ACTE IL SCENE I
Ne fais point un accablement A cette douleur si cuisante , Dont je souffre ici le tourment.
Crois-tu là me donner une raison puissante Pour ne me plaindre point de cet arrêt des cieux? Et, dans le procédé des Dieux , Dont tu veux que je me contente > Une rigueur assassinante Ne paroît-elle pas aux yeux ?
Vois l'état où ces Dieux me forcent à te rendre, Et l'autre où te reçut mon cœur infortuné ;. Tu connoîtras par-là qu'ils me viennent reprendre Bien plus que ce qu'ils m'ont donné.
Je reçus d'eux en toi , ma fille , Un présent que mon cœur ne leur demandoit pas ;
J'y trouvois alors peu d'appas , Et leur en vis, sans joie, accroître ma famille.
Maïs mon cœur, ainsi que mes yeux, S'est fait de ce présent une douce habitude i J'ai mis quinze ans de soins, de veilles et d'étude A me le rendre précieux ,- Je l'ai paré de l'aimable richesse De mille brillantes vertus ; En lui j'ai renfermé , par des soins assidus , Tous les plus beaux trésors que fournit la sagesse ; A lui j'ai de mon ame attaché la tendresse ; J'en ai fait de ce cœur le charme et l'alégresse, La consolation de mes sens abattus, Le doux espoir de ma vieillesse.