‹ Œuvres de Montesquieu (volume 2)Chapitre 63 sur 96 · DU PREMIER EDITEUR DES LETTRES FAINIILIERES · texte numérisé non relu

DU PREMIER EDITEUR DES LETTRES FAINIILIERES

Dans un voyage que je fis, il y a quelques années en Italie , je me liai avec des personnes qui avoient eu une correspondance réglée avec l'illustre M. de Montesquieu, et on me fit voir quelques-unes de ses lettres; cela me fit naître l'idée

* Octavien du Guasco, chanoine de Tournay, membre de l'Académie des Inscriptions, et Je plusieurs sociétés savantes de l'Europe. Honoré de l'amitié de Montesquieu qu'il avoit connu à Paris dès ijSS, et avec lequel il avoit passé des années entières soit à La Brède, soit à Clérac. Ce fut lui qui, en 1767, putlia pour la première fois les Lettres familières de son illustre ami. Ces Lettres, qui lui sont adressées pour ^a plupart, ont donné à l'abbé de Guasco plus de célébrité que ses propres ouvrages. Il est l'auteur de la presque totalité des nombreuses notes dont elles sont accompagnées, et qui contiennent de curieuses anecdotes du temps, racontées avec une teinte de malignité. Guasco n'y ménage guère certaines personnes dont il avoit à se plaindre. Ou remarquera, en lisant ces notes, que l'éditeur, qui avoit gardé l'anonyme, y parle avec complaisance de ses productions , et feint mtme de ne pas en connaître quelques-unes.

Les Lettres familières publiées en 1767, qui étoient au nombre de 75 , en y comprenant un billet écrit à Montesquieu par le roi de Pologne en réponse à une de ses Lettres, ont été successivement portées 391, nombre auquel elles se trouvent aujourd'hui. L'addition la plus remarquable est celle de huit Lettres écrites par Montesquieu au chevalier d'Aydies. ( Nouvel éiiiteur. )

d'en faire un recueil. On applaudit à mon projet ; quelques personnes , voulant en faciliter l'exécution , m'ont procuré celles qu'elles avoient entre les mains; d'autres m'ont remis celles que ce grand homme leur avoit écrites; je les doftne aujourd'hui au public, persuadé qu'il me saura gré du présent que je lui fais.

Je sais que quand M. de Montesquieu écrivoit ces lettres , il ne supposoit pas qu'on les conserveroit, et qu'elles deviendroient un jour publiques. Je sais encore que ces lettres n'ajoutent rien à la réputation de cet auteur célèbre ; mais elles sont propres à faire cônnoître quelques circonstances de sa vie , ses liaisons étrangères , la bonté de son cœur envers ses amis, et l'estime qu'il avoit pour eux, titres trop précieux pour ceux-ci pour ne pas rendre très-légitime leur amour-propre et leur empressement à faire cônnoître les monuments de leur correspondance avec un ami aussi respectable. « Si jamais je me trouvois dans le cas de devoir faire mon apologie, me disoit un de ceuxci quia été lié particulièrement avec lui, je ne dirois autre chose, sinon que je fus l'ami de Montesquieu, et que j'en fus estimé; et je croirois en avoir dit assez. »

Quoique ce ne soient ici que des lettres familières, on y trouve souvent des choses intéressantes, des anecdotes curieuses , de ces traits de lumière ,

XIOXTESQ. trur. niél. 'y

uqo PREFACE.

cette légèreté et ces saillies qui font le caractère des ouA rages de ce grand homme. Quelques-unes de ces lettres étant écrites d'un caractère peu lisible, d'autres étant mal conservées, il se sera peutêtre glissé quelques inexactitudes dans la copie que j'en ai fait faire; mais je puis assurer que cela n'est pas arrivé souvent, et n'a occasionné aucune altération essentielle. D'ailleurs, dans des écrits de cette espèce , on ne doit point être choqué de certaines négligences qui sont inévitables; comme on n'est point choqué devoir dans son négligé une belle femme qu'on n'a vue que dans sa parure. Il n'est peut-être pas indifférent à l'histoire de l'esprit humain de connoître les différentes nuances que présentent même les génies; et il est inutile de voir ceux-ci, ainsi que les héros, dans leur façon de manière d'être familière. Je voudrois bien que cet exemple encourageât ceux qui, en France, auront des lettres de cet illustre écrivain, à les faire aussi connoître, persuadé que son âme et son esprit s'y trouvent également ; car on le voit dans ses lettres tel qu'il étoit dans la conversation. Si un amas de petites anecdotes, d'entretiens particuliers, de bons mots, de quolibets, de sentiments et de saillies d'un des plus beaux esprits du siècle, dont un des quarante de l'académie françoise a entretenu très-diffusément le public dans le Mercure de France, m'a rendu la lecture intéres-

santé, ' combien à plus forte raison les monuments d'amitié de la tête, à bien des égards , la mieux pensante de notre siècle, de l'homme qui, selon l'expression d'un écrivain connu, a fait le code du genre humain , et qui est regardé comme le législateur de toutes les nations, doivent-ils être recherchés et conservés, quand ce ne seroit que comme des Mémoires littéraires?

Je me flatte , au reste , qu'on ne désapprouvera pas les notes que j'ai faites sur quelques endroits de ces lettres. Elles ont paru utiles pour l'intelligence du texte, et nécessaires pour donner une connoissance des personnes et des faits dont il est question , surtout en Italie, où cette collection a été désirée.

* L'abbé de Guasco parle id fort légèrement des opuscules de Voltaire, dont Marmontel avolt rendu compte dans le Mercure.

[Xouvel éditeur. )

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