Sacchini '1734-1786), compositeur italien
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Encore, si Ton rendait compte de bonne foi de ce que l'on sent t Celui qui condamna la chaussure du personnage principal d'un des tableaux d'Apelle, lui fut utile. Ce grand peintre l'écouta tant qu'il ne parla que de son métier.
Il est d'ailleurs des sensations à la portée de tous les hommes, l.e peintre des mœurs, le philosophe de toutes les nations, Molière, épiait la nature en observant une femme du peuple. Souvent un sentiment n'en est que plus vrai, une sensation n'en est que plus naïve, quand elle est le fruit d'une àme neuve et simple. Un homme privé des secours de Tétude, est dégagé des entraves de l'imitation. Supposez-le bien organisé, supposez-le sensible, il sera délicieusement alTecté en entendant de bonne musique, et s'ennuiera de la mauvaise : il aura le tact sûr; il jouira, mais il se gardera bien déjuger.
Observez même qu'il lui faudra quelque habitude d'entendre de la musique, pour en saisir la beauté, car des oreilles non exercées trouveront plutôt une cacophonie désao:réable dans la diversité des parties, qu'une combinaison expressive; la multiplicité des sensations occasionne une confusion, qui ô^te la faculté de sentir, et à plus forte raison, celle déjuger; cette confusion, cet étourdissement disparaîtront par l'habitude : le plaisir leur succédera^ et le goût ensuite.
Je parle ici d'un homme, qui écoute pourentendre, et non pas pour critiquer; qui n'a point un projet fait de trouver toul mauvais, qui interroge ses sensations, et ne s'arme pas contre elles.
Mais la plupart de ces critiques, semblables au Grec de Juvenal, toujours opinent, disputent avec eux-mêmes de mauvaise foi : ils cherchent à se dérober au plaisir : ils le repoussent: ils se sont promis de ne pas s'amuser; ils ne s'amuseront pas, ou s'ils sont contraints de s'intéresser à ce qu'ils entendent, si leurs organes trahissent leur malignité, ils n'en crieront qu'un peu plus fort: Que cela est mauvais! Je crois que si vous les surprenez pleurants, ils diront plutôt qu'ils ont eu tort d'être attendris, (ju'ils ne convien-
dront du génie de l'homme qui a remporté cette victoire sur leurs âmes aridas.
On voit de ces exemples tous les jours; on les voit d'abord avec humeur, ensuite avec pitié, bientôt avec indiiïérence.
J'ai éprouvé cependant qu'il était pénible d'être contrarié dans le moment où Ton reçoit du plaisir, l'absurdité ou la mauvaise foi de ceux qui vous entourent, l'empoisonnent en quelque sorte. D'ailleurs, celui qui n'est pas sensible aux injustices, qu'éprouvent les gens à talents, ne méritera jamais la célébrité; et c'est, après tout, la moindre reconnaissance q.ue nous puissions témoigner à ceux dont les travaux nous instruisent, ou nous amusent, que de nous intéresser à leurs succès.
J'étais, il y a peu de temps, à Amsterdam, où les arts utiles sont beaucoup plus encouragés, cultivés et accueillis que les arts agréables. Le Hollandais accoutumé à calculem. calcule aussi ses plaisirs. Peut-être cela paraît-il singulier à d'autres Européens moins froids, ou moins flegmatiques, ou moins sensés (car je me garderai bien de disputer sur les mots).,, mais enfin, telle est leur habitude ; chacun a son genre d'iNTÉRÊT, son genre d'amusement; et après tout, il faut avouer qu'Amphion, au son de sa lyre, n'eût pas élevé les digues qui défendent les marais Bataves des fureurs de la mer.
Cependant on sait (et les sages Hollandais le savent mieux que tous autres) que l'austérité parcimonieuse de leur pays, opulent et célèbre, a beaucoup diminué; le luxe n'effraie plus les hommes, il plaît aux dames, et personne n'ignore tout le cortège que le luxe entraîne après lui.
Le goût des arts agréables a donc pénétré en Hollande. Il est vrai qu'il n'est encore qu'une mode : on y paie de grands artistes, parce que ce luxe flatte l'amour-propre. Ces artistes désireraient peut-être que leurs ricues auditeurs fussent PLUS que ricues; car il faut de l'argent pour vivre; mais il faut aussi de la réputation, de la célébrité, des applaudissements. Le désir de la gloire est l'àme du génie.
