‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 129 sur 433 · ACTE IV. SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCENE III

l'amour.

Prenez en ma faveur de meilleurs sentimens ;

L'expérience en est aisée.

Parlez, tout se tient prêt à vos commandemens. Si, pour m'en croire, il vous faut des sermons , J'en jure vos beaux yeux, ces maîtres de mon ame ,

Ces divins auteurs de ma flamme ; Et, si ce n'est assez d'en jurer vos beaux yeux, J'en jure par le Stix, comme jurent les Dieux.

J'ose craindre un peu moins, après cette assurance. Seigneur, je vois ici la pompe et l'abondance ;

Je vous adore et vous m'aimez ; Mon cœur en est ravi , mes sens en sont charmés.

Mais parmi ce bonheur suprême , J'ai le malheur de ne savoir qui j'aime.

Dissipez cet aveuglement , Et faites-moi connoître un si parfait amant.

Psiché ! que venez-vous de dire?

Que c'est le bonheur où j'aspire ; Et si vous ne me l'accordez. . . .

Je l'ai juré , je n'en suis plus le maître : Mais vous ne savez pas ce que vous demandez.

Laissez-moi mon secret. Si je me Fais connoître, Je vous perds , et vous me perdez.

Le seul remède est de vous en dédire.

Cest-là sur vous mon souverain empire ?

Vous pouvez tout, et je suis tout à vous.

Mais si nos feux vous semblent doux , Ne mettez point d'obstacle à leur charmante suite ;

Ne me forcez point à la fuite ; Cest le moindre malheur qui nous puisse arriver

D'un souhait qui vous a séduite.

Seigneur, vous voulez m'éprouver ;

Mais je sais ce que j'en dois croire.

De grâce, apprenez-moi tout l'excès de ma gloire , Et ne me cachez plus pour quel illustre choix J'ai rejeté les vœux de tant de rois.

Le voulez-vous ?

Souffrez que je vous en conjure.

l'am o u r.

Si vous saviez , Psiché , la cruelle aventure Que par-là vous vous attirez

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