‹ œuvres de moliere, avec des remarques grammaticales, des avertissemens, et des observatioonsChapitre 298 sur 310 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

* La peste de ta chute , empoisonneur au diable ? En eusses-tu fait une à te casser le nec !

La critique ne voit ici qu'un jeu de mots; mais un examen plus approfondi y voit une réponse brusque et grossière , très digne du caractère d'AIceste. Les gens dé son humeur se permettent , dans leurs accès , ce qu'ils condamneroient dans les autres. N

^ Il faut convenir que dans cette scène , les complimens du sage Philinte , et son ton d'admiration à c&aque vers du Sonnet d'Oronte, indisposent contre lut; mais n'oublions pas qu'il pouvoit se tromper comme le publiée sur le mérite du Sonnet. Le sieur de Visé , dans sa Lettre sur le Misanthrope y dit que le Sonnet étoît selon la manière d'écrire du temps,

Alceste, devenu Molière en cet instant, a plus de goût que son vertueux ami ; mais cet ami , qui ne voit dans les défauts humains que des moyens d'exercer nôtre philosophie.

et qui en fait le plus bel emploi que trouve la vertu , sera toujours le guide le plus sûr et le plus sensé qu'on puisse se proposer. C'est le yéritable lionnéte homme de la pièce ; il réduit souvent Alceste à ne pouvoir lui répondre qae par des brusqueries. Philintc se trompe ici sur des vers. Eh ! qu'importe ? Il ne se tromperoit pas sur le mérite ou le démérite d'une action.

Molière 9 dit M. Marmontel dans sa Poétique /rançoise y met en opposition les mœurs corrompues de la société et la probité farouche du Misanthi^ope ; entre ces deux excès paroit la modération d'un honnête homme. Quel fonds de» philosophie ne faut-il pas pour saisir ainsi le point fixe de la vérité ! C'est à cette précision qu'on reconnoit Molière, etc.

Observons que ce premier acte n'a que trois scènes, et qu'il est un chef-d'œuvre d'exposition. Le Misanthrope de Molière et le Bajazet de Racine ont seuls, dans les deux genres , le mérite supérieur d'exposer en agissant. Molière , dit-on, sans être aussi misanthrope qu'Ai ceste , s'étoit copié dans la manière embiirrassée et frbide dont celui-ci reçoit les protestations d'amitié d'Oronte. Ennemi de toutes les faussetés , il ne pouvoit se faire à ces serremens de mains et à ces embrassades , encore de mode chez les François d'aujourd'hui.

Il faut en convenir, de toutes les réponses que fait Philinte à Alceste , celle qui regarde la fureur de ces embrassemens f dont le Misanthrope le gronde, est la plus foible. Il y a quelque apparence qu' Alceste exagère en ce moment les politesses et les honnêtetés que vient d'arracher à Philinte l'homme do;it il a presque oublié le nom; M. d*Alembert a remarqué, ai^c autant de justesse que de goût, que la foiblesse*de la réponse du sage donnoit^ mal à propos, trop d'avantage au Misanthrope.

L'illustre Fénélon avoit dît avant M. R. de G. que Molière avoit donné un tour gracieux au vice ^ avec une austë-

rite ridicule et odieuse à la vertu, £h ! comment ce grand homme , rempli d'une 'yertu si douce , en trouva-t>il une véritable dans le caractère d'Alceste ? Son état l'empéclia, d'en Yoir l'effet au théâtre ; ce même état Tindisposoit contre Molière; telle est la source de son erreur. Écoutons le grand Rousseau dans sa Lettre à M. Riccoboni. « Un homme a yertueux , dit-il , qui verra sur le théâtre à quel point le « Misanthrope se rend insociable pour vouloir accommoder « les mœurs de son siècle aux siennes.... pourra se corriger <c du travers d'esprit qui porte aux mêmes excès. »

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