‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 266 sur 433 · VI · texte numérisé non relu

VI

4i8 OBSERVATIONS

Enfin , on est sur le point de voir triompher l'orgueil de Philaminte et l'avidité de Trissotin , lorsque le frère de Chrisale , par une feinte adroite , développe le caractère bassement intéressé de ce dernier , et l'oblige à se retirer. Par-là il ouvre les yeux de la mère, abusée sur le compte de son plat bel-esprit. Dénouement heureux et simple qui fait le bonheur de Clitandre et à.' Henriette ? et au succès duquel Chrisale croit avoir contribué , puisqu'il s'applaudit de sa vigueur , en disant : Je le savois bien , moi) que vous P épouseriez.

Le précepte d'Horace , de conserver jusqu'à la fin les caractères donnés , n'est suivi dans aucune pièce aussi exactement que dans celle-ci. Il n'y avoit que Molière qui pût poursuivre aussi loin le ridicule des Femmes Savantes. Belise , à l'arrivée du notaire , trouve de la barbarie dans le jargon du contrat , et voudroit qu'au lieu de livres et de francs , on exprimât la dot en mines et talens 5 et dans l'avant-dernière scène , Philaminte , à la nouvelle de la perte de son procès , s'indigne d'apprendre qu'elle est condamnée par arrêt de la cour.

Condamnée ? Ah ! ce mot est choquant , et n'est fait Que pour des criminels.

Il devoit avoir mis , dit Ariste , que vous êtes priée ?

Par arrêt de la cour , de payer au plutôt Quarante mille écus et les dépens qu'il faut.

Voilà le précepte d'Horace, le servetur ad imum ? porté aussi loin qu'il peut aller.

SUR LES FEMMES SAVANTES. 4^ Jnvénal > dans sa Satire sur les Femmes , avoit peint le caractère des femmes savantes de son temsj il leur reproche la ridicule affectation de préférer la langue Grecque à celle de leur pays. Omnia Crœcè y dit-il , cùm sit turpe magis nostris nescire Latine , etc. Ce poëte satirique employa , dans ce morceau , comme à son ordinaire , moins de grâces que de force , et plus de véhémence et d'humeur que de gaieté.

Ce fut plus de dix ans après la mort de Molière , tjue Despréaux composa sa dixième satire. Il y fit aussi le portrait de la femme savante , bien différente de celle de Juvénal , puisqu'elle rit des vains amateurs du Grec et du Latin. Le tableau de Molière l'emporte de beaucoup sur les esquisses des deux satiriques.

Bien des gens prétendent qu'il y auroit aujourd'hui de nouvelles femmes savantes à peindre (1) 5 ils n'observent pas que les grands traits do ce caractère ne consistent point dans telles ou telles ridicules affectations de savoir, qui peuvent, en effet , varier selon les tems ? mais dans les suites de ces fausses prétentions auxquelles une femme sacrifie et la bienséance et les devoirs particuliers à son sexe : Molière , de ce côté , a laissé bien peu de choses à dire.

(1) Il faut en convenir avec Palaprat ; Molière n'a pas éteinf la race des femme* savantes.

Discours sur l'Important.

4*> OBSERVATIONS, etc.

Le mot de Bi-nserade^ à l'occasion d'Ocyroe, qui -se mêloit de 'prédire l'avenir, et qui fut métamorphosée en cavale , dut être bien plus désobligeant pour les Femmes Savantes , que les traits gais et plaisans.de Molière^

Une savante et 'qui se fait de fête , West pas toujours si loin d'une jument ■ Qu'on croiroit bien.

Rondeau de Benscrade,

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