Correction marginale
218 ŒUVRES DE MIRAREAF
dans ri^tat. Dès que ce petit nombre de paroles est prononcé, les prêtres se croient tout permis. Ce n'est plus la cause de Dieu qu'ils défendent, c'est celle de Dieu et du prince ; celui-ci qui cherche toujours à agrandir son autorité, adopte volontiers ces maximes. Les théologiens haineux animés par leurs succès, mettent en action toute la puissance civile. Ils combattent avec le fer, ceux qu'ils injuriaientnaguère avecla plume ; ils dressent des bûchers et la torche de fanatisme incendie la société.-
Oh! combien il est absurde de fonder des persécutions sur des maximes politiques, comme si elles ne devaient pas tendre toutes à maintenir la paix î Combien il est insensé et injuste de vouloir contraindre les opinions surtout dans des questions au-dessus de la raison humaine*.
(Deuxième fragment.,
Le dogme d'une première puissance est une des opinions les plus généralement reçues parmi les hommes, et cela n'est pas surprenant. Indépendamment de l'utilité qu'ils en peuvent retirer, il explique d'un seul mot les plus étonnantes merveilles de la nature, il rend raison de tout aux gens inattentifs qui n'ont ni le temps, ni la force, ni l'envie de rien approfondir, et c'est le plus grand nombre; il offre une cause générale à ceux qui, n'étant pas capables d'étudier les effets, ne cherchent à en déduire aucuns principes : enfin il exige plus de crédulité que de science et de dialectique, et par conséquent il est à la portée de tous les esprits, ^i Ton ajoute que cette croyance règne sur les hommes par les deux plus puissants ressorts de l'humanité, Vespoir et la crainte, qu'elle flatte infiniment plus l'amour-propre qu'elle ne l'humilie, et qu'elle est très utile aux puissants, l'on concevra pourquoi la plupart des hommes ont une religion, et pourquoi toutes les religions portent sur cette base.
1. Pages 1 et 2 du manuscrit et dix-huit lignes de la page 3.
DE LA TULEUA.NCh: :21'J
[Un ancien a dit : v« Comme le soleil, la lune, le ciel, la lerre, la mer sont communs à tous les hommes, mais ont (les noms différents selon la différence des nations et des langues; ainsi quoiqu'il n'y ait qu'une divinité unique et une providence qui gouverne l'univers, et qui a sous elle différents ministres subalternes, Ton donne à celte divinité qui est la mémo, différents noms, et on lui rend différents honneurs, selon les lois et les coutumes de chaque pays. » En effet, soit que les sectateurs des cultes divers soutiennent',] qu'un seul être possède la plénitude de la toutepuissance, soit qu'ils la supposent subdivisée entre plusieurs divinités, soit qu'ils croient à une création précédée du néant, ou que, substituant à une absurdité manifeste une hypothèse incompréhensible, ils pensent que le monde est éternel, ils admettent et révèrent un ou plusieurs êtres arbitres suprêmes de l'homme ou indifférents pour ses aclions, mais régissant l'univers par des lois qu'ils se sont proscrites à eux-mêmes. Quelques-uns enfin nient cette hypothèse et s'efforcent de concevoir et d'établir par une suite de raisonnements subtils l'existence d'une vertu, soit aveugle, soit intelligente, unie à la matière.
Cesdiversesopinionsqui prouvent seulementque l'homme lâche en vain d'expliquer ce qu'il ne saurait comprendre, n'influent pas sur les points principaux de la morale naturelle, qui ont établi et conservent la société. Tous les hommes, à moins d'être insensés, quelle que soit entre les oj)i nions précédentes, celle qu'ils défendent, pensent unanimement que la vertu, aimable par elle-même, est utile et nécessaire, et cette vérité sublime et simple, qui est la première sauvegarde que l'homme ait contre l'homme, et qu'on démontre indépendamment de tout système religieux, est reçue également par les partisans des cultes divers et par ceux qui les rejettent tous.
Le contrat tacite, pour m'exprimer ainsi, qui établit les devoirs respectifs des individus et du tout appelé société (c'est là qu'il faul chercher aussi les devoirs respectifs de