REPONSE AUX CONSEILS DE LA RAISON
VAvis aux Hessois avait suscité un factum acerbe et violent. Mirabeau y répondit avec vigueur, légèreté et ironie. La réponse, sans le texte qui l'a motivée, vaut par son ton de polémique, et par les idées où l'on découvre les éléments de ce que Mirabeau écrira plus tard sur le gouvernement et la liberté des peuples.
On m'a apporté, il y a quelques heures, une brochure attribuée à la Raison ^ et je l'ai parcourue avec empressement. J'avoue que j'ai été d'abord un peu humilié de voir qu'elle ne parlât pas français, quoique le jargon dont elle se servait renfermât quelques mots de notre idiome; mais j'ai bientôt remarqué que si la raison avait écrit ce pamphlet, c'était la raison en masque, et tellement déguisée, qu'on ne la reconns^ît pas, lors même qu'elle se nomme. Je la croyais douce, indulgente, simple, conséquente et lumineuse ; mais j'aperçois que chacun a sa raison. Je viens donc
anglais, comme un boucher conduit ses troupeaux pour les égorger. On l'a traduit en cinq langues; mais il n'est point connu en France ». Le texte est identique à celui de l'édition Le Jay.
1. Réponse aux conseils de la raison par Vauieur de VAvis aux Hessois. Amsterdam, 1777, in-S".
2. Peut-être et presque sûrement, ne saurait-on pas à quoi je réponds, si je n'avertissais ici qu'on vend à Amsterdam, chez F. L Sundoriî', une brochure intitulée : Conseils de la Raison contre VAvis aux Hessois. (Les notes de la Réponse aux Conseils sont de Mirabeau.)
HÉPONSE AIX COXSi:iLS DE LA KAlSd.X i:»
l)ien modestement conter la mienne; et, c'est à vous, qui que vous soyez, qui m'invectivez, au lieu de me répondre, que j'adresse ces courtes observations.
Peu importe au public que vous me disiez des injures, monsieur, cela m'est à moi-même assez indifférent : peutêtre ne devrait-il pas me Tèlre autant (|ue vous invoquiez contre moi l'autorité '; mais je sais que dans ce pays, elle est douce et éclairée. D'ailleurs, je conçois qu'elle n'attendait pas vos avis }tour me punir d'avoir dit la vérité, si elle fût voulu m'en faire un crime. Passe donc encore pour ce procédé peu délicat : le temps s'envole, la vie est courte, il ue faut pas la consumer en de vaines clameurs.
Je ne m'occuperai pas non plus à relever les fautes sans nombre de votre style grotesque; car quand je vous couvrirais de ridicule, je n'en serais guère plus avancé, et toutes les épigrammes du monde ne rendront point votre écrit plus mauvais ou meilleur. Vous avouez que vous êtes batave, et ({uoiqu'un batave, quand il compose en français, doive écrire intelligemment, vous mutez, par cet aveu, au moins en }»artie. le droit d'être sévère*.
Cependant comme vous me provoquez très formellement, et me prêtez des principes très odieux, comme vous me déférez aux magistrats, et me dénoncez comme un perturbateur du repos public', il faut bien vous répondre quelque chose, au risque de tirer votre diatribe de l'obscurili'- où elle est plongée; mais je ne sais pas le hollandais, et l'écrirais presque aussi mal (|ue vous écrivez ma langue, il me faut donc vous répondre en français, et comme on ne peut apprécier les pensées qu'en évaluant les mots qui les expriment, il faut encore définir ceux dont vous vous servez, pour vous convaincre d'erreur.
1. Voyez toute la première page, et si par hasard vous n'entendez pas cette expression, lénilé, rappelez-vous le mot anglailenity que Tavocat de la raison a jugé à propos de franciser.