On va au concert à Amsterdam, parce que c'est un moyen
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de se rassembler dans un pays où l'on n'a point de sociétés; parce que ceux qui n'aiment pas la musique, y admirent des femmes jolies et sans doute aimables; parce que celles qui n'entendent rien à l'art de combiner des sons, y sont du moins regardées, et qu'être regardé a bien un prix, lorsqu'on est sûr, ou qu'on croit, ou qu'on espère mériter cette attention.
Les concerts sont donc fréquentés à Amsterdam, et cependant le goût de la musique y est encore à son berceau. Il y a vingt-cinq ans qu'on ne citait dans cette grande et opulente ville qu'un seul concert; un petit nombre d'adeptes s'y rendait quelquefois: fes autres «'u parlaient comme le peuple parle des francs-maçons, ou du grand œuvre, ou du Loup-cjarou : c'étaient des mystères pour le plus grand nombre, qui disait : Comment peut-ox faire de la
MLSigUE !
Elle vient donc de naitre en Hollande, et par conséquent il est peu de connaisseurs : n'importe, on ne devient connaisseur qu'en entendant de bonne musique, comme on ne devient exécuteur qu'en s'exerçant.
Mais il ne faut pas être trop pressé de juger; il ne faut pas donner des leçons avant d'en avoir reçu: il ne faut pas croire que les talents et le génie ne se paient qu'avec de l'argent. Il faut savoir que l'homme capable de réussir dans les ouvrages d'imagination, de quelque nature qu'ils soient, n'est habile qu'en raison de sa sensibilité, et que cette sensibilité rend l'auteur et l'artiste très susceptibles, trop susceptibles même ; car ils devraient penser à leur tour, qu'il est des critiques qu'on doit dédaigner, et des détracteurs qui honorent
Quel est donc votre objef! dit déjà le lecteur, qui par oisiveté, curiosité, ou je ne sais quel autre motif, a ouvert ce pamphlet ; je ne le devine point encore... un moment, je vous prie, je n'en suis pas si loin que vous pensez.
Je disais qu'on trouve en Hollande, peu de connaisseurs en musique, et que cependant on y juge les musiciens et la musique, d'un ton décisif, ironique, décourageant :
j'ajoute que quelques-uns de ces jugements sont injustes et même absurdes : voyons si je pourrai le prouver.
Je ne me contenterai pas pour cela d'attester les habitants d'Amsterdam, qu'ils sont partagés sur le mérite d'une Virtuose célèbre dans l'Europe, et rivale de la Signora GabripAli : qu'à peine se doutent-ils depuis quelques instants de son extrême habileté, que quelques-uns même lui refusent encore tout éloge... si je disais tout ce qu'il faudrait à cet égard, on ne m'entendrait pas, ou l'on me croirait amoureux de cette excellente cantatrice, moi qui ai juré de ne p^us aimer, et qui sais, d'ailleurs, ({ue la Signora G***, aussi singulière par ses mœurs que par ses talents, veut être sage; c'est une maladresse, à la bonne heure; mais enfin il ne faut pas disputer des goûts.
Pour prouver ce que j'ai mis en fait, je ne rappellerai pas non plus à mes lecteurs, que quelques-uns d'eux comparent et même préfèrent un Enfant à un violon de premier ordre; car je ne veux point critiquer un e/?/'a??7, qui deviendrait peut-être habile, s'il ne croyait pas l'être ; et je trouve fort naturel que ceux qui n'entendent rien à la musique, soient étonnés de la rapidité qui porte à leurs oreilles, peu délicates, une multitude de notes bien ou mal exécutées ; on peut aimer le bruit, quand on ne se connaît pas en sons.
Je parlerai donc des choses, pour ne pas blesser les })€rsonnes, des compositions pour ne pas offenser les exécnteurs; cette discussion sera plus utile que des plaisanteries, auxquelles on ne manquerait pas de prêter de la malignité.
On a exécuté depuis quelque temps à Amsterdam, deux compositions de musique instrumentale d'un genre nouveau et d'un mérite disputé.
L'auteur de ces ouvrages est M. R...^ Ce Virtuose est" connu depuis longtemps par son extrême habileté sur le violon, par le très rare avantage d'avoir une manière à lui. et par la réunion presque unique des talents du symphoniste et de l'accompagnateur, talents ordinairement refusés