XII INTRODUCTION
avec MauvilJon, et les extraits essentiels que nous venons de reproduire, démontrent que la part de collaboration de celui-là dans la Monarchie Prussienne^ fut capitale, car s'il ne Fa pas rédigée en entier, il en a conçu le projet, il a dressé le plan, et pendant son exécution, son esprit fut toujours présent pour l'amener au point d'achèvement qu'il désirait de toute sa conscience d'écrivain.
Cette préoccupation de parfaire ses ouvragée est constante chez Mirabeau, et il est facile de la constater, à l'examen de ses manuscrits conservés aux archives historiques du ministère des Affaires Etrangères. Ils révèlent parfaitement ses ambitions, son mécanisme cérébral et sa méthode de travail. Les ratures nombreuses^et les suppressions de paragraphes entiers indiquent son besoin de clarté, de sobriété, de précision énergique; il élague les longueurs, les développements inutiles qui chargent la pensée et retardent la marche rigoureuse de sa logique, de son argumentation serrée qui se précipite vers la conclusion avec une sorte de violence, hardie et musclée. 11 est soucieux de son style, de l'emploi du mot propre, et s'il est quelquefois languissant ou boursouflé, il obtient après des tâtonnements dans le sens de l'expression etde la concision, une phrase nette, fortement marquée, pleine, et qui ne laisse rien échapper de la pensée.
Les surcharges, les additions marginales, les renvois et les notes, les citations, qui viennent après
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le premier texte écrit, témoignent d'un travail incessant pour perfectionner son œuvre. Il dégage l'idée principale, et quand il l'a fixée, il en déduit toutes les idées secondes, d'après ses principes, et avec leurs applications aux divers éléments du corps social. Il appuie sa propre opinion sur celle des Grecs, des Latins, des philosophes anglais, des politiques français, de quiconque peut fournir un argument à sa thèse, renforcer et légitimer son argumentation. 11 cite ses sources avec précision, sans doute pour étonner un peu son lecteur, faire étalage de ses connaissances, mais aussi par goût du document; c'est une intelligence saine, à tendance pratique, qui ne se contente que de faits, de calculs mathématiques, d'où la raison peut tirer ses déductions.
Les diverses éditions de Mirabeau, par les changements apportés de l'une à l'autre, confirment sa méthode de travail reconnue dans ses manuscrits. Il faisait relier ses œuvres avec des feuilles blanches intercalées, et il les modifiait, les augrnentait, en mettant à profit son expérience, les leçons que lui donnaient les événements, les conseils et les connais- ;. sances de ses amis*, pour rectifier ce qu'elles pouvaient avoir d'erroné, les nourrir d'arguments nouveaux, revivifier, selon l'état des problèmes politiques et sociaux du moment, leur utilité et leur vertu. Cet apport de documents et le sens dans lequel ils ont
1. Mirabeau avait demandé à Chamfort de re viser Des lettres de cachet et des prisons d'État.