OC T A V E
La curiosité me fit presser Léandre de voir ce que c'étoit. Nous entrons dans une salle, où nous voyons une vieille femme mourante , assistée d'une servante qui faisoit des regrets, et d'une jeune fille toute fondante en larmes , la plus belle et la plus touchante qu'on puisse jamais voir.
Ah, ah!
OCTAVE
Une autre eût paru effroyable en l'état où elle étoit ; car elle n'avoit pour habillement qu'une méchante petite Juppé, avec des brassières de nuit , qui étoient de simple futaine ; et sa coëf* fure étoit une cornette jaune, retroussée au haut de sa tête, qui laissoit tomber en désordre ses cheveux sur ses épaules ,• et cependant , faite comme cela , elle brillait de mille attraits , et ce n'étoit qu'agrément et que charmes que toute sa personne.
s CAP IN.
Je sens venir la chose.
OCTAVE
Si tu Tavois vue , Scapin , en l'état que je dis , tu l'aurois trouvée admirable. *
SCAPIN
Oh ! je n'en doute point ; et sans l'avoir vue , je vois bien qu&lle étoit tout-à-fait charmante.
OCTAVE
Ses larmes n'ctoient point de ces larmes désagréables, qui défigurent un visage; elle avoit > à pleurer, une grâce touchante , et sa douleur étoit la plus belle du monde.
se A. p IN.
Je vois tout cela.
OCTAVE
Elle faisoit fondre chacun en larmes , en se jetant amoureusement sur le corps de cette mourante , qu'elle appeloit sa chère mère ; et il n'y avoit personne qui n'eut Pâme percée de voir un si bon naturel.
SCAPIN
En efiet , cela est touchant , et je vois bien que ce bon naturel-là vous la fit aimer.
Ah ! Scapin , un barbare l'auroit aimée.
SCAPIN
Assurément. Le moyen de s'en empêcher!