IV. — Constitution anglaise
On peut tirer de la conclusion cette page éloquente adressée à son fils.
Et vous, mon fils! que je n"ai point embrassé depuis le berceau, vous dont j'arrosai de larmes les lèvres agonisantes le jour même où je fus arrêté, avec un serrement de cœur qui m'annonçait que je ne vous reverrais pas ; j'ai peu de droits sur votre tendresse, puisque je n'ai rien fait pour votre éducation, ni pour votre bonheur. On m'a arraché à ces douces jouissances : ainsi vous ne savez pas si j'aurais été un bon père. N'importe : vous vous devez à vous-même et vous devrez à vos enfants de respecter ma mémoire. Quand vous lirez ceci, jo ne serai probablement plus; mais vous trouverez dans cet ouvrage ce qui de moi fut estimable : mon amour pour la vérité et la justice : ma haine pour l'adulation et la tyrannie. 0 mon fil>, gardez-vous des défauts de votre père, et que ses fautes vous servent de leçons : gardez-vous l'es excès de cette sensibilité brûlante qui fit sa félicité, mais aussi son infortune, et dont il a peut-être mis le germe dans votre sang. Mais imitez son courage ; jurez une guerre éternelle au despotisme. Ah I si vous devez jamais être capable de le ménager, de le flatter, de l'invoquer, de le servir, puisse la mort vous moissonner avant l'âge !... Oui, c'est d'une voix ferme que je profère ce vœu terrible... Mon enfant! aimez vos devoirs : aimez vos concitovens : aimez
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vos seinblables : aimez, si vous voulez être aimé. Ce sentiment est le seul qui rende l'homme capable d'une joie vraie et durable ; c'est l'antidote des passions dévorantes, et le remède unique du chagrin de se voir dépérir sous les coups lu temps. Est-il nécessaire de faire un précepte de Tamour de ceux à qui l'on a donné la vie? Elevez-les par l'attrait du sentiment, si vous voulez <|ue leur âme réponde à la vôtre. xVpprenez, mon fils, et n'oubliez Jamais que vous n'aurez de «iroit sur eux qu'en proportion de vos devoirs, et de la manière dont vous les aurez remplis : que vous seriez un monstre dénaturé, si vous étiez plus sévère envers eux que les lois, et que les lois proscrivent dans tous les cas les ordres arbitraires' : sachez enfin que, pour (ju'ils fassent votre bonheur, il faut que vous vous occupiez du leur, el soyez plus heureux que votre père'.
1. Pendant son séjour en Suisse nécessitt^ par l'édition des Lettres de Cachet, Mirabeau avait adressé im mémoire politique à •de Vergennes sur les aiïaires de «îeiiève Voir les Lettres ù Vifrij, '22 septembre et 28 octobre 1"82. il a él( publié par Lucas de Montigny. Mémoires de Mirnheaii, tome V, livre n. Une copie de ce mémoire existe au\ aflaires étrangères de (jîenève, vol. WS.
2. Il n'était déjà plus mon eulant lorsque je lui destinais cet ouvrage! Et je ne le savais pas! El la première nouvelle que j'ai ^.pprise de mon (ils a été celle de sa n:ort ! (X. de M.)