ÉLÉGIES DE ÏI BULLE
copia, mais iJ pensait aussi à les faire éditer et ù en tirer argent, comme de toutes ses proiluctions littéraires. Par une lettre à Viiry du 24 août 1781, on apprend que Boucher avait engagé des négociations avec un libraire qui devait imprimer TibuUe et Y Erotika-Biblion .
Elles ne réussirent san.-. doute point, en ce qui concerne Tibulle, car les Élégies ne furent éditées qu'après sa mort.
Dès leur publication Lacbabeau^sière les revendiqua comme étant son œuvre. Il écrivit une lettre ouverte aux rédadenrs de la Décade philosopliiquc , littéraire et politique, qui fut insérée dans le n° 79 du 10 messidor an IV (28 juin 1796). *< J'avais d'abord vu avec surprise, citoyens, annoncer dans les papiers publics une traduction de TdiuUe par Mirabeau. Elle vient de red'ubler à la lecture de l'ouvrage, qui n'est autre, à très peu de chose jtrès, qu'un manu-crit que j'avais confié à mon ami, il y a plu^ de vin;;t ans. Je me rappelle qu'alors assez liés pour nous communi(iuer nos productions de jeunesse, et nous dire mutuellement notre f'içon de penser, nous trouvâmes l'ouvrage médiocre et lait pour être un jour revu avec maturité. Des circonstances particulières nous ayant brouillés vers l'an 1781, je n'entendis pas pai'Ier de mon manuscrit, destiné de ma part à l'oubli.
« Sil reparaît aujourd'bui sous le nom de Mirabeau, c'est que l'éditeur aura sans doute été trompé naturellement par les additions et les corrections qu^- le prisonnier de Vincennes a jugées convenables de faire surtout aux notes de celte traduction.
« Il est même probable que Sophie hufjfey l'aura été ellemême par l'envoi que lui faisait Mirabeau des fragments de mon manuscrit, pour lui faire connaître Tibulle, et s'épargner la peine de le traduire.
« Au surplus, n'ayant à produire aucune preuve positive et matérielle de ce fait, je ne réclame la propriété de l'ouvrage que parce que je crois la tradudion faible et les notes diffuses, et que j'ai dû venger la mémoire d'un écrivain célèbre, du tort que ma production pounait lui faire. Je ne prétends rien sur le produit *. »
1. Les éditeurs Duprat et Letoirmy répondireul à Lachabeaussièr'' dans le Journal de Paris (i8 ju llet 1796) et celui-ci uianiint ses prétentions daLS le même jnui nnl (24 juillet), sans que li polémique ait fourni des arguments coiicluauts en faveur des uns ou des autres.
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Cette lettre d'un réel accent de sincérité, démontre-t-elle un plagiat strict de Mirabeau? Dans ses Mémoires, Lucas de Montigny dément les pi^étentions de Lachabeau'^sière, simplement, sans autres preuves que la correspondance de Mirabeau, et en se basant sur le manuscrit qu'il avait en sa pos- 5>e?sinn, écrit par Lavisé avec des notes et des corrections autographes. Il est probable cependant que Mirabeau a travaillé sur un manuscrit de Lachabeaussière, mais que par ses additions et ses corrections il a fait une œuvre personnelle. En effet il écrit à Vitry le 30 juin 1781 : « On me presse tellement pour mon Tibii lie que je vous prie de considérer si les cahiers que je vous ai laissés pour les continuer ne pourraient pas être prêts bientôt, en rétablissant les lacunes. Je le ferais remettre par une main tierce à Boucher qui me demande à le montrer pour conclure un marché général quon lui propose pour mes trois principaux ouvrages.
« Observez bien que ce que vous trouverez écrit de la main de M- de La Chabeaussière Test sous ma dictée. »
Cette dernière recommandation est au moins singulière de la part de Mirabeau qui disposait de plusieurs copistes, Vitry, Sophie, le jeune Lavisé. Jointe à la protestation de Lachabeaussière, elle forme une présomption en faveur de celui-ci, quant à sa participation à la traduction de Tibulle. Mais d'autre part, les nombreux passages de ses lettres où Mirabeau parle des Élégies comme d'un travail assidu, régulier et méticuleux qu'il a exécuté en quelques années, permettent de croire que sa traduc'ion et les notes qui l'accompagnent sont devenues une œuvre originale. Quoi qu'il eu soit de la collaboration involontaire de Lachabeaussière, ce n>st pas sans hauteur que Mirabeau parlait de ses œuvres littéraires, en se réservant pour les ouvrages politiques — au moins publiquement. « Lavisé tll<, écrit-il à Boucher, m'a fait dire de votre part qu'il fallait faire disparaître tout ce qui était de ma main sur son TibuUe. Eh! que diable ! mon cher trembleur, c'eût été un grand hasard que l'on eût reconnu mon écriture chez quelque censeur, moi qui n'y ai jamais rien envoyé, et pour cause assez connue : personne ne saurait donc me deviner, et au reste, me nommer ne me convient pas à la tête d'aucun ouvrage frivole (Lettre inédite à Boucher, 17 juillet 1780, publiée par L. de Montigny).
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