ACTE II. SCENE VI
telle douleur ; il ne peut souffrir l'effroyable idée de voir tout ce qu'il aime entre les bras d'un autre ; et son amour au désespoir lui lait trouver le moyen de s'introduire dans la maison de sa bergère pour apprendre ses sentimens, et savoir d'elle la destinée à laquelle il doit se résoudre. Il y rencontre les apprêts de tout ce qu'il craint ; il y voit venir l'indigne rival que le caprice d'un père oppose aux tendresses de son amour; il le voit triomphant , ce rival ridicule , auprès de l'aimable bergère , ainsi qu'auprès d'une conquête qui lui est assurée; et cette vue le remplit d'une colère dont il a peine à se rendre le maître. Il jette de douloureux regards sur celle qu'il adore ; et son respect , et la présence de son père l'empêchent de lui rien dire que des yeux. Mais , enfin , il force toute contrainte, et le transport de son amour l'oblige à lui parler ainsi :
( 77 chante.}
Belle PhiKs , c'est trop, c'est trop souffrir; Rompons cedursilence, et m 'ou vrezvos pensées. Apprenez-moi ma destinée ; Faut-il vivre ? Faut-il mourir ?
Angélique en chantant.
Vous me voyez, Tircis, triste et mélancolique, Aux apprêts de l'hymen dont vous vous alarmez. Jelèveauciellesyeux,jevousregardc,jesoupire.
C'est vous en dire assez.
Ouais , je ne croyois pas que ma fille fût si habile , que de chanter ainsi à livre ouvert , sans hésiter !
c LÉ AN TE.
Hélas, belle Philis!
Se pourroit-il que l'amoureux Tircis
Eût assez de bonheur , Pour avoir quelque place dans votre cœur?
AN GÉLIQUE.
Je ne m'en défends point, dans cette peine extrême. Oui , Tircis , je vous aime. :
CLÉANTE
O parole pleine d'appas !
Ai-je bien entendu ? Hélas !
Redites-la , Philis , que je n'en doute pas.
ANGÉLIQUE
s Oui , Tircis , je vous aime.
CLÉANTE
De grâce, encor, Philis.
ANGÉL IQ UE.
Je vous aime.
CLÉANTE
Recommencez cent fois ; ne vous en lassez pas.
AN GÉLIQ UE.
Je vous aime , je vous aime , Oui , Tircis , je vous aime.