ACTE I. SCENE II. Ig
OCTAVE
La Justice ?
Oui. Nous eûmes un petit démêlé ensemble.
SILVESTRE
Toi , et la Justice ?
S CAP IN
Oui. Elle en usa fort mal avec moi ; et je me dépitai de telle sorte contre l'ingratitude du siècle, que je résolus de ne plus rien faire. Baste ! Ne laissez pas de me conter votre aventure.
OCTAVE
Tu sais , Scapin , qu'il y a deux mois que le Seigneur Géronte et mon père s'embarquèrent ensemble pour un voyage qui regarde certain commerce où leurs intérêts sont mêlés.
SCAPIN
Je sais cela.
Et que Léandre et moi nous fûmes laissés par nos pères ; moi , sous la conduite de Silvestre, et Léandre sous ta direction.
SCAPIN
Oui. Je me suis fort bien acquitté de ma charge.
OCTAVE
Quelque tems après 3 Léandre fit rencontre d'une jeune Egyptienne , dont il devint amoureux.
no LES FOURBERIES DE SCAPIN.
Je sais cela encore.
OCTAVE
Comme nous sommes grands amis , il me fit aussitôt confidence de son amour , et me mena voir cette fille, que je trouvai belle à la vérité, mais non pas tant qu'il vouloit que je la trouvasse. Il ne m'entretenoit que d'elle chaque jour , m'exageroit à tous momens sa beauté et sa grâce , me louait son esprit , et me parloit avec transport des charmes de son entretien, dont il me rapportoit jusqu'aux moindres paroles, qu'il s'eflbrçoit toujours de me faire trouver les plus spirituelles du monde. Il me querelloit quelquefois de n'être pas assez sensible aux choses qu'il me venoit dire, et me blâmoît sans cesse de l'indifférence où j'étois pour les feux de l'amour.
Je ne vois pas encore où ceci veut aller.
OCTAVE
Un jour que je l'accompagnois pour aller chez les gens qui gardent l'objet de ses veux , nous •entendîmes , dans une petite maison d'une rue écartée , quelques plaintes mêlées de beaucoup de sanglots. Nous demandons ce que c'est,* une femme nous dit , en soupirant , que nous pouvions voir là quelque chose de pitoyable en de*