CHAPITRE XV
De la propagation de la religion.
Tous les peuples d'Orient , excepte les mako* mëtans , croient toutes les religions en ellesmêmes indifférentes. Ce n^est que comme changement dans le gouvernement qu'ils craignent; rétablissement d'une autre religion. Chez les Japonais , où il y a plusieurs sectes , et où l'ëtat a eu si long-temps un chef ecclésiastique , on ne dispute jamais sur la religion (i). Il en est de même chez les Siamois (â). Les Calmouks font plus : ils se font une affaîire de conscience de souffrir toutes sortes' de religions (5). Â Calicut , c'est une maxime d'état , que toute religion est bonne (4).
Mais il n'en résulte pas qu'une religion apportée d'un pays très-éloigné et totalement dif-
(i) Voyei Kempfer.
(2) Mémoires du comte de Forbin.
(3) Hittoire desTattars, partie Y.
(4) Voyage de François Pirard, chap. xxvn.
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ferent de clîmai, de lois /de mœurs et de manières , ait tout le succès que sa sainteté devroit lui promettre. Cela est surtout vrai dans les grands empires despotiques : on tolère d^abord les étrangers , parce qu'on ne fait point d^attention à ce qui ne paroît pas blesser la puissance du prince ; on y est dans une ignorance extrême de tout. Un Européen peut se rendre agréable par de certaines connoissances qu'il procure : cela est bon pour les commencemens ; mais sitôt que Ton a quelque succès , que quelque dispute s'élève , que les gens qui peuvent avoir quelque intérêt sont avertis ; comme cet état , par sa nature , demande surtout la tranquillité , et que le moindre trouble peut le renverser , on proscrit d'abord la religion nouvelle et ceux qui l'annoncent : les disputes entre ceux qui prêchent venant à éclater , on commence à se dégoûter d'une religion dont ceux qui la proposent ne conviennent pas.