‹ Œuvres de MirabeauChapitre 40 sur 168 · Voyez toute la page · texte numérisé non relu

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dit qu'il est horrible d'exercer sur des hommes blancs et libres, ,les vexations qu'il est horrible d'exercer sur des esclaves noirs?

Non, monsieur, ïesclavage domestique n'est pas aussi odieux que la servitude 'politique^ La raison s'en offre d'elle-même; c'est que le crime de lèse-nation est le plus grand des forfaits; c'est qu'un peuple est aussi supérieur à son souverain, que le souverain l'est à un individu. Je pourrais alléguer mille autres preuves de mon principe; mais vous ne les entendriez pas. et vous me dispenserez de faire un livre pour vous.

Oui, monsieur, les Africains sont vils; non parce qu'ils sont noirs"; mais parce que rien n'avilit comme l'esclavage sous lequel ils succombent : Oui, monsieur, lout esclave est vil : je le dis sans hauteur'^ \ je le dis bien plutôt en gémissant sur le sort de tant d'hommes écrasés du poids de notre tyrannie.

J'éviterai toute discussion relative aux Américains, parce que je n'ai parlé d'eux que par occasion dans l'Avis aux Hessois. Des écrivains sans nombre ont plaidé leur cause, et l'épée, qui vide aujourd'hui toutes les questions de droit public, va décider leur sort. Je ne relèverai point toutes les faussetés accumulées dans votre maladroite, inconséquente et fastidieuse déclamation. Je doute que vous empêchiez l'Europe entière de s'intéresser aux succès des Américains, tant que vous ne leur reprocherez d'autres crimes que d'avoir jeté quelques cargaisons de thé à la mer. Vous les accusez d'intolérance : un siècle plus tôt, vous auriez eu raison sans doute. Personne n'ignore que les premiers habitants des colonies anglaises, fuyant la persécution et la

■1. Ou bien V esclavage dotnestlque serait-U moins odieux, moins révoltant que la servitude politique ?

2. Tandis qu'ils sont nos pareils et ceux des colons en tout, hormis l'injustice et la couleur de leur peau; et seraient-ce là les fondements qui étal)lissenL leurs droits sur les personnes de ces vils africains"! p. 8.

3. Quelle hauteur de traiter ses semblables de vils, sa7is pouvoir les accuser de vices, qui seuls font les hommes tels ? Ibid.

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tyrannie, furent longtemps fanatiques et persécuteurs. Eh ! quelle nation n'a pas été frappée de ce vertige? Mais on sait aussi qu'ils sont aujourd'hui les plus tolérants des hommes.

Quoi qu'il en soit du sort qui leur est réservé, je ne puis croire que les Américains calculent mal en luttant contre une oppression présente et certaine, sans craindre une o})pression à venir et très incertaine. Je veux le bien :je désire le bien : j'aime à croire le bien : je me plais à penser que des hommes appelés au destin, incomparable à tout autre, d'être les libérateurs de leur nation, les protecteurs de leurs compatriotes, préféreront cette gloire à l'odieuse et pénible ambition d'être les oppresseurs de ceux qui les puniraient sans doute d'avoir trahi leur confiance. Je crois aussi que l'inslruction, qui me paraît devenir générale chez les Américains, est le rempart inexpugnable de la liberté, et qu'un peuple éclairé deviendra difficilement le jouet des tyrans.

Je puis me tromper dans mes opinions, monsieur, comme vous dans vos prophéties*; car tout ce qui est opinion est très problématique ; mais ce qui n'égare point, c'est l'instinct d'une àme honnête. C'est dans la mienne que j'ai trouvé cette profession de foi, que j'ai fait imprimer il y a plusieurs années dans un âge où il y avait quelque mérite à récrire, et dans un pays où il fallait quelque courage pour l'oser publier. Fidèle simkt des bons rois, implacable ENNEMI DES TYRANS : telle est ma devise.

Depuis ce moment, je ne me suis pas démenti; je ne me démentirai jamais. Je désire, monsieur, que vous en puissiez toujours dire autant. Vous m'avez provoqué et outragé,

1. Et vous, puissances européennes 1 Uii mot me reste à vous dire. Si V Amérique trioniphe, vous aurez à vous reprocher d'avoir laissé croître ce Jeune lion, dont il aurait fallu briser les dents, lorsqu'il était faible encore. Des essaims de conquérants sortiront du nord de ce continent, et vous enlèveront vos possessions qui. dans la constitution présente de VEurope, vous sont devenues nécessaires: et des émiçjrations qui se multiplieront, frapperont jusqu'aux fondements de vos États en les dépeuplant, p. 14, 1. 22, jusqu'à ligne 6 de la p. 15.

sans me connaître, sans avoir à vous plaindre de moi; je rends compte de mes sentiments et de mes principes, sans m'abaisser jusqu'à repousser vos invectives par d'autres invectives, parce que je respecte le public et moi-même. Voilà ma première et mon unique réponse. Vous pourrez prouver que je suis un ignorant, mais vous serez toujours injuste quand vous m'accuserez de faire des libelles licencieux, ou d'être un tyran *.

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