SUR
ette comédie fut représentée à Saint-Germainen-Laye , au mois de décembre 1671 , et sur le théâtre du Palais-Royal dans le mois de juillet 1672. Elle ne paroît donc dans l'édition de Molière , après les Femmes Savantes , crue par la date de sa représentation à Paris.
On ne peut guères comprendre comment cette pièce et une pastorale qu'on n'a point retrouvée dans les papiers de Molière , peuvent avoir été partagées en 7 actes coupés par 7 intermèdes , tirés de difïérens ballets représentés devant le roi, depuis quelques années.
JLapastorale précédoit , sans doute , la 21. c scène, parce que c'est-là que tout le monde est assemblé pour voir le divertissement que. la ridicule comtesse croit recevoir du vicomte. Il falloit qu'elle fût composée de 5 actes ; car, sans cela t il n'est pas aisé
d'imaginer que la petite intrigue de la comtesse tTEscarbagnas ait pu s'étendre assez à S. Germain pour se prêter aux y intermèdes dont on nous a conservé la note. La liste des acteurs de la pastorale , où mademoiselle Molière est nommée deux fois , nous apprend que cette actrice y paroissoit tantôt sous la figure d'une bergère , et tantôt sous les habits d'un berger.
Molière ne donna cette comédie à Paris que dans la forme où nous la voyons , et en supprimant le Pastorale , dont on ne parle que comme d'un divertissement prêt à être joué , mais qui est interrompu par le dénouement de la pièce.
La comtesse d'Escarbagnas , a-t-on écrit , n'est qu'une peinture simple des ridicules qui étoient alors répandus dans la province , d^oà ils ont été bannis , à mesure que le goût et la politesse s"1 y sont introduits. "Ne diroit-on pas que cette pièce ne doit aujourd'hui ressembler à rien ? Il n'est cependant pas rare de rencontrer encore dans la province , et même dans la capitale , des femmes presque axissi ridicules et presque aussi extravagantes que la comtesse de Molière. M. le conseiller et M. le receveur des tailles n'y sont pas plus introuvables. M. de Voltaire lui-même , en tirant aussi madame de Croupillac de la ville d'Angoulême , a conservé à cette folle plus d'un des traits de celle de notre auteur. Dancourt , Le Sage, et plusieurs autres ? ont peint , long-tcms après , des originaux bien approchans de Ikl. Harpin et de M. Tibaudier. Enfin , le plaisir que fait toujours cette farce de carac-
jère , est une preuve que le goût de la société et la politesse aisée qui régnent en France , n'en ont pas fait tlisparoître entièrement la fade galanterie de la robe , la grossière tendresse de la finance , et la fausse imitation du haut ton chez quelques bégueules de province.
Ce n'est point sans motif que Molière , dans la première scène de cette pièce , fait dire au vicomte qu'il a été arrêté par un importun nouvelliste , qui lui a fait essuyer une fatigante lecture de toutes les méchantes plaisanteries de la gazette de Hollande. Il tient , ( ajoute-t-il , ) que la France est battue en ruine par la plume de cet écrivain , et qii'il ne faut que ce bel-esprit pour défaire toutes nos troupes , etc. Molière , dans un ovrage destiné à une fête que le roi donnoit à Madame , saisit cette occasion de plaire à son maître indigné contre le gazetier insolent des Provinces-Unies , qui s'étoit permis des choses injurieuses pour Louis XIV et pour la natiou françoise , depuis la paix siguée à Aixla-Chapelle en 1668.
Le Martial qui fait des gants , et dont on parle dans la scène i6.e y étoit un valet-de-chambre de Monsieur , marchand-parfumeur à Paris , déjà connu par une fête singulière qu'il avoit donnée en i652 , et dont Loret avoit rendu compte dans une de ses lettres en vers.
Quant à la scène 19.0 7 où M. Bobinet 7 précep-
4a6 AVERTISSEMENT
teur de M. le Comte , fait réciter à son élève sa leçon de la veille , on prétend que Molière a voit eu en vue de peindre ce qui éloit arrivé chez madame de Villarceaux en pareille circonstance $ il tenoit cette anecdote de son amie Ninon Lanclos , dans les mémoires de laquelle on trouvera ce fait. On verra que Molière , en cherchant à profiter de cette scène plaisante , l'a rendue moins honnête. Ce qui peut l'excuser un peu , c'est que le rôle de la Comtesse étoit alors joué par un homme excellent pour ces sortes de traves tisse mens. Les rôles de Madame Pernelle , de Madame Jourdain , de Madame de Sotenville , et celui de la Comtesse d^Escarbagnas , avoient été iàits exprès pour lui. Il s'appeloit André Hubert, mort en 1700; il avoit joué aussi la Devineresse.
Dans quelques éditions de Molière , on trouve , après la comédie de la Comtesse d? Escarbagnas , un sonnet sous le titre de Bouts-rimés commandés sur le bel air. Ce sonnet , peu digne de notre auteur , a été retranché des dernières éditions. Il paroît que c'étoit le prince de Condé qui avoit exigé de lui cette complaisance 5 et tel est le sort des ouvrages décommande, qu'ils sont toujours fort au-dessous du talent de ceux à qui ils sont demandés.
Molière , au reste , en remplissant les rimes dbnnées , avoit fait la critique de cette puérile occupation , alors de mode 5 et cet objet d'utilité excuse un peu la médiocrité de l'ouvrage. D'ailleurs , comme il se trouve dans l'édition de 1682, faite
par deux amis de Molière, on ne peut guères douter qu'il ne soit son ouvrage. Quoi qu'il en soit , le voici :
Que vous m'embarrassez avec votre grenouille Qui traîne à ses talons le doux mot iVhypocras ! Je hais des bouts rimes le puéril fatras , Et tiens qu'il vaudroit mieux filer une quenouille.
La gloire du bel air n'a rien qui me chatouille ; Vous m'assommez l'esprit avec un gros plâtras , Et je tiens heureux ceux qui sont morts à Coutras-y Voyant tout le papier qu'en sonnets on barbouille.
M'accable derechef la haine du cagot ,
Plus méchant mille fois que n'est un vieux magot ,
Plutôt qu'un bout rimé me fasse entrer en danse.
Je vous le chante clair comme un chardonneret ; Au bout de l'univers je suis dans une manse , Adieu , grand prince , adieu : tenez-vous guilleret.
ACTEURS
LA COMTESSE D'ESCARBAONAS.
LE COMTE, fils de la comtesse d'Escarbagnas.
LE Vj COMTE, amant de Julie.
JULIE, amante du Vicomte.
MONSIEUR TIBAUD1ER, conseiller, amant
de la Comtesse, MONSIEUR HARPIN, receveur des tailles ,
autre amant de la Comtesse.
MONSIEUR BOB1NET, percepteur de M. le
Comte.
ANDREE , suivante de la Comtesse.
JEANNOT, valet de M. Thibandier.
CRIQUET, valet de la Comtesse.
La scène est à Angoulême,