger si ses passions sont actives et brûlantes. Il fit des dettes: quel jeune homme n'en a pas fait! Le marquis de Mirabeau qui a mangé dans sa vie plusieurs millions, n'en regarde pas moins comme le plus énorme des forfaits toute autre dette que les siennes.

Le comte de Mirabeau qui connaissait le dérangement de son père, et savait que ce père philosophe n'avait pas cent pistoles de biens libres, qui voyait toutes les substitutions de sa maison et les plus grandes espérances réunies sur sa tète, ne croyait pas que des dettes fussent un crime impardonnable à vingt-deux ans, tandis qu'on peut à soixante être très obéré, et cependant estimé et considéré.

Cependant une lettre de cachet l'exile dans ses terres. Alors il eut le temps de réfléchir sur cette constitution, où l'on peut opprimer les citoyens, sans qu'ils aient le moindre moyen de réclamations ; or, celui qui a du crédit est à la fois le juge et la partie de celui qui n'en a pas ; où le nom du chef public institué pour défendre les propriétés et veillei' à la sûreté des individus, suffit pour retrancher un homm*^ de la société, et imposer silence aux lois.

Le comte de Mirabeau, dépouillé par son père (puisqu'une substitution n'est qu'un dépôt que celui-ci avait violé), poursuivi depuis son enfance par l'auteur de ses jours avec une haine implacable, se voyait desservi en tout et pour tout ; déchiré de calomnies, enlacé dans toute sorte de pièges, son âme fut aigrie de tant de malheurs.

ANEGDOTK 40

Il faut en convenir : jamais les maux politiques ne nous alTeclenl plus vivement que lorsque nous en ressentons les influences. Le comte de Mirabeau n'avait pas attendu, pour s'indigner contre le despotisme, qu'il en fût opprimé ; mais le loisir nécessité de sa retraite lui donna le projet et peutêtre le besoin de déposer sur le papier les idées et les sen timents dont il était surchargé. Alors, avec une rapidité qui n'a point d'exemple, il écrivit en moins de trois mois celle diatribe, intitulée par un autre que \m. Essai sur le despotisme. Je sais que la célérité n'est point un titre à l'indulgence, et (ju'il serait à désirer que tous les écrivains suivissent l'exemple de l'éloquent Rousseau qui a laissé si longtemps miàrir ses talents,, avant que de leur donner l'essor ; mais j'observerai que le comte de Mirabeau ne destinait point à l'impression un manuscrit informe qu'il iif regardait que comme un recueil d'idées, et auquel il n'a jamais mis la moindre prétention. Ses malheurs s'aggra- I valent; absorbé par l'étude, il patientait dans son exil par i délicatesse, pour ne pas plaider contre son père. I Un événement impossible à prévoir le jeta au milieu ! d'une nouvelle tempête; je ne me suis point proposé d'en- • trer dans le détail de ses afl'aires particulières, et je n'en *• rapporte que ce qui est nécessaire pour montrer qu'une oc- . casion trop juste lui mit la plume à la main pour écrire sur .le despotisme. 11 suffit donc de dire ici qu'un honnête et pacifique gentilhomme provençal' trouva juridiquement mauvais que le comte de Mirabeau l'eût militairement puni de ses insolences envers la marquise de X..., sœur du comte. Un procureur invoqué pour champion par M. de Villeneuve, dressa une requête, qu'il chargea tant qu'il put, parce que celui-là l'avaitprévenu qu'il ne se battrait qu'avec cette arme ; mais qu'il voulait se battre vigoureusement. Une procédure s'ensuivit donc de l'humeur de M. de Villeneuve. Il fut prouvé (jue le comte de Mirabeau avait quitté son exil pendant trois jours. Quelle plus belle occasion pour ï ami des hommes de vexer son fils! une lettre de cachet

1. Le sieur de Villeneuve, baron de Moans. — [Note de Mirabeau.]

assaille aussitôt le criminel réfractaire. auquel on interdit tout moyen de défense, toute correspondance. Relégué dans (les forts, transféré des uns dans les autres, selon qu'on trouvait sa captivité trop supportable, il éprouva ce qu'il a dit avec bien de l'énergie, <* que les lettres de cachet, ce chef-d'œuvre moderne d'une ingénieuse tyrannie, sont plus dangereuses pour les hommes que l'infernale invention de Pholaiis, en ce qu'elles réunissent à l'illégalité la plus odieuse, un imposant appareil de justice, tandis que ce supplice n'était du moins que Tacte de frénésie d'un monstre insensé, tel que la nature n'en vomit pas deux en plusieurs siècles ».

Cependant le comte de Mirabeau s'obstinait à demander les motifs de l'acharnement de son père. Il fut fort étonné d'a()rès des déclarations bien longues, bien vagues, que l'on comptait au nombre de ses torts vrais ou faux son oi-iveté. Le persiflage lui parut amer, et il y répondit par une plaisanterie assez vive. Il fit imprimer son ouvrage sur le despotisme. On voit que cette saillie était destinée à son père. Il paraissait, après tout, au jeune écrivain, qu'il n'augmentait pas d'un gros volume la masse des livres mauvais ou médiocres. Le marquis de Mirabeau trouva la leçon fort dure, et écrivit à son fils avec emportement ; quii fallait être très fol pour écrire contre le despotisme, qa<ind on était détenu dans un fort. « Peut-être, lui répondit le comte, devrais-je me repentir d'avoir fait un assez mauvais livre ; maisje m'applaudirai toujours de l'idée vraiment noble et courageuse d'avoir tonné contre le despotisme, dans le temps même oîi je gémis sous les liens d'un ordre arbitraire. »

V(»ilà, messieurs, l'origine de cet ouvrage et de sa publication. Le comte de Mirabeau a dit lui-même dans la préface de l'éditeur: Peut-être désirerait-on ici plus d'ordre et un plan mieux déterminé. Il savait que son ouvrage était trop hâté pour que le style en fût soigné ; et, en effet, il est quelquefois incorrect, quoi qu'on ait trouvé souvent de l'éloquence dans cet écrit véhément.

En un mot. bien que cet essai ait eu un succès assez

marqué, je sais que le comte de Mirabeau se repent d'avoir donné au public une telle ébauche, d'avoir travaillé avec si peu de soin nn sujet aussi intéressant, aussi vaste. Il s'efforce de réparer ce tort, aujourd'hui qu'il a échappé à son père, qu'il a fui la terre souillée de despotisme, et qu'il habite un pays où l'on se croit libre, et où les étrangers, du moins, le sont encore. En un mot, il travaille à l'ouvrage annoncé à la pnge 61 de son Essai. « Je ne prétends pas, disait-il alors, reprendre en détail aucune des législations ' connues; ce serait tracer l'histoire du despotisme, ouvrage '^ immense, et peut-être le plus beau qui soit à faire aujour- ^ d'hui. »

C'est là la tâche qu'il s'est imposée : vous voyez, messieurs, qu'il n'a pas cru, sous le prétexte qu'il n'était que l'éditeur d'un écrit posthume, pouvoir se dispenser de limrr et ferfectioruier son livre, autant que le mente tout ce quon offre au public.

Je vous prie, messieurs, d'insérer cette lettre dans votre journal, elle contient une anecdote frappanle à ajouter au volumineux recueil des hypocrisies philosophiques; elle confirmera aussi ce que des exemples sans nombre n'ont que trop prouvé, qu'on déplace bien des hon)mes en voulant les asservir.

J'ai l'honneurd'être, avec des sentiments très distingués, messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur,

1. A Londres, \\\ décembre 1170. — Pages xiij-xl de l'édition Le Jay, sous le titre de Introduction.

IIÏ

UNE ORaANISATION DE LA FRANC-MAÇONNERIE

Admis dès sa jeunesse dans la Franc-Maçonnerie, Mirabeau dut chercher à utiliser son affiliation auprès des francsmaçons hollandais, en atlen tant les travaux littéraires qu'il avait snllicité des libraires. « Cette affiliation, écrit Lucas de Montigny, l'avait accrédité auprès d'une loge hollandaise, et il par.iît que, soit spontanément, soit pour répondre à une demande, il songea à proposer une organisation dont nous l»ossédons le plan, écrit non pas de; sa main, car nous n'avons à ce sujet qu'un très petit nombre de notes autographes tout à fait informes, d'ailleurs, mais de la main d'un copiste que Mirabeau s'est attaché, et a heaucoup occupé pendant plusieurs années, et qui probablement aura plus tard mis au net le manuscrit dont il s'agit. »

Ce plan* accuse et précise les idées de VEssal sur le

1. Mémoire concernaul une associa iian intime à étahW' dans I ordrf des F.-M.^ pour le ramener à ses vrais principes, et le faire tendre véritablement an bien de Ihum.tnité, rédigé par le F.-M.-I, nommé présentement Arcé>ilas, en 1T76. Publié par Lucas de Montigny, Mémoires biof/rophiques, politiques et littéraires de Miraheau^ lome II.

2. « En 1776, le jeune Mrabeau avait rédigé un plan de réforme où il proposait à l'ordre maçonnique de travadler avec modération mais avec résolution et activité soiiten- e à transformer progressivemeni le monde, à miner le despotisme, à poursuivre l émancipation civile, économique, religieuse, In pleine conquête de la liberté individuelle. [Histoire de France, Henri Martin, tome XVT, p. 535.)

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