ACTE iri, SCENE VI. 34i
souvent , que procèdent les maladies , ma coutume est de courir à guérir les esprits ^ avant que de venir aux corps. J'ai donc observé ses regards , les traits de son visage , et les lignes de ses deux mains ; et , par la science que le ciel m'a donnée , j'ai reconnu que c'étoit de l'esprit qu'elle étoit malade , et que tout son mal ne venoit que d'une imagination déréglée , et d'un désir dépravé de vouloir être mariée. Pour moi , je ne vois rien de plus extravagant et de plus ridicule que cette envie qu'on a du mariage.
SGANARELLE, à part.
Voilà un habile homme !
GLITANDRE.
Et j'ai eu , et aurai pour lui , toute ma vie , une aversion effroyable.
SGANARELLE, à part.
Voilà un grand médecin !
GLITANDRE.
Mais , comme il faut flatter l'imagination des malades j et que j'ai vu en elle de l'aliénation d'esprit ^ et même qu'il y avoit du péril à ne lui pas donner un prompt secours, je l'ai prise par son foible , et lui ai dit que j'étois venu ici pour vous la demander en mariage. Soudain , son visage a changé , son teint s'est éclairci, ses v yeux se sont animés; et si vous voulez y pour quelques jours , l'entretenir dans cette erreur, vous verrez que nous la tirerons d'oîi elle est.
SGANARELLE
Oui-dà , je le veux bien.
GLITANDHE. «
Après , nous ferons agir d'autres remèdes pour la guérir entièrement de cette fantaisie.
SGA]fAAELLE«
Oui , cela est le mieux du monde. Eh bien ! ma fille , voilà monsieur qui a envie de t'ëpouser, et je lui ai dit que je le voulois bien.
Hélas ! est-il possible ?
SCAKARELLE.
Oui.
LUGiirnE.
Mais y tout de bon.
SGAKAREIiliE.
Oui y oui.
LUCINDE, 4 Clitindi^.
Quoi ! vous êtes dans les sentimens d'être mon mari ?
GLITAKDRE.
Oui, madame.
LUGIffDE.
Et mon père y consent ?
SGANARELLE
Oui , ma fille.
LUCIÎTDE.
Ah ! que je suis heureuse , si cela est yéritable!
CLITAITDRE.
N'en doutez point , madame. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je vous aime, et que je brûle de me voir votre mari. Je ne suis venu ici que pour cela :