‹ œuvres de moliere, avec des remarques grammaticales, des avertissemens, et des observatioonsChapitre 217 sur 310 · ACTE m, SCENE L · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE L

pour la médecine /Puisque le ciel nous fait la grâce que , depuis tant de siècles , on demeure infatué de nous , ne désabusons point les hommes avec nos cabales extravagantes , et profitons de leurs sottises le plus doucement que nous pourrons. Nous ne sommes, pas les seuls , comme vous savez , qui tâchons à nous prévaloir de la foiblesse humaine. C'est là que va Fét qde de la plupart du monde , et chacun s'efforce de prendre les hommes par leur foible, pour en tirer quelque profit. Les flatteurs , par exemple , cherchent à profiter de Tamour que les hommes ont pour les louanges, en leur donnant tout le vain encens qu'ils souhaitent, et c'est un art oîi l'oh fait , Comme on voit, des fortunes considérables. Lès alchimistes tâchent à profiter de la passion que l'on a pour les richesses , çn promettant des montagnes d'or à ceux qui les écoutent; les diseurs d'horoscopes, par leurs prédictions trompeuses , profitent de la vanité et de l'ambition des crédules esprits. Mais le plus grand foible des hommes, c'est l'amour qu'ils ont pour la vie, et nous en profitons, nous autres, par notre pompeux galimatias , et savons prendre nos avantages , de cette vénération que la peur de mourir leur donne pour notre métier. Conservons-nous donc dans le degré d'estime oîi leur foiblesse nous a mis , et soyons de concert auprès des malades , pour nous attribuer les heureux succès de la maladie, et rejeter sur la nature toutes les bévues de notre art. N'allons point, dis-je, détruire sottement les heureuses préventions d'une erreur qui donne du pain à tant de personnes,

334 LMMOUR MÉDECIN,

et, de l'argent de ceux que nousVnettons en terre,

nous fait élever de tous côtés de si beaux héritages.

M. TODfÉS.

Vous avez raison en tout ce que vous dites; mais ce sont chaleurs de sang, dont parfois on n'est pas le maître.

M. FILLERI]^.

Allons donc , messieurs, mettez bas toute rancune , et faisons ici votre accommodement.

M. DESFOITANDRBS.

. J'y consens. Qu'il me passe mon émétique pour la malade'dont il s'agit, et je lui passerai tout ce qu'il voudra pour le premier malade dont il sera question.

M. FJLLERIN;

On ne peut mieux dire , et voilà se mettre à la raison.

M. DESFOrrANDRiS.

Cela est fait.

M. FILLERIN.

Touchez donc là. Adieu. Une autre fois montrez plus de prudence.

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