‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 159 sur 433 · VI · texte numérisé non relu

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a74 AVERTISSEMENT

Nous l'avons observé pour le Tartuffe ; le célèbre la Bruyère se compromit également , en préférant au caractère qu'avoit dessiné Molière , celui d'un faux dévot intérieur , inagissant et passif: tant il est vrai que même un très - habile homme peut s'égarer en prononçant sur un art qu'il n'a point pratiqué.

Un fragment de lettre du P. Rapin au comte de Russi , et la réponse de ce fameux exilé au savant Jésuite, que nous allons transcrire ici, prouveront en même tems , et qu'il n'est point d'ouvrage à l'abri de tpute critique, et qu'aucun d'eux n'apperçut que le rôle de Chrisale rem.ontoit à 200 ans au delà de leur siècle , ce qui auroit dû être une observation des contemporains de Molière , qui sur-tout le jugeoient après sa mort.

Li.TTR£ du P. Rapin à M. le comte de Bussiy du a5 mars 1673.

« Je vous envoie , Monsieur , les Femmes savantes » de Molière 5 vous y trouverez des caractères qui » vous plairont , et des choses fort naturelles. La j) querelle des deux auteurs , le caractère du mari , n qui est gouverné, et qui veut paroître le maître, y> ontquelque chose d'admirable, aussi bien que le » caractère des deux sœurs. Le ridicule des Femmes r> savantes n'est pas tout-à-fait poussé à bout 5 il y »~a d'autres ridicules plus naturels dans ces Fem- » mes , que Molière a laissé échapper, et ce n'est » pas le plus beau : néanmoins , à tout prendre ,

SUR LES FEMMES SAVANTES. a75 » tous serez content. Je ne laisse pas de vous en » demander votre avis , etc. etc. »

Réponse du comte de Bussi.

« Pour la comédie des Femmes savantes , ]•

a> l'ai trouvée un des plus beaux ouvrages de Mo- » Hère. La première scène des deux sœurs est plai- » santé et naturelle 5 celle de Trissotin et de Vadiits, » le caractère de ce mari qui n'a pa la force de » résister en face aux volontés de sa femme, et qui » lait le méchant, quand il ne la voit pas 5 le per- » sonnage tfAriste , homme de bon sens , et plein y» d'une droite raison , tout cela est incomparable. 3) Cependant, comme vous remarquez fort bien, j> il y avoit d'autres ridicules à donner à ces Sa- » vantes , plus naturels que ceux que Molière leur s) a donnés. Le personnage de Bélise est une » foible copie d'une des femmes de la comédie des » Visionnaires 5 il y en a d'assez folles pour croire » que tout le monde est amoureux d'elles 5 mais il 3> n'y en a point qui entreprennent de le persuader » à quelqu'un malgré lui.

5) Le caractère de Philaminte avec Martine, n'est s> pas naturel 5 il n'est pas vraisemblable qu'une » femme fasse tant de bruit, et enfin chasse sa serai vante , parce qu'elle ne parle pas bien Irançois ; » il l'est encore moins que cette servante , après 7* avoir dit mille méchans mots , comme elle doit

*xj6 AVERTISSEMENT

» en dire , en dise de fort bons et d'extraordinaires ,

» comme quand Martine dit :

v L'esprit n'est point du tout ce qu'il faut en ménage , » Les livres quadrent mal avec le mariage.

» Il n'y a point de jugement à faire dire le mol s> de quadrer par une servante qui parle fort mal , » quoiqu'elle puisse avoir du bon sens ; mais en- » fin , pour parler juste de cette comédie, les » beautés y sont grandes et sans nombre , et les » défauts rares et petits. s>

Que penser, en voyant M. le comte de Bussi se réunir au P. Rapin , sur l'opinion qu'il y avoit d'autres ridicules à donner aux Femmes savantes, que ceux que Molière leur avoit donnés ? Quels pouvoient être ces autres ridicules? î^'étoient-ils pas du genre de ceux qu'une sage modération interdit au théâtre ? Etoient-ils faits pour produire l'effet convenable à la scène ? Personne n'a mieux vu que Molière ; mais tout ce qu'il voyoit, ne lui paroissoit pas également propre à son art. Rien n'est si commun que de voir proposer pour le théâtre des choses qui n'y seroient pas supportables. Nous devons à Molière la justice de dire que peu de gens , à cet égard , sont faits pour lui donner des leçons.

Un de nos journalistes prétend que les femmes de ce siècle fourniroient au divin Molière , s'il revenoit parmi nous, le sujet d'une nouvelle comédie, peut-être plus piquante encore que celle qu'il nous

SUR LES FEMMES SAVANTES. a77 a laissée sur les femmes de son tems. L'hôtel de Rambouillet , dit - il , étoit au moins rempli de femmes de qualité, qui , malgré leur langage précieux, avoient beaucoup de mérite et d'esprit; mais nos femmes philosophes d'aujourd'hui sont , la plupart, de petites bourgeoises ennuyeuses , qui négligent leurs ménages pour protéger les lettres.

ACTEU RS.

CHRTSALE , bourgeois.

PHILAMINTE, femme de Chrisale.

ARMANDE , ) filles de Chrisale et de Phi- HENR1ETTE, ) laraînte.

ARISTE, frère de Chrisale.

BELISE , sœur de Chrisale.

CLITANDRE, amant d'Henriette.

TRISSOTIN , bel esprit.

VADIUS , savant.

MARTINE , servante.

LÉPINE , valet de Chrisale.

JULIEN , valet de Vadius.

UN NOTAIRE

La scène est à Paris , dans la maison de Chrisale.

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