CÉLIE
J'y vois un grand remède et facile à tenter; Une reine paroît , dont le secours propice Nous saura garantir des efforts de Mélisse.
Partout de cette reine on vanté la bonté ; Et l'on dit que son cœur, de qui la fermeté Des flots les plus mutins méprisa l'insolence , Contre es vœux des siens est toujours sans défense.
ALCIlf £.
U est vrai , je 1» vois% En ce pressant dA»ger»
ï©8 LES FÊTES DE VERSAILLES,
A nous âonner secours tâchons de l'engager.
Disons-lui qu'en tous lieux hi yoix publique étale Les charmantes beautés de son âme royale ; Disons que sa vertu, plus haute que son rang» Sait relever l'éclat de son auguste sang y Et que de vôtre sexe elle a porté la gloire Si loin, que l'avenir aura peine à le croire; Que du bonheur public son grand cœur amoureux Fit toujours des périls un mépris généreux; Que de ses propres maux son âme à peine atteinte. Pour les maux de l'état garda toute sa crainte. Disons que ses bienfaits, versés ^ pleines mains. Lui gagnent le respect et l'amour des humains ^^ Et qu'aux moindres dangers dont elle est menacée ^ Toute la terre en deuil se montre intéressée. Disons qu'au plus haut point de l'absolu pouvoir» Sans faste et s^ns orgueil, sa grandeur s'est fait voir; Qu'aux temps les plus fâcheux, sa sagesse constante, Sans crainte a soutenu l'autorité penchante , Et dans le calme heureux par ses travaux acquis , Sans regret, la remit dans les i^iains de son fils^ Disons par quels respects , par quelle complai&ance| De ce fils glorieux ^'amour la récompense. . Vantons les longs travaux , vantons les justes lois De ce fils reconnu pour le plus grand des rois. Et comment cette mère, heureusement féconde.
Ne donnant que deux fils , a donné tant au monde. Enfin, faisons parler nos çoupirs et nos pleurs, Pour la rendre sensible à nos vives douleurs ; Et nous pourrons trouver au fort de notre peine Un refuge paisible aux pieds de cette reine.
Je sais bien que son cœur, noblement généreux % Écoute avec plaisir la voix des malheureux ; Mais bn ne voit jamais éclater sa puissance , Qu'à repousser le tort qu'on fait à l'innocence. Je sais qu'elle peut tout ; mais je n'ose penser Que jusqu'à nous défendre on la vit s'abaisser. De nos douces erreurs elle peut être instruite ^
TROISIEME JOURNÉE. tbQ
£t rien n'est plus contraire à sa rare conduite. Son zèle si connu pour le culte des dieux Doit rendre à sa Tertu nos respects odieux ; Et y loin cfci'à son abord mon efFroi diminue y Malgré moi y je le sens qui redouble à sa yue«
ALGIHB.
Ah ! ma propre frayeur suffit pour m'affliger. Loin d'aigrir mon ennui , cherche à le soulager^ Et tâche de fournir à mon âme oppressée De quoi parer aux ftiaux dont elle est menacée» Redoublons cependant les gardes du palais , Et s'il n'est point pour nous d'asile désormais. Dans notre désespoir cherchons notre défense y Et ne nous rendons pas au moins sans résistance.
Alcine^ mademoiselle du Parc.
Célie , mademoiselle de Brie.
Dircé', mademoiselle Molière.
Lorsqu'elles eurent achevé , et qu'Alcine se fat retirée pour aller .redoubler les gardes du palais y le concert des violons se fit entendre, pendant que le frontispice du palais venant à s'ouvrir avec un merveilleux artifice , et des tours venant à s'élever à vue d'œii^ quatre géans d'une grandeur dènesurée vinrent à paroitre avec quatre nains , qui 9 par ropposition de leur petite taille, faisoient paroitre celle ^es géans encore plus excessive. Ces colosses étoient commis à la garde du palais , et ce fut par eux que commença la première entrée dulallet.
iio LES FÊTES DE VERSAILLES,