DE LA TOLERANCE
Ue nombreux manuscrit de Mirabeau, rédigés pendant sa détention au Donjon de Vincennes, et quelques autres qui leur sont postérieurs, n'ont pas été publiés. La plupart sont conservés aux Archives historiques du Ministère des Aiïaires étrangères, acquis en mais I880, avec le-s originaux de certains de t^es ouvrages, sur Tordre de Jules Ferry, à la vente d'auto^'raphes révolutionnaires de M. Dubrunfaut, et provenant de la collection de Lucas de Montigny*.
L La Révolution française (tome VIII, p. 810, 1885) en donne ainsi les titres et la (iescription : « 1° Monarchie prussienne. 760 p. in-4. — 2° Letbes écrites par un ancien magistral à un ami sur Je procès du comte et de la comtesse de Mirabeau, 1183, 91 p. in-4. Cette pièce est suivie «lu nianuscrit autographe des Lettres sur l'ordre Judiciaire en France, écrites par un ancien maqistrnt provençal à son ami, au sujet d^un procès célèbre de séparation, 16 p. 1/4, in-4. — 3» Mélanges d'histoire, d^ économie politique, de politique, etc., 82 p. in-4. Ces manuscrits traitent des S'ijets suivants : Des premier» Allemands et de leurs mœurs domestiques; — Précis «le la Révoluti-in des Etats-Unis d'Amérique: — Sur l'Amérique; — Canaux navigables et d'arrosage; — Canal du Langue toc; — L«tlre .'^ur la cntrebande; — Observations relatives aux emprunts; — De la situation des Juils en Kurope; — De la preuve judiciaire, etc. — 4° Anagogie ou notice d'un manuscrit mozaramhiqne trouvé dans les ruines d'Herculaniim, 81 p. 1/2 in-4. — 5° Analyse raisonnée du projet d'un noureau code prussien, par le C'>mte de Mirabeau, 72 p. 1/2 in-4. — 6° Provinces-Unies, 63 p. 1/2 in-4; — "7° Abrégé de la grammaire française composé pour Sophie Monnier, 1)2 p. in-4. — 8° Loteries, o2 p. in-fol. ; — 9» Lettres du comte de Mirabeau à M. de Calomip, minisire des finances de France, 1785, 41 f». 1/2 in-4; — 10° Manuscrit sur le règlement delà Chambre des pairs, 41 p. in-4; — 11» Vie de Cn.-Julius Agricola, 1779, 39 p. in-4 — 12° Adresse aux Bataves sur le Stathoudéraf, 3.S p. in-4: — 13<^ Introduction à Vétude pour son
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Tous ne sont pas d'égale valeur, mais tous sont également précieux pour les précisions qu'ils fournissent sur l'activité intellectuelle de Mirabeau, l'étendue de son savoir, la diversité de ses recherches et de ses travaux. Certains ne sont que des copies peu modifiées de textes fournis à Mirabeau par le major Mauvillon {Awilyse rauounée du projet d'im nouveau rude prussien), par Dup-inl de Nemours [Loteries], par le mar- ([uis de Mirabeau (Introduction à Cetude pour son Alt'^sse royale Monseigneur).
Le manuscrit « de la Tolérance », dont nous donnons deux fragments, est parmi les plus signiticdtifs. On le dé igiie à tort comme un « morceau », car il ligure un ouvrage complet, d'une importance peu éloignée des Lettres de cachet par sa composition, la hardiesse des idées et la véhémence de l'expression. Il sembla dater de la première année où Mirabeau fut emprisonné càVincennes, si l'on s'en tient aux indications du texte.
Ce manuscrit est d'une écriture haute, aux caractères ser-
Altesse Eoycde Monseiuueur ..., 31 p. 1/2in-fol.; — li" Lettre du comte de Mirabeau à M. Cerotti, 30 p. in-4; — 13» De la nécessité d'une autre vie et des consolations de l'homme juste sUr ta terre, 1782, 28 p. in-4; — 16« De la Tolérance, 28 p. 1/2 in-fol. ; — 17o De l Impôt, 24 p. in-i; — 18° Ue ilslamisme et du Koran, 2* p. in-fol.; — 190 Ma>iuscrits autographes, avec ratures et corrections, oH p. ia-4. Ces manuscrits concernent des sujets très divers, tels que ct-ux-ci : Couleurs; — Composition et ellets des diverses eucres sympathiques; — Essai sur la littérature 'les Anciens et des Mo.ierues; — Galilée, etc.; — 20^ N^otes autographes, 5i p. in-fol. Ce cahier, dit Lucas de Montigny, se compose de feuilles volantes, en trop petit uoujbre malheureusement, qui sont de celles où Mirabeau, qui lisait toujours Ih plume à la main, consignait soit ses réflexions, soit des extraits ou des copies des passages qui lavaient frappé et dont il voulait conserver le texte ou le souvenir; — 210 Fragments divers, recueil factice de morceaux autographes, 60 p. in-4. Ces fragments concernent l'économie politique, l'état militair- «les principales puissances de l'Europe, la population de la Suède, les travaux de Dupont de Nemours sur l'économie poliiique, les erreurs de l'historien Vély, etc. »
En outre de ces vingt et un manuserits, les Archives historiques du Ministère des A liai i es étrangères possèdent les minutes de3 lettres diplomatiques '!e .Mirabeau adressées à l'abbé de Périgord durant sa mission à Bénin, et qui parurent en 1789, sous le tiîre de Histoire secrète de la cour de Berlin ou Correspondance d'un voyageur français du b juillet 1786 au 19 janvier 1787, 2 vol. iu-8.
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rés, couvrant les deux tiers de la page, dans sa hir^^eur, avec un asi ert de nenelé et de pontlératioii, malgré les r.itures, les surcharges, les passages supprimés. De^s additions iin portâmes, des notes emplissent les marge-, et, à l'examen, par elles, on découvre paifailem^rit la méthode de tr.ivf.il de Mirabeau qui les ajouiait après la lecture «le son premier texte, et leur nature indique que son d'^sir constant était de renlorcr s<>n argumentation et de rajtp'iyer par d^s citations et des références, l^'ous les avons incorporées dans le texte, à leur place, mais en les sii^nalatit, car telles sont précieuses pour qiiico que veut étudier les proc- dés dialectiques de Mirabeau.
De ht Tolérance^ 'Fraguient).
On agite depuis longtemps les raisons pour on contre la tolérance, et la théorie est tellement éclairée par des expériences nombreuses que cette questiofl devrait être entièrement éclaircie. Cependant les principes à cet égard ne sont point uniformes, si ce n'est parmi les philosophes qui sont rarement d'accord avec les politiques. Je ne connais pas même d'ouvrage philosophique où Ton ait méthodiquemenl rassemblé tout ce qu'on peut dire en faveur de la tolérance, les raisons qui en fondent la justice et les détails qui en démontrent les avantages. Monsieur de Montesquieu, dans son admirable De C l^^prit de^ lo'X, où il a d'une main si hardie quoique si sage, couibaltu le despotisme et la tyrannie, et défendu les droits de l'homme, devient circonspect jusqu'à la timidité, lorsquil traite de ()uelque matière qui intéresse le sacerdoce. A peine a-l-il osé couseiller la tolérance quand il a considéré les lois dans leur rapport avec la religion et sa police extérieure. Peut-être eut-il été digne de son âme courageuse et bienfaisante de publier sur cet important objet tout ce qu'il avait pensé.
1. Un manuscrit autographe avec de nombreuses corrHclions, 18 p. 1/2, in-l'ol., conservé aux archives historiques du Ministère des Atîaires étrangères.
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Quel Oiivraue aurait produit sur uu sujet si iutéress.'uit ce grand liouiine en qui le génie, le savoir, et lespril >"aidaieot et se leujpéraient mutuellement [s'il se l'ut livré aux inspir.'! tiens de sa tète et de sou cœur]'! Le papier respire sous son pinceau magique dans les discussions les plus épineuses et les plus arides : quelle n'eut point élé sa force et sou éloquence en plaidant cette grande cause f|ui intéresse rimmanilé entière [et s'il n'avait pas ;coMv;iincu ceux qui ont intérêt à ne point rètrej-, l'opinion publique, qu'il est si important de tourner vers la vérité parce que, tôt ou tard, elle renverse tout ce qui la blesse, et dompte tout ce qui v<,udrait l'asservir, sérail du moins fixée.
Mou dnsseiu n'est point d'entreprendre un ouvrage sans doute au-dessus de nies forces, et qui serait tout à luit incompaliid»^ avec ma situation, où je n'ai ni lran(piillité d'esprit, ni liberté, ni sanlé, où tous les secours lilléraires me sont rnlusés, où je ne p^^ux consulter enfin qu'un j^eiit nombre d'inepties privilégiées [ou des livres de dévotion, mais tout le monde sait qu'au donjon de Vinceunes l'on ne demande guère que Vlmilaiiou de /Uaufoiiy qui ne m'occupent ni m'instruisent. Je laisse donc les détails à ceux qui peiivent marcher d'un pas sûr, éclairés par le flambeau de l'Histoire; et je me propose seulement d'exposer mes principes sur la tolérance, eu les appuyant (les laisonnements qui m'ont paru \^s plus i'orts et les moins contestables. Je ne dirai pas tout, mais je crois que l'on trouvera ici résumé ce qu'il y a de plus essejiiiel à savoir sur ce grand sujet.
J'ét;iblir;ii d'abord que tout homme a le droit de suivre son opinion en matière de religion, j'examiner;ii ensuite si l'exercice de ce droit peut être dangereux à la tranquillité publiipie; si la puissance civile est intéressée à établir runiloi'uiilè du culte; si elle le peut sans avoir recours à la violence : et si la méthode la plus sûre pour préserver la
i. Add tiOii marginale.