‹ Œuvres de MirabeauChapitre 7 sur 168 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

été choisis, se révèlent surtout dans les différences capitales qui existent entre la première et la troisième édition de Y Essai sitr le Despotisme', celle-ci, publiée après la mort de Mirabeau, sur un exemplaire de la seconde identique quant au texte à la première, contient des notes, des citations, des extraits de lectures, des récits de faits postérieurs, très significatifs du travail de Mirabeau, de sa méthode et de ses recherches. On y remarque aussi le souci du style par des changements de mots , des phrases reconstruites, plus correctes et mieux équilibrées, d'une forme oratoire.

Malgré son désir de perfection, la plupart des ouvrages de Mirabeau sont disparates, composés de morceaux joints, soudés adroitement. Ce défaut certain, provient de la hâte précipitée avec laquelle ils ont été écrits et publiés. Mirabeau s'est plaint souvent de la nécessité qui Tobligeait à produire vite, mais il faisait céder son amour-propre d'écrivain devant l'utilité du bien public. Pour lui, écrire, c'est agir; un livre a la valeur d'une action, soit qu'il faille éclairer ses concitoyens ou bien le gouvernement. Tout concourt à ce but supérieur, et les qualités littéraires ne viennent qu'après le besoin de démontrer, de convaincre, moins encore pour elles-mêmes, que comme adjuvant à la logique et à la raison.

Les ouvrages de Mirabeau, quelle que soit la part qu'y ont prise ses collaborateurs, possèdent une

INTRODUCTION - xv

valeur intrinsèque, par leur documentation, la qualité et la quantité des matériaux qu'ils exposent et qu'ils commentent, leur expression générale, mais ce n'est pas là qu'il faut chercher leur caractéristique et le pourquoi du haut accent qu'ils ont gardé jusqu'à notre temps. C'est dans la flamme qui les anime, dans Tardeur passionnée qui les fait encore aujourd'hui extraordinairement vivants, dans l'intelligence si claire et si assurée qui circule entre les pages comme un air pur, que résident leu,r vertu civique et leur véritable personnalité. Ils valent autant qu'ils expriment un tempérament vigoureux, aux émotions promptes et fortes, une raison toujours ouverte, cipte à saisir les éléments principaux d'un problème, à les réduire à l'essentiel, pour d'un principe déduire une conclusion réaliste et concrète, un jugement net, et sur tout cela, une impérieuse aspiration vers la chose publique. Mirabeau est un homme social, et avec son individualité marquée, il n'a tendu dans ses œuvres qu'à organiser la monarchie française en un gouvernement soumis aux lois et leur fidèle exécuteur, à constituer en nation un peuple composé de groupes épars et ennemis, et cela, sur deux principes auxquels il n'a jamais failli : la liberté politique et économique, la tolérance civile et religieuse.

Louis LUMET.

Page 1