‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 257 sur 433 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

X l n'y avoit pas moyen de méconnoître Cotin dans cet acte , puisque le Sonnet à la princesse Uranie , composé pour madame de Nemours , étoit de lui , ainsi que le Madrigal. Despréaux avoit fourni ces deux pièces de vers à son ami. (î)

Le choix n'en pouvoit être plus heureux ; elles réunissoient tous les ridicules que vouloit foudroyer Molière. Equivoque fades , plats jeux de mots , expressions lâches , style entortillé et précieux y tout s'y trouve, et l'admiration extatique du comité bourgeois qui les écoute , est la plus piquante raillerie qu'on ait pu faire de pareilles lectures , dont il n'est pas difficile de retrouver encore des copies dans Paris 7 parce que dans cette ville immense un sot trouve toujours un plus sot qui V admire.

(1) C'est ainsi que Rabelais, ayant voulu peindre le poëte Crétin sous le nom de Rominagrobis , que va consulter P a nu rge , fait réciter à ce poëte un Rondeau imprimé dans le recueil de Crétin. Prenez-la , ne la prenez pas , etc. Le sonnet à la princesse Uranie et le madrigal se trouvent dans les œuvres de Cotin, imprimées en i663 , chez Etienne Loyson.

4o8 OBSERVATIONS

A ce premier trait de ressemblance la tradition ajoute que Molière fit acheter un des habits de Cotin ; mais Trissotin , destiné à être le gendre de Chrisale , ne dut point paroître dans la pièce sous un habit ecclésiastique. L'acteur ne pouvoit au plus que l'imiter dans le son de la voix , et dans l'habitude extérieure des mouvemens du corps. C'est ainsi que dans la petite pièce de la Nouveauté , l'acteur chargé du rôle de poète , nous peignoit l'Abbé Fellegrin , en 1727,

Ce que l'on dit, sans preuve et sans vraisemblance , que Molière avoit fait pour Cotin , Racine, 4 ans auparavant , l'avoit risqué dans le rôle plaisant de la comtesse de Pimbêche , que l'actrice jouoit avec un habit couleur de rose sèche , et un masque sur l'oreille ; ajustement ordinaire d'une grande plaideuse très-connue alors. De pareilles libertés tiendroient à la licence , et seroient faites pour alarmer la société , si l'œil vigilant de la police ne les rendoit très- rares , et sur- tout si on avoit droit de les étendre au-delà du simple ridicule.

Le premier volume du Mercure galant, en 1672, nous apprend que Molière avoit cherché à détourner l'application de son rôle de Trissotin par une harangue qu'il fit au public deux jours avant la première représentation des Femmes Savantes 5 c'est une perte véritable que celle de cette harangue. Il seroit très-curieux de voir comment notre auteur avoit pu se tirer d'un pas aussi glissant , et par quelle fonrnure il avoit osé se mentir à lui-même.

2 2lla tante , et bel esprit , il ne l'est pas qui veut. Ce vers a échappé aux remarques grammaticales qui décorent cette édition. Il faudroit et bel esprit y ne Pest pas gui veut : mais le vers avoit besoin d'une syllabe de plus , et les négligences de cette espèce sont une suite de la précipitation avec laquelle travailloit Molière.

3 Comme la physique étoit devenue la science à la mode ? et que les femmes en faisoient parade alors , Molière ne manqua pas , dans cette scène , de leur faire étaler sur ce point toutes leurs vaines prétentions. Vordre du P éripatétisme , le Platonisme et ses abstractions y les petits corps ; le vuide , la matière subtile ? les tourbillons , les mondes tombons y les hommes et les clochers dans la lune : enfin , toutes les visions physiques dont Molière annonçoit le discrédit prochain , par le ridicule qu'il versoit sur elles ? furent traitées comme elles méritoient de l'être. Le projet de l'académie d1 Armande y dans lequel le retranchement de ces syllabes sales , qui , dans les plus beaux mots ? produisent des scandales , lui paroissoit un dessein plein de gloire , mit le comble à la sottise de ces fausses savantes dont notre poëte essayoit de purger la société.

Il n'en est que trop encore aujourd'hui , de ces protectrices on ne sait pas pourquoi ? qui disent , avec la ridicule Armande,

Par nos lois , prose et vers , tout nous sera soumis, Nul n'aura de l'esprit , hors nous et nos amis.

4io OBSERVATIONS

Tant il est difficile de déraciner , dans une nation frivole et vaine , les ridicules qui tiennent à l'orgueil et à une certaine représentation.

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