I^LE(,1ES DE TIBULLE
amours et désira mon absence, ou me souhaita les fatigues fie la guerre.
Mais toi, Délie, reste fidèle, et qiVune Vieille vigilante soit le gardien assidu de ta pudeur; que chaque soir à la lumière de la himpe,elle te répète des contesqui t'allègent le temps, en laissant couler dans ses doigts un fuseau chargé diin long fil : que ma jeune Amante, les yeux appesantis par le sommeil, s'endorme à sa voix et laisse échapper son ouvrage de ses mains engourdies... Tout à coup j'arriverai Ht personne ne nrannoncera, et je le paraîtrai envoyé par le Ciel... Alors, ô ma Délie! accours à moi, telle que tu seras, les chc^veux dénoués, les pieds nus; accours troublée, éperdue 1... Ah ! ce sont là mes vœux! Quand Taurore brillante de tous ses charmes, nous apportera- telle sur son clîar de roses ce beau jour?
La troisième élégie est suivie de 22 notes. Voici les plus caractéristiques du travail d'érudition de Mirabeau.
(1) Vous affronterez sans moi les flots de la mer Egée.
La Mer Egée que Ton appelle aussi Mer Blanche, pour la distinguer du Pont-Euxin qui se nomme Mer Noire, est la partie de la Méditerranée <[iie l'on appelle communément Archipel, et qui est située entre la Grèce, la Macédoine et TAsie. Ce nom lui vient, à ce qu'on dit, d'Egée, père de Thésée, qui croyant son fils mort à cause des voiles noires qu'on avait oublié de changer au vaisseau qui le ramenait victorieux du Minotaure, s'y précipita et lui donna son nom.
(9) Ah! quil me soit encore permis... d'offrir chaque mois (le Vencpns aii.r Génies protecteurs de ma maison.
Les Esprits dune nature très subtile et très déliée, que Ton appelait Génies, présidaient dans le Paganisme à la naissance des hommes, les accompagnaient dans le cours de leur vie, veillaient sur leur conduite, et étaient commis
à leur garde jusqu'à leur mort. Cette tradition des Génies habitant le monde subsiste encore et est la plus universelle et la plus ancienne qui ait jamais été. Ils peuplaient la vaste étendue de Tair et tout cet espace qui occupe le milieu entre le ciel et la terre. Leur corps était de matière aérienne, et on les regardait plutôt comme des ministres des Dieux que comme des Dieux, dont ils avaient cependant l'immortalité, mais avec les passions des hommes. De plus on pensait qu'il y avait un bon et un mauvais Génie attaché à chaque personne. Le nom de Génie était propre à ceux qui gardaient les hommes, et celui de Junon aux Génies gardiens des femmes. On adorait à Rome le Génie public, c'esi-à-dire, la Divinité tutélaire de l'Empire.
Mais personne ne manquait d'offrir des sacriflces à son Génie particulier, le jour de sa naissance. Ces sacridces étaient des fleurs, des gâteaux et du vin; on n'y employait jamais le sang, parce qu'il paraissait injuste d'immoler des victimes au Dieu qui présidait à la vie. Quand le luxe eut établi des recherches sensuelles, on crut devoir ajouter les parfums et les essences aux fleurs et au vin. Le Platane était spécialement consacré aux Génies. L'Antiquité les représentait diversement, tantôt sous la figure de vieillards, tantôt en hommes barbus, souvent en jeunes enfants aîlés. et quelquefois sous la forme de serpents. Sur plusieurs médailles, c'est un bom.me nu tenant dans une main une patère qu'il avance sur un autel et de l'autre un fouet.
Au reste, Tibulle parle ici de ses Pénates; et quoique le nom de Génie leur soit donné comme aux Lares, aux Mânes aux Lémures, et même aux Démons, on peut donner sur eux quelques détails particuliers.
Les Dieux Pénates étaient regardés originairement comme les Dieux de la Patrie. Mais on distingua ensuite, comme on le voit dans Cicéron, les Dieux Pénates d'une Nation', ceux d'une Ville et ceux d'une Maison. En ce dernier sens ils ne différaient pas beaucoup des Dieux Lares. Une loi des douze tables enjoint de célébrer les sacrifices des Dieux Pénales, et de les continuer sans interruption, dans chaque famille, suivant que ses chefs l'auraient prescrit.
eli:(j1ES de TiiJUELi: an
11) Et le Forgeron navnit pds fabriqué ijar im art l'iniesle des armes redoutables.
Tous les Poêles ont déclamé à Tenvi contre le fer, c'est-àdire, le plus utile, le plus nécessaire des métaux; inais certainement, il n'a jamais été le premier métal exploité. I/histoire des anciens peuples nous fait voir que les. premières armes de cette matière dont ils ont fait usage, étaient de cuivre. Telles étaient encore les épées des Gaulois, lorsque les Romains les combattirent pour la première fois. L'or, l'argent et même le cuivre, étaient connus des habi- (ants du nouveau monde, mais le fer était partout ignoré. C'est que les deux premiers sont plus aisés à exploiter et à mettre en œuvre; le cuivre vient ensuite, mais ce métal est beaucoup plus difficile ; tandis que le fer demande le cou)ble de l'art et du feu pour être fondu et travaillé; et c'est avec raison qu'on doit regarder toute Nation où le fer est d'usage, comme réunie depuis longtemps en société. (Cette note est empruntée de la traduction de Sénè(jue de iM. Lagrange.)