ACTE IV. SCENE II. 36i
Ce n'est pas la matière à de grands châtimens ;
Et , sans faire de tort à vos beaux sentiraens ,
Je vois que dans le monde on suit fort ma méthode ,
Et que le mariage est assez à la mode ,
Passe pour un lien assez honnête et doux,
Pour avoir désiré h de me voir votre époux ,
Sans que la liberté d'une telle pensée
Ait dû vous donner lieu d'en paroître offensée.
ARMANDE
Hé bien, Monsieur, hé bien,puisque, sansm'écouter, Vos sentimens brutaux veulent se contenter , Puisque, pour vous réduire à des ardeurs fidelles, Il faut des nœuds de chair , des chaînes corporelles 3 Si ma mère le veut, je résous mon esprit A consentir pour vous à ce dont il s'agit.
C L I T ANDRE
Il n'estplus tems, Madame, une autre a pris la place, Et par un tel retour j'aurois mauvaise grâce De maltraiter l'asyle et blesser les bontés , Où je me suis sauvé de toutes vos fiertés.
PHILAMINTE
Mais enfin, comptez-vous, Monsieur, sur mon suffrage, Quand vous vous promettez cet autre mariage,* Et, dans nos visions, savez-vous, s'il vous plaît, Que j'ai pour Henriette un autre époux tout prêt?
36a LES FEMMES SAVANTES.
CLITANDRE
Hé, Madame, voyez votre choix, je vous prie, Exposez-moi , de grâce , à moins d'ignominie , Et ne me rangez pas à l'indigne destin De me voir le rival de Monsieur Trissotin. L'amour desbeaux esprits,, qui che z vous m'est contrai Ne pouvoitm'opposer un moins noble advers aire. Il en est, et plusieurs, que, pour le bel esprit, Le mauvais goût du siècle a su mettre en crédit ; Mais Monsieur Trissotin n'a pu duper personne, Et chacun rend justice aux écrits qu'il nous donne. Hors céans , on le prise en tous lieux ce qu'il vaut ; Et ce qui m'a vingt fois fait tomber de mon haut, C'est de vous voir au ciel élever des sornettes Que vous désavoueriez, si vous les aviez faites.
PHILAMINTE
Si vous jugez de lui tout autrement que nous , C'est que nous le voyons par d'autres yeux que vous.