LIV. XXII, CHAP. X. 3l
Il est bon de donner une idée bien claire de ceci. Le sieur Bernard , ou tout autre banquier que Tëtat voudra employer , propose ses lettres sur la Hollande, et les donne à un, deux, trois gros plus haut que le change actuel ; il a fait une proyision dans les pays étrangers, par le moyen des espèces vieilles qu'il a fait continuellement Toiturer ; il a donc fait hausser le change au point que nous venons de dire : cependant, à force de donner de ses lettres , il se saisit de toutes les espèces nouvelles , et force les autres banquiers qui ont des paiemens à &ire à porter leurs espèces vieilles à la monnoie; et de plus, comme il a eu insensiblement tout Targent, il contraint à leur tour les autres banquiers à lui donner des lettres à un change très-haut : le profit de la fin rindemnise en grande partie de la perte du commencement.
On sent que , pendant toute cette opération , Tétat doit souffrir une violente crise. L^argent y deviendra très-rare, i^ parce qu'il faut en décrier la plus grande partie ; 2"* parce qu'il en faudra transporter une partie dans les pays étrangers ; 3*" parce que tout le monde le resserrera , personne ne voulant laisser au prince un profit qu'on espère avoir soi-même. Il est dangereux de la faire avec lenteur ; il est dangereux de la faire avec
Sa DE l'esprit des lois.
promptitude. Si le gain qu'on suppose est immodéré, les inconvéniens augmentent à mesure!
On a vu ci-dessus que , quand' le change étoit plus bas que Tespèce , il y avoit du profit à faire sortir Targent; par la même raison, lorsqu'il est plus haut que l'espèce, il y a du profit à le jaire revenir.
Mais il y a un cas où on trouve du profit à faire sortir l'espèce , quoique le change soit au pair : c'est lorsqu'on l'envoie dans les pays étrangers , pour la faire remarquer ou refondre. Quand elle est revenue y on fait, soit qu'on l'emploie dans le pays , soit qu'on prenne des lettres pour l'étranger, le profit de la monnoie.
S'il arrivoit que dans un état on fît une compagnie qui eût un nombre très-considérable d'actions, et qu'on eût fait, dans quelques mois de temps , hausser ces actions vingt ou vingt-cinq fois au delà de la valeur du premier achat , et que ce même état eût établi une banque dont les billets dussent faire la foïiction de monnoie , et que la valeur numéraire de ces billets fût prodigieuse pour répondre à la prodigieuse valeur numéraire des actions (c'est le système de Law) ; il suivroit de la nature de la chose que ces actions et billets s'anéantiroient de la même manière qu'ils seroient établis. On n'auroit pu faire monter tout
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Il cov^.les 9fiïi0Tkfi vingt pu TJAgl-cîiH{ fois plits haat que leur première valeur, sans donner (à beaucoup de gens le moyen de se procurer d^immenses richesses en papier : chacun chercheroit à assurer sa fortune ; et, comme le change donne la voie la plus 'facile poùi^H dénaturer, ou pour la transporter où Ton yeut, on remettrait san^ cesse une partie de ses effets chez la nation qui règle le change. Un projet, conti^u^^^^ remettre dans les pays étrangers ,feroit^aiss€;}r le ch^ange* Supposons que, du temps du systj^me, dans le rapport du titre et du poids djç la^.moiinoie d'ar7 gent , le taux du change fut de qpiarai^te gros pair ëcu; lorsqu'un papier innombrable,. fut devenu monnoie, on n'aura plus voulu donuer. que trentc;;neuf gros par écu; ensuite que trente-huit, trente^ sept, etc. Cela alla si loin, que Ton i^e doiMia pl^is que huit gros, et qu'enfin il n'y eut plus de change.
C'e'toît le change qui devoit, en ce cas, réglejr., en France , la projportion de. l'argent aviçc le papier. Je suppose que , par le poids et le titre de l'argent , l'ëcu de trois livres d'agent valût qua7 rante gros , et que , le change se faisant en. papier., l'écu de trois livres en. papier ixe valût que huit gros; la différence ëtoit de quatre cinquièmes. L'ëcu de trois livres en papier valoit donc quatre IV. • 5
54 DK l'ï:^1?rit »ES Lois.
cîÉrquièibes de tefditift que ) Vcû de frofs livres en argenfi^'- • - '•••"" ' •
m*fu\%mm^9n^*i^f*m ■>«yi^y«^»^%*.»»^»^»b»i^^4^
. C)a.ApiT,RE XI.
15è'é^bperatîoDS que les 'Româiiîs firent sur les bionooies.
'QtJliQtfES c:ô\î|Js a^auiôriie que ï'on ail fkits dé nos' jouH éfl r fk^déë sur lés moiinioies dans deux iliinistSrei 'c6hs^(!uH£s , les l^bmains en firent de^]^!bs*grânclîs/ Won pas clans lé teirnps dé tettt repWbliqiie corrompue , ni d'ans cehii de cèfttë rëpublî<)ue <^ùi ti*éfoil' quùhe anarcbié, inàSs lôtsqlié , dails là iPorce de son instilution , pat* '^a sagesse cciinine par son courage / après "aVôîr ' Vaincu lés villes d'Italie,' elïé disputoit l^èiôpîre aux Carthaginois.
Et je suis bien aise d'approfondir un peii cetre tifiàtièfi^e , afin (ju'on ne fas^ pas un exémjple de Clé- qoin'en est point un.
Dànb là ^teihi^re guerre punique ( i ) , Tas , qui devoît être de douze oiicès de cuivre, tk'eh pesa ^Ms ^tie deui; et, dans la seconde, il ne fut plus <ftîé d^tae. Ce iretrahcheàient répond à ce que
(0 PUiM', llktoira natoretle, ifr. XXXllI, ttt iS